Les années d’Annie Ernaux : la forme d’une vie de femme
My life, she said to herself. That was odd, it was the second time that evening that somebody had talked about her life. And I haven’t got one, she thought. Oughtn’t a life to be something you could handle and produce? — a life of seventy odd years. But I’ve only the present moment, she thought. […] A long strip of life lay behind her. […] Millions of things came back to her. Atoms danced apart and massed themselves. But how did they compose what people called a life?
Virginia Woolf, The Years, 1937.
1Dans la vaste mouvance de l’autofiction, des dérivés autobiographiques et de la pluralité des formes qu’ils recouvrent, mais en deçà des genres, une tendance semble se dessiner qui s’intéresse à la forme d’une vie humaine. Quel que soit le degré auquel elle est fictionalisée, la vie représentée y vaut par son caractère emblématique voire statistique : combien elle peut dire des vies des autres, de toute vie. Cette disposition, que l’on rencontre dans des narrations le plus souvent à la première personne chez des auteurs comme Annie Ernaux, Emmanuel Carrère[1], Camille Laurens, Michèle Desbordes, Jane Sautières, Philippe Forest, ou dans les derniers livres de Pierre Guyotat, est heuristique : elle fait de la littérature l’instrument d’un savoir sur la vie, la possibilité d’une expérience ou d’une exposition à des formes de l’expérience[2] qui ne nous seraient pas accessibles autrement, ou nous sont imperceptibles précisément parce que nous les vivons. Annie Ernaux, avec son intérêt marqué pour la sociologie et les appartenances de classe, est l’une des représentantes les plus actives de cette tendance, qui à partir du matériau réel de sa vie propose des récits qui en généralisent la singularité pour l’ouvrir à sa dimension collective. Les années porte à son paroxysme cet effort d’impersonnalisation, en étant à la fois le récit anonymisé d’une vie de femme née en 1940, et celui d’une génération.
2Je veux postuler que si Annie Ernaux affirme que la fiction lui est étrangère[3] et “préfère conserver le terme autobiographie” bien qu’il lui soit “difficile de l’utiliser”[4], c’est qu’elle travaille à l’élaboration d’une forme nouvelle, d’un format littéraire tierce et inédit qui soit à même de rendre compte de la dimension et de la texture d’une vie. Or ce pas de côté vis-à-vis des modèles établis biographiques et autobiographiques et de leurs avatars se comprend mieux si on le ramène à une certaine histoire de la littérature des femmes au 20e siècle. Rapportée à la filiation d’auteures mise en évidence par Leslie Hill et par Michael Sheringham notamment[5], la préoccupation autobiographique d’Ernaux semble avoir moins à voir avec un genre associé au pacte de lecture et à la confession, qu’avec la dimension innovante de l’écriture lorsqu’elle s’intéresse à représenter ce qu’on appelle une vie. Cette dimension s’éclaire plus encore si l’on s’autorise un parallèle avec le livre homonyme auquel Les années fait au moins implicitement référence : The Years de Virginia Woolf[6].
Une histoire littéraire au féminin
3Dès The Years en 1937, Eleanor Pargiter, le personnage de Woolf, se demandait comment représenter “ce que les gens appellent une vie”, alors que tout ce qui lui venait à l’esprit était une série de moments. Cinquante ans plus tard, en 1987, Marguerite Duras, grande lectrice de Virginia Woolf, faisait écho à cette remarque dans un passage souvent glosé : “Je n’ai pas d’histoire. De la même façon que je n’ai pas de vie. Mon histoire, elle est pulvérisée chaque jour, à chaque seconde de chaque jour, par le présent de la vie, et je n’ai aucune possibilité d’apercevoir clairement ce qu’on appelle ainsi : sa vie”[7]. Cette tension entre le modèle d’une histoire unifiée et le mode fractionné sur lequel est expérimentée toute vie double l’opposition entre l’opinion publique, la représentation commune, et pour tout dire l’idée reçue de la vie (“what people called a life” ; “ce qu’on appelle ainsi : sa vie”), et la réalité de l’expérience subjective, vécue d’instant en instant (“Millions of things came back to her. Atoms danced apart and massed themselves” ; “histoire […] pulvérisée chaque jour, à chaque seconde de chaque jour”). De sorte que face à l’histoire ou à ce que Roland A. Champagne appelle le “Temps monumental”[8], à sa somme qui ferait apparaître la vie comme une possession (“something you could handle and produce”), s’impose seul le présent (“But I’ve only the present moment” ; “le présent de la vie”). Chez Woolf encore, une série d’essais autobiographiques porte le titre Moments of Being[9], un roman s’appelle Night and Day[10], et Mrs Dalloway s’intitulait initialement The Hours[11], titre repris par Michael Cunningham pour son roman-hommage à Virginia Woolf[12]. Au premier chapitre de son grand œuvre autobiographique La détresse et l’enchantement[13], Gabrielle Roy avait provisoirement donné le titre “Des heures de ma vie”[14]. Heures ou années, la tentative est de décomposer une vie humaine en ses unités plausibles, celles par lesquelles est éprouvé le temps. Dans l’écriture de ces femmes auteures du 20e siècle, parmi les plus importantes en Angleterre, en France et au Canada, revient cette préoccupation du minutage d’une vie de femme.
4Soixante-dix ans après Woolf, vingt ans après Duras et Roy, n’est-ce pas l’exact projet des Années que de rendre à la fois cette impression conflictuelle de la vie, toujours vécue sur un mode insaisissable, et le détail chiffré, sinon en heures, du moins en années, d’une vie de femme ? De faire de cette rencontre la forme de son “autobiographie impersonnelle et collective” ? Comme son homonyme français, The Years couvrait plus de cinquante années, des années 1880 aux années 1930, à travers la conscience d’une protagoniste femme. S’il suivait pour sa part plusieurs personnages d’une famille, il révélait aussi, à travers eux, les transformations d’une société au gré des époques. Or le moteur des Années, explique Annie Ernaux en entrevue, a été la question de savoir : “Où est mon histoire?”[15] ; la recherche de “ce passage du temps en soi, en moi-même, dans une femme, mais aussi à travers tous les gens qui ont parcouru ces années” (ibid.). Quatre points de vue donc dans ce qui “n’est pas une fresque historique” mais un “parcours” intéressé au passage du temps : celui du soi, du moi-même, d’une femme, et d’une génération, pour “essayer de dire à la fois l’intime et le collectif” (ibid.). Ce, afin de dépersonnaliser les expériences du moi en celles d’un soi, tout en étant capable de faire retour à l’intime, d’alimenter le général par le vécu singulier ; inscrire l’expérience génériquement spécifique d’une femme dans celle de sa classe d’âge pour s’assurer de la faire résonner, et peut-être, de l’universaliser.
La forme du temps
5Comme la Eleanor Pargiter de Woolf et comme Marguerite Duras, Annie Ernaux est alors face à la question de la forme : “il fallait inventer, trouver une forme” (ibid.). Comment représenter ce passage du temps en le faisant résonner dans l’intime et le social, en fidélité à ses précédents textes ? La réponse se déploie, non dans une “forme romanesque, ni dans une autobiographie traditionnelle”, mais “à travers cette polyphonie, cette rumeur, ce bruit de fond des années” (ibid.). Le texte s’en explique : “[L]’idée lui est venue d’écrire ‘une sorte de destin de femme’, entre 1940 et 1985, quelque chose comme Une vie de Maupassant, qui ferait ressentir le passage du temps en elle et hors d’elle”[16]. Le roman de Maupassant fonctionne ici comme un modèle à la fois normand et français — dont la situation ne peut que résonner pour cette native de Haute-Normandie — et visant la forme statistique, banale, la vie exemplaire non par son caractère extraordinaire mais par ce qu’elle a de commun à une époque et à une classe. Une vie, parmi et comme d’autres, qui ferait la moyenne de l’expérience pour une moitié sexuée de la population.
6Mais dans Les années se présente la même difficulté que celle qui gênait Eleanor Pargiter : “comment pourrait-elle organiser cette mémoire accumulée d’événements, de faits divers, de milliers de journées qui la conduisent jusqu’à aujourd’hui” (A 158-159). Car la mémoire est bien tout ce qui reste à la fin d’une vie, et cette mémoire n’est pas nécessairement discriminante : elle met sur le même plan les slogans marquants des publicités et les événements personnels, les phrases entendues dire et les décisions prises. Synthétisant son entreprise à l’occasion de l’édition de ses œuvres dans la collection Quarto de Gallimard, “cette entreprise d’écrire commencée il y a quatre décennies”[17], Annie Ernaux commente le titre choisi pour le volume, Écrire la vie : “Non pas ma vie, ni sa vie, ni même une vie. La vie, avec ses contenus qui sont les mêmes pour tous mais que l’on éprouve toujours de façon individuelle” (EV 7). La phrase est remarquable, et typique de l’ethnologue et anthropologue de la vie humaine française au 20e siècle qu’est devenue Ernaux. Il n’y a pas lieu au reste de se désoler de cette perte apparente de singularité. C’est le projet du texte que de montrer comment chacun, quelque singulière qu’ait pu être ou qu’il ait pu croire son existence personnelle, finit par rejoindre la lignée, la série des morts qui l’ont précédé[18]. Cette lignée n’est pas seulement celle de la famille. Plutôt, elle permet d’humaniser l’expérience du temps à travers la succession des récits : “Aucun ‘je’ dans ce qu’elle voit comme une sorte d’autobiographie impersonnelle – mais ‘on’ et ‘nous’ – comme si, à son tour, elle faisait le récit des jours d’avant” (A 240). Ce que la narration des Années rejoint, c’est la lignée des conteurs ordinaires des jours de fête qui, dans les repas de famille d’enfance, mettaient le monde en temps. Son récit est à son tour cette ponctuation du temps pour ceux qui le découvrent : elle en constitue un repère, une balise. “Ce sera un récit glissant, dans un imparfait continu, absolu, dévorant le présent au fur et à mesure jusqu’à la dernière image d’une vie” (A 240). C’est vers la conquête de l’appropriation d’une vie que s’avance le texte. Car ce futur n’est pas, comme le suggère Antoine Compagnon dans sa lecture[19], celui d’un projet à venir, encore moins échoué ; il participe de ce roman d’une vie qui tente d’en fabriquer la forme :
Une coulée suspendue, cependant, à intervalles réguliers par des photos et des séquences de films qui saisiront les formes corporelles et les positions sociales successives de son être – constituant des arrêts sur mémoire en même temps que des rapports sur l’évolution de son existence. (A 240)
7Cette déclaration de principe qui se manifeste à la fin du texte, le texte vient en effet de la réaliser. Le futur et le conditionnel de ce livre, de ce “roman total qui s’achèverait dans la dépossession des êtres et des choses” (A 158), disent qu’il a longtemps animé la recherche d’Annie Ernaux, qui écrivait : “J’ai cherché une forme littéraire qui contiendrait toute ma vie”[20]. Elle explique en entretien :
J’ai voulu saisir l’histoire d’une fille (enfin, moi, car c’est tout de même la fille que je connais le mieux) dans le temps, dans sa génération, dans l’histoire. Mais cette fusion m’a longtemps posé des problèmes, je cherchais la forme. Ce désir de totalité, ce passage du temps dans une vie m’a pris pratiquement vingt ans. Et tout a commencé vers la quarantaine.[21]
8C’est pourquoi, cherchant l’échelle commune aux temporalités singulière et collective, commune aussi aux deux sexes, Ernaux choisit l’unité de temps des années. Plus que les heures et les jours, ce découpage contingent et qui pourtant donne forme, rétrospectivement, à la mémoire, est un indicateur de l’Histoire, et plus encore, de “la dimension vécue de l’Histoire” (A 239) qui intéresse le projet. Qu’il s’agisse des meilleures années d’une vie, des années 70 ou des années Mitterrand, “les années” forment un repère minimal et suffisant pour situer à la fois l’historicité d’une vie et celle d’une société.
Forme littéraire et format d’une vie humaine
9Si ce mouvement vers la mise au jour d’une vie est sans doute celui de toute l’œuvre d’Ernaux, il n’est peut-être nulle part plus visible que dans Les années. La citation de Tchekhov placée en épigraphe au texte fait d’abord ressortir cette unité humaine du temps comme une notion historiquement relative : “Il se peut aussi que cette vie d’aujourd’hui dont nous prenons notre parti, soit un jour considérée comme étrange, inconfortable, sans intelligence, insuffisamment pure et, qui sait, même, coupable” (A, je souligne). Ensuite, la première séquence du texte distille des éléments d’interrogation visant à discerner cette élémentaire et pourtant énigmatique unité de l’expérience en la considérant depuis le futur de sa fin : au “Toutes les images disparaîtront” de l’incipit (A 11) font ainsi écho : “S’annuleront subitement les milliers de mots qui ont servi à nommer les choses […]” (A 15) et : “Tout s’effacera en une seconde. Le dictionnaire accumulé du berceau au dernier lit s’éliminera. Ce sera le silence et aucun mot pour le dire” (A 19). La vie est prise à la fois dans sa mesure, faite de toutes ces images banales agencées de façon singulière, et dans sa disparition promise qui la limite et la conditionne, lui donne son format plus encore que sa forme. Au futur antérieur la vie aura été, n’aura été que, une série d’images. Tandis que cet agencement idiosyncrasique, cette suite désordonnée et singulière telle qu’elle n’a pas toujours été consciente mais qu’elle apparaît à la fin de la vie, cessera avec la subjectivité dont elle était l’émanation : “De la bouche ouverte il ne restera rien. Ni je ni moi” (A 19). Mais le fond langagier du monde, lui, sur lequel elle s’enlevait, restera sans fin : “La langue continuera à mettre en mots le monde. Dans les conversations autour d’une table de fête on ne sera qu’un prénom, de plus en plus sans visage, jusqu’à disparaître dans la masse anonyme d’une lointaine génération” (A 19). Face à cette réalisation, le livre est le pari performatif que si “tout s’effacera”, il est pourtant possible de “[s]auver quelque chose du temps où l’on ne sera plus jamais” (A 242, c’est l’excipit). Le portrait dressé de la vie en ces premières pages est donc celui d’un flot continu et inconséquent d’images, terminé abruptement et de façon irréversible.
10Au regard de l’histoire littéraire des femmes dont j’ai brièvement signalé deux figures majeures, cette forme choisie par Annie Ernaux semble bien la forme nécessaire à son projet : celle qui, par sa composition délibérément accidentée, sa longue phrase à la fois continue et pleine d’interruptions, réalise de façon performative tout l’improvisé de la vie. Celle qui, par son entrelacement non discriminant entre souvenirs personnels et populaires, sa démonstration de ce qu’ils s’informent réciproquement, réalise cette fusion de l’intime et du collectif propice à rendre ce que furent successivement ces “années” – unités à la fois extérieures et générales et qu’il faut pourtant faire siennes, tant il est vrai que l’être humain est laissé à ces tentatives toujours imparfaites de saisir le temps dans lequel il vit et sur lequel il n’a pourtant pas prise. Tandis qu’Antoine Compagnon prend au mot les remarques présentes dans le texte sur la progression de la forme recherchée pour suggérer que l’auteure s’est heurtée à l’impossibilité de son entreprise, proposant de faire des Années le “dossier [contenant] les ébauches, les fragments, tous les matériaux [du grand] ‘roman total’ [à] l’ambition […] extrême” manqué ou à venir[22], je postule au contraire que c’est cette forme de l’éparpillé, de la réminiscence non toujours choisie, mais qui fuse, qui est, à en croire Ernaux, Duras ou Woolf, au plus près d’une représentation juste de ce qu’on appelle “la vie” : non une totalité mais un sentiment du temps : “Par-dessus tout, la vie telle que le temps et l’Histoire ne cessent de la changer, la détruire et la renouveler”[23]. La réussite des Années est ainsi dans l’invention spécifique de cette forme littéraire inédite. Antoine Compagnon finit d’ailleurs par concéder que, “[c]omme à la fin du Temps retrouvé [l’un des modèles de l’architecture temporelle recherchée par Ernaux], nous ne saurons jamais si le livre annoncé – annoncé comme à peu près impossible – est celui que nous tenons en main, celui que nous sommes en train de terminer”[24].
11Les années réalise la mise au jour d’un sujet autobiographique et impersonnel traversé par le collectif, qui n’a pas pu se former en dehors du milieu et de l’époque dans lesquels il est venu au monde mais en est une actualisation parmi des millions d’autres. Sa forme est une forme critique autorisant à la fois la critique de l’Histoire comme “Temps monumental”[25], et celle du modèle de vie sous-tendu par l’autobiographie. Plutôt qu’un ensemble fragmentaire en vue d’une ultérieure réalisation, le “roman total” des Années est celui qui n’ignore pas qu’il ne saurait être un roman de la totalisation – montrée comme impossible – des moments de la vie, et qui assume cette impossibilité et ce qu’elle montre du temps réel d’une vie. De cette façon il ne renonce pas à se faire le terrain d’expérience de ce que Dominique Rabaté appelle au sujet de La mort d’Ivan Ilitch de Tolstoï la “singularité commune” : “L’intransmissible du contenu émotionnel est ainsi partageable, sous le mode d’une projection empathique où le lecteur mettra, à partir de l’image intérieure que le texte lui suggère, un autre contenu, proche dans le fonctionnement, mais différent dans les détails ou les circonstances”[26]. Les années rejoint ainsi le domaine de l’Erlebnis, de la communication d’expérience.
Une vie de femme
12Or l’expérience mise en œuvre dans Les années est celle, on l’a dit, non seulement d’une génération mais d’un genre sexué. Ernaux souligne en entrevue que c’est pour les femmes que les choses ont le plus changé au cours des cinquante dernières années[27]. Il est à ce titre remarquable, dans une œuvre puisée à ce point à l’authenticité d’une existence vécue, que les affections douloureuses de la narratrice-personnage d’Ernaux, qui sont, depuis L’événement jusqu’à L’usage de la photo, comme les flexions du temps de sa vie, couvrent toutes les étapes probables d’une vie de femme : de l’avortement au cancer du sein en passant par le mariage et la maternité, le divorce et l’émancipation. Tout se passe comme si tout ce qui pouvait être vécu par une femme au cours de sa vie l’avait été. C’est cette dimension qui intéresse l’écrivain, ce qui explique qu’elle gomme de l’entreprise des Années ce que sa propre vie pourrait avoir d’idiosyncrasique, singulièrement sa condition d’écrivain[28] : “Je n’ai pas cherché à m’écrire, à faire œuvre de ma vie : je me suis servie d’elle, des événements, généralement ordinaires, qui l’ont traversée, des situations et des sentiments qu’il m’a été donné de connaître, comme d’une matière à explorer pour saisir et mettre au jour quelque chose de l’ordre d’une vérité sensible” (EV 7). “Aucune prétention ici d’ériger un sujet autobiographique univoque aux contours solides, capable de (re)présenter sa vie sans failles”, encore moins de “raconte[r] de façon rationnelle et rétrospective une vie exemplaire”, écrit Barbara Havercroft[29]. Mais plutôt, le désir de se distancer du canon autobiographique au masculin et de mettre l’accent sur le caractère disparate de l’identité (ibid.), tout en dessinant une sorte de ligne de vie. Ernaux précise ainsi au sujet de la chronologie de ses textes rassemblés dans le volume Quarto : “L’ordre des textes choisi ici n’est pas celui de leur écriture ni de leur parution, c’est l’ordre du temps de la vie, entre l’enfance et la maturité. […] c’est la succession des âges qui organise les textes” (EV 8). Si cette déclaration peut sembler l’annonce d’un dessein explicitement autobiographique, elle signale en réalité ce caractère statistique de toute vie, et il serait fou et vain, remarque Ernaux, de croire à l’authenticité ou l’originalité radicales d’une quelconque vie : “Je me considère très peu comme un être unique, au sens d’absolument singulier, mais comme une somme d’expériences, de déterminations aussi, sociales, historiques, sexuelles, de langages, et continuellement en dialogue avec le monde (passé et présent), le tout formant, oui, forcément, une subjectivité unique”[30].
13Comme avec ses livres précédents, Ernaux se situe à la fois en tant qu’individu d’une génération, collectif non nécessairement sexué, et en tant que femme. “Ses textes poignants, écrit Barbara Havercroft, s’avèrent le lieu où s’entrecroisent la construction d’une subjectivité féminine unique et individuelle – la sienne – et la représentation, à travers cette dernière, de soucis et d’événements propres à la collectivité des femmes”[31]. Dans Les années, la sexuation de la perspective s’accomplit au moyen de séquences individuelles, sinon singularisées, de description dictées par des photos absentes : “Elle, c’est celle des photos. Une femme au singulier mais également une vision féminine – féministe – des années 1970. C’est important car je pense que les livres donnent le plus souvent une vision masculine du monde”[32]. Michael Sheringham fait de cette évocation de photos non présentes dans le texte (progressivement présentes dans les dernières années, notamment dans le volume d’Écrire la vie), depuis L’amant de Marguerite Duras, l’un des traits proéminents, avec “the interaction of individual and collective – that are central to the way French women writers have been instrumental in reshaping the agenda of autobiography[33]. Dans son retracement d’une filiation littéraire française au féminin, Sheringham montre l’intelligence novatrice des formes autobiographiques valorisées par les femmes à partir des années 80, et combien elle vise à faire de l’autobiographie non un genre avec ses règles à suivre, mais le terrain d’une investigation dans les formes et les effets singuliers que peut prendre une vie.
14Dans le cas des Années, la visée des photos est, selon le motif cher à Ernaux, “autosociobiographique”, indicative non pas seulement de souvenirs personnels, mais de la banalité statistique de ces souvenirs personnels : le elle de ces photographies est identifiable par les changements de mode qui affectent ses vêtements, historicisé par les progrès même du médium photographique. Si ces photographies non visibles s’éclairent et se personnalisent à la découverte de celles publiées dans Écrire la vie, elles ont dans Les années pour but non de singulariser mais de réduire, de ramener au commun d’une technologie propre au 20e siècle qui a contribué à en former l’idée d’identité, qu’elle soit individuelle ou familiale. Chaque cliché dénonce une historicité de la pose, du sourire ou de son absence, du tableau de famille, agencés suivant les époques de telle sorte que dans l’élection apparente de la photographie, chacun en réalité pénètre un cadre qui lui préexiste. Par ce biais, la vie personnelle rentre dans le rang des existences similaires. Tandis que la photographie, lorsqu’elle est prise, a pour fonction d’isoler et de mémoriser un moment, elle n’aboutit en réalité, dans les mains des techniciens amateurs que nous sommes devenus, qu’à produire le calque de vies toutes identiques avec leurs moments forts : baptêmes, communions, mariages et repas de famille, ces derniers ponctuant, dans le texte, chaque époque comme les rituels qui inscrivent un individu dans le temps.
15Être femme chez Ernaux n’est pas une essence, mais une partie, non négligeable, de la détermination sociale. Son appréhension du monde, comme le montrait bien La femme gelée[34], n’a pu se faire qu’en fonction de cette distinction qu’elle n’a pas choisie mais en dehors de laquelle elle n’a pas pu vivre : l’épreuve de la vie, malgré “ses contenus qui sont les mêmes pour tous”, se fait toujours “de façon individuelle : le corps, l’éducation, l’appartenance et la condition sexuelles, la trajectoire sociale, l’existence des autres” (EV 7). Ce qui est remarquable, dans la lutte littéraire menée entre une “elle” et un “on”, un “nous”, pour découvrir une forme spécifique de l’individuation du temps, c’est que la narratrice d’Ernaux, comme le signale Roland A. Champagne, “shows that a woman can access her own time rather then be imprisoned by it[35]. Malgré la contrainte d’un temps inévitable, l’auteure fabrique une compréhension du temps propre à son genre sexué. “This does not mean, précise le critique, that she is opposed to how men view time. The time to which she is opposed is rather one governed by the clock” (ibid., p. 147). Ultimement, Champagne définit cette quête d’un temps spécifique comme l’entreprise singulière de l’ensemble de l’œuvre d’Annie Ernaux (ibid., p. 149).
16Dans cette quête magistralement confirmée par Les années, Annie Ernaux dresse le portrait d’une vie de femme au 20e siècle, une femme qui après avoir connu et fait la chronique de toutes les étapes typiques de sa condition de femme, affronte maintenant sa finitude. Une dimension incontestablement importante du livre est ainsi, dans l’ensemble de l’œuvre de l’auteure, d’être ce texte de la dernière étape, du vieillissement en tout cas d’une femme qui, par l’écriture, résiste à la disparition : “Plus je vieillis, plus j’essaie d’atteindre ces choses anciennes, ces lieux disparus, donc cette ‘autre vie’ qui est derrière et que tout le monde croit devant”[36]. À travers une œuvre de mémoire impitoyablement précise, elle met en évidence ce qui reste d’une vie humaine lorsqu’elle vient à son terme.
Vie tardive
17Lorsqu’on en revient au général de l’individu non nécessairement sexué, l’individu générationnel auquel Ernaux s’intéresse aussi dans Les années, on observe que son point de vue est informé par une situation particulière dans le temps : celle non pas de la fin de vie mais de ce moment où il devient possible de l’apercevoir. Comme Roland Barthes l’a pointé dans sa lecture de Dante lors de sa conférence inaugurale au Collège de France et dans son cours sur La préparation du roman, personne ne croit jamais qu’il va mourir[37]. Il faut le deuil, la mort d’un proche pour opérer cette prise de conscience. Ces événements ont été vécus par Ernaux, ont donné lieu à des récits tout aussi décisifs que ceux précédemment mentionnés : La place, Une femme. Comme le rappelle Michael Sheringham, La place a précisément marqué ce virage vers l’autobiographique qu’allait prendre l’œuvre[38]. Et à lire à présent L’autre fille[39], il semble que l’auteure ait vécu depuis au moins l’âge de dix ans dans la conscience de la mort. S’il est donc vraisemblable que ces événements de vie lui ont donné l’occasion de mesurer sa relation au temps qui reste, dont parle également Barthes, c’est au cancer et à la perspective toujours possiblement fatale de cette maladie qu’il faut attribuer le plus nettement cette conscience de la fin :
