Entretien
Natacha Vas-Deyres s’entretient avec Elisabeth Vonarburg
(octobre 2014)
Elisabeth Vonarburg est une des figures les plus marquantes de la science-fiction québécoise. Elle est reconnue tant dans la francophonie que dans l'ensemble du monde anglo-saxon. Outre l'écriture de fiction (Le Silence de la cité, 1981 ; Chroniques du pays des mères, 1992 ; Les Rêves de la mer, 1996 ; La Maison au bord de la mer, 2000 ; Le Jeu des coquilles de nautilus, 2003 ; les cycles Tyranaël, 1994-1997 et Reine de mémoire, 2005-2007 ; Hôtel Olympia, 2014), Élisabeth Vonarburg pratique la traduction (La Tapisserie de Fionavar, de Guy Gavriel Kay), s'adonne à la critique (notamment dans la revue Solaris) et à la théorie (Comment écrire des histoires, 1986). Elle a offert pendant quatre ans aux auditeurs de la radio francophone de Radio-Canada une chronique hebdomadaire dans le cadre de l'émission Demain la veille.
Natacha Vas-Deyres est agrégée de Lettres modernes, Docteur en littérature française, francophone et comparée, enseignante et chercheur associé de l’Université Bordeaux-Montaigne. Spécialiste de l’anticipation française de l’Entre-deux-guerres, ses recherches portent également sur la science-fiction française contemporaine et américaine (L’imaginaire du temps dans le fantastique et la science-fiction, 2001 ; Régis Messac, l’écrivain-journaliste à re-connaître, 2011 ; Ces Français qui ont écrit demain. Utopie, anticipation et science-fiction au XXème siècle, 2012, Grand Prix de l’Imaginaire 2013 ; Les Dieux cachés de la science-fiction française et francophone (1950-2010), 2014).
Possibles génériques
Natacha Vas-Deyres
1Elisabeth Vonarburg, vous explorez l’imaginaire sous toutes ses formes, celui de la science-fiction (le Cycle de Baïblanca auquel se rattachent Chroniques du pays des mères, Le Silence de la cité et Tyranaël), de la fantasy uchronique/parallèle (Reine de Mémoire), du fantastique (dans vos nouvelles), des recueils de nouvelles (La Musique du soleil) et des textes critiques, universitaires, une véritable réflexion sur vos propres productions et sur les genres de façon générale (votre thèse, La Seconde naissance : entre la même et l’autre, soutenue à l’Université Laval, vos responsabilités comme directrice littéraire et rédactrice en chef de la revue Solaris). 
Est-ce par peur de vous répéter, ou pour ne pas vous ennuyer dans une vie d’auteur si prolifique, que vous variez souvent les codes et les cadres dans lesquels prennent place vos histoires ?
Elisabeth Vonarburