L’histoire de l’art et le romancier faussaire : Discours de savoirs et fiction dans “Les Onze” de Pierre Michon et “Terrasse à Rome” de Pascal Quignard

Sylvia Chassaing

Résumé


Dès l’instant où ils partagent les mêmes objets d’investigation, la fiction d’art et l’histoire de l’art entrent en compétition. Celle-ci se traduit souvent par une ignorance cultivée entre ces deux types de discours et les écrivains qui choisissent cette voie valorisent au contraire un hors-champ de l’histoire de l’art :  Michon, face aux Joseph Roulin de Van Gogh, ou Quignard, devant les tableaux de Georges de La Tour, se détournent des chemins battus de l’université et ce souvent sans dissimuler leur intention critique.

Mais qu’en est-il lorsque ces deux écrivains forgent de toutes pièces les œuvres au sujet desquelles ils écrivent, comme c’est le cas dans Les Onze et Terrasse à Rome ? Il n’y a pas, alors, de discours scientifique préexistant auquel s’opposer et il est à la charge des romanciers de convoquer faux critiques et faux textes académiques pour accréditer l’existence de ces œuvres, qu’ils font ainsi entrer de force dans le musée universel de l’histoire de l’art. Quels rapports entretient dès lors le texte littéraire avec ces documents universitaires fictifs, mais essentiels à l’élaboration de la fiction, documents qu’il établit comme ses propres sources et par rapport auxquels il se constitue donc comme un discours second ?

Il s’agira de s’interroger dans cet article sur le type de discours scientifiques convoqués et sur les procédés d’accréditation de la fiction artistique auxquels ils participent. L’on verra alors comment le texte narratif procède à l’invention d’une réserve de savoir dans laquelle puise le narrateur, mais inaccessible au lecteur. Ce premier constat mènera par la suite à un questionnement sur les conséquences de cette position aporétique de l’histoire de l’art – discours véridictif issu d’institutions autorisées qui s’avère mis au service d’un faux littéraire – pour envisager finalement le sens de ces mystifications à double tranchant, tromperies en apparence, mais véritables révélations.

Mots-clés


Michon; Quignard

Texte intégral :

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2012 | Revue critique de fixxion française contemporaine |  (ISSN 2033-7019)  |  Habillage: Ivan Arickx |  Graphisme: Jeanne Monpeurt
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