J’avais commencé Les années longtemps avant L’usage de la photo. En fait, j'ai commencé maintes fois, mais c’est seulement à partir de l’été 2002 que j’ai réellement démarré. J’étais bien décidée, je voulais poursuivre ce projet pendant plusieurs mois. Et soudain, en septembre, j’ai appris que j’avais un cancer du sein. À ce moment-là, je ne savais pas combien de temps j’avais à vivre : ce livre est devenu comme un signe. Je devais l’écrire, je devais introduire les photos, sans les montrer. Tout s’est imposé[40].
18On peut parler au sujet des Années d’une œuvre de late style au sens qu’Edward W. Saïd a donné à cette expression à la suite de Theodor Adorno[41]. Saïd définit d’abord ce qu’il appelle lateness comme le cas classique d’une œuvre venant couronner
une carrière, qui forme un point d’orgue renvoyant l’ensemble de l’œuvre à sa plénitude. Ce qui l’intéresse pourtant davantage, c’est l’acception irrégulière, dysphorique de la lateness, qui produit au contraire une œuvre de résistance au temps. Or le désir de donner forme à ce que fut sa vie semble chez Ernaux l’un de ces modes de résistance au temps. Leslie Hill écrit :
Writing, for Ernaux, though it may chronicle personal disaster, is transformative and life-affirming […] it creates narrative where formerly there was only the oppressive silence of exclusion […] it allows the author, and the narrator-protagonists who are her sisters, to […] forge for herself an idiom that, in its geographical and social singularity, in its unmistakable rhythms and movement, functions as an affirmative act of self-emancipation and self-invention.[42]
19L’écriture devient alors une façon d’opposer la forme au silence de la fin, occurrence ultime de l’exclusion. Elle est une forme d’historicisation contre le déclin biologique de la vie, de sorte qu’elle fait de la vie non un donné, mais une entité à construire : “la vie ne dicte rien. Elle ne s’écrit pas d’elle-même. Elle est muette et informe. Écrire la vie en se tenant au plus près de la réalité, sans inventer ni transfigurer, c’est l’inscrire dans une forme, des phrases, des mots”[43]. Le projet est moins celui de l’examen de soi auquel nous a habitués l’autobiographie dans sa tradition rousseauiste, que celui d’une dépersonnalisation à valeur cependant heuristique, pour laquelle la vie n’est ni un objet ni une possession : “Je n’ai pas le désir de découvrir les zones d’ombre de ma vie, ni de me souvenir de tout ce qui m’est arrivé, et mon passé, en soi, ne m’intéresse pas spécialement”[44]. Bien plutôt, il s’agit avec l’écriture d’un travail de discernement à travers l’informe du vivre. Écrire est ainsi, pour un écrivain comme Ernaux, une manière de vivre.
Épilogue
20Virginia Woolf rêvait, dans A Room of One’s Own, que les femmes inventeraient un jour leur propre phrase, celle qui serait nécessaire et appropriée à l’expression exacte de leur historicité. Elle citait en exemple précurseur Jane Austen qui, face à la phrase d’homme héritée, “that man’s sentence […] that was unsuited for a woman’s use”, “looked at it and laughed at it and devised a perfectly natural, shapely sentence proper for her own use and never departed from it[45]. Austen avait découvert un rythme propre à exprimer son historicité spécifique. Cette phrase, cette unité littéraire élémentaire devait conduire ensuite, dans la visée de Woolf, à l’invention d’un genre nouveau, d’une nouvelle forme, après l’étape historiquement provisoire d’une appropriation du genre le plus accessible :
all the older forms of literature were hardened and set by the time [the woman] became a writer. The novel alone was young enough to be soft in her hands […]. Yet who shall say that even now ‘the novel’ (I give it inverted commas to mark my sense of the words’ inadequacy), who shall say that even this most pliable of all forms is rightly shaped for her use? No doubt we shall find her knocking that into shape for herself when she has the free use of her limbs; and providing some new vehicle. (ibid., p. 89-90)
21Et Virginia Woolf concluait, en 1928, quatre-vingts ans avant la publication des Années : “But these are difficult questions which lie in the twilight of the future” (ibid., p. 90). Avec le dernier opus d’Annie Ernaux, il semble possible de croire que le jour est arrivé, après près d’un siècle d’héritage littéraire sur lequel elle a pu s’appuyer, qui a contribué à réformer l’histoire de la littérature et a pu lui permettre, comme écrivain, de s’émanciper, où une femme est parvenue à créer une forme propre à dire son temps, dans les deux sens de ce terme : son temps de femme sexué spécifiquement, par les interdits, l’avortement, le mariage et la maternité, les contraintes sociales puis leur libération, le cancer du sein et les liaisons amoureuses ; et son temps d’individu d’une génération, né à une certaine époque. Ce dialogue offert par le texte est ainsi celui non pas d’un “je” avec un “on” et un “nous”, mais bien celui d’un “elle” avec ces formes collectives. Car le contrepoint qui donne sa forme à cette histoire du siècle, intéressé à saisir l’historicité de ses formes de vie, c’est celui d’un point de vue de femme tentant de définir ce qu’est la vie humaine.
Maïté Snauwaert
Université de l'Alberta, Canada

Notes


[1]L’exemple le plus remarquable de cette tendance est sans doute l’explicite D’autres vies que la mienne d’Emmanuel Carrère, paru en 2009 (Paris, P.O.L.).

[2]Voir à ce sujet le dossier “Responsabilités de la littérature: vers une éthique de l’expérience”, Maïté Snauwaert et Anne Caumartin (éds.), Études françaises, n° 46.

[3]Annie Ernaux, “Il s’agit toujours de cela, de ce qui se passe entre naître et mourir”, propos recueillis par Évelyne Bloch-Dano, Magazine littéraire, n° 513, novembre 2011, p. 88-93.

[4]Annie Ernaux, “Je n’ai rien à voir avec l’autofiction”, entretien par Christine Ferniot et Philippe Delaroche, Lire, n° 362, février 2008, p. 84-99, dernière consultation le 31 mars 2012.

[5]Leslie Hill, “From order to adventure: women’s fiction since 1970”, et Michael Sheringham, “Changing the script: women writers and the rise of autobiography”, A History of Women’s Writing in France, Sonya Stephens (ed.), Cambridge, Cambridge University Press, 2000, respectivement p. 168-184 et p. 185-203.

[6]Virginia Woolf, The Years, with introductions by Susan Hill and Steven Connor, London, Vintage Books, [1937] 2004, <Vintage Classics>.

[7]Marguerite Duras, La vie matérielle, Paris, Gallimard, 1987, <Folio>, p. 99.

[8] Roland A. Champagne, “A Woman and her Own Time: Annie Ernaux’s Creative Writing as a Crucible for the Temporal Salvation of Womanhood”, Dalhousie French Studies 90, Spring 2010, p. 147-158.

[9]Virginia Woolf, Moments of Being. A Collection of Autobiographical Writing, Jeanne Schulkind (ed.), New York, Harvest/Harcourt, Inc., [1976] 1985.

[10]Virginia Woolf, Night and Day, New York, Harvest/Harcourt Brace Jovanovich, [1920] 1948.

[11]Voir Virginia Woolf, A Writer’s Diary, New York, Harvest/Harcourt, Inc., 2003.

[12]Michael Cunningham, The Hours, New York, Farrar, Straus & Giroux, 1998.

[13]Gabrielle Roy, La détresse et l’enchantement, Montréal, Boréal, [1984] 1996, <Compact>.

[14]C’est le travail réalisé par Sophie Marcotte sur les manuscrits de Gabrielle Roy pour le projet HyperRoy qui nous permet d’avoir accès à cette information: “le titre apparaissant sur la couverture d’un des cahiers [manuscrits du “Bal chez le gouverneur”] est Des heures de ma vie”. Voir la section “Les inédits de Gabrielle Roy” sur le site Gabrielle Roy: du manuscrit au virtuel, dernière consultation le 31 mars 2012.

[15]Rencontre avec Annie Ernaux à l’occasion de la parution des Années”, Les entretiens du site Gallimard.

[16]Annie Ernaux, Les années, Paris, Gallimard, 2008, p. 158. Désormais abrégé entre parenthèses en A, suivi du folio.

[17]Annie Ernaux, Écrire la vie, Paris, Gallimard, 2011, <Quarto>, p. 7. Désormais EV.

[18]C’est aussi il me semble ce que montre le travail de Richard Millet dans le cycle de Siom. Voir mon article “La noblesse et la mort. Anthropologie romanesque de Richard Millet”, Lettres de noblesse II. L’Imaginaire littéraire de l’aristocratie au XXe siècle, sous la direction de David Martens, Paris, Éditions Minard, <Lettres Modernes>, à paraître.

[19] Antoine Compagnon, “Désécrire la vie”, Critique, n° 740-741, janvier-février 2009, p. 58-59.

[20]Annie Ernaux, L’usage de la photo, Paris, Gallimard, 2005, p. 27. Cité par A. Compagnon, “Désécrire la vie”, art. cité, p. 58.

[21]Annie Ernaux, “Je n’ai rien à voir avec l’autofiction”, entretien cité.

[22]Antoine Compagnon, “Désécrire la vie”, art. cité, p. 59.

[23]Annie Ernaux, “Je n’ai rien à voir avec l’autofiction”, entretien cité.

[24]Antoine Compagnon, “Désécrire la vie”, art. cité, p. 59.

[25]Voir Roland A. Champagne, “A Woman and her Own Time”, art. cité.

[26] Dominique Rabaté, Le roman et le sens de la vie. Paris, José Corti, 2010, <Les essais>, p. 60.

[27] “Rencontre avec Annie Ernaux à l’occasion de la parution des Années”, entretien cité.

[28]“Défection” dont s’étonne et se désole Antoine Compagnon (“Désécrire la vie”, art. cité, p. 57-58).

[29]Barbara Havercroft, “Auto/biographie et agentivité au féminin dans Je ne suis pas sortie de ma nuit d’Annie Ernaux”, La francophonie sans frontière. Une nouvelle cartographie de l’imaginaire au féminin, Lucie Lequin et Catherine Mavrikakis (éds.), Paris, L’Harmattan, 2001, p. 519.

[30]Annie Ernaux, L’écriture comme un couteau. Entretien avec Frédéric-Yves Jeannet, Paris, Stock, 2003, p. 43-44.

[31]Barbara Havercroft, “Subjectivité féminine et conscience féministe dans L’événement”, Annie Ernaux, une œuvre de l’entre-deux, Fabrice Thumerel (éd.), Arras, Artois Presses Université, 2004, p. 125.

[32]Annie Ernaux, “Je n’ai rien à voir avec l’autofiction”, entretien cité.

[33] Michael Sheringham, “Changing the script: women writers and the rise of autobiography”, op. cit., p. 195.

[34]Annie Ernaux, La femme gelée, Paris, Gallimard, 1981.

[35] Roland A. Champagne, “A Woman and her Own Time”, art. cité, p. 149.

[36]Annie Ernaux, extrait de journal intime daté de juin 1999, dans Écrire la vie, op. cit., p. 24.

[37] Voir Roland Barthes, “Longtemps, je me suis couché de bonne heure”, Les inédits du Collège de France, n° 3, 1982; repris dans Roland Barthes, Œuvres complètes, tome V, 1977-1980, nouvelle édition revue, corrigée et présentée par Éric Marty, Paris, Éditions du Seuil, 2002, p. 459-470; La préparation du roman I et II. Cours et séminaires au Collège de France (1978-1979 et 1979-1980), texte établi, annoté et présenté par Nathalie Léger, Paris, Seuil/IMEC, 2003, <Traces écrites>.

[38] Michael Sheringham, “Changing the script: women writers and the rise of autobiography”, op. cit.

[39]Annie Ernaux, L’autre fille, Paris, NiL éditions, 2011, <Les affranchis>.

[40]Annie Ernaux, “Je n’ai rien à voir avec l’autofiction”, entretien cité.

[41] Edward W. Saïd, On Late Style. Music and Literature Against the Grain, New York, Pantheon Books, 2006.

[42]Leslie Hill, “From order to adventure: women’s fiction since 1970”, op. cit., p. 178.

[43]Annie Ernaux, Écrire la vie, op. cit., p. 8.

[44]Annie Ernaux, L’écriture comme un couteau, op. cit.

[45]Virginia Woolf, A Room of One’s Own, London, Penguin Books, 2004, <Great Ideas>, p. 89.






2012 | Revue critique de fixxion française contemporaine |  (ISSN 2033-7019)  |  Habillage: Ivan Arickx |  Graphisme: Jeanne Monpeurt
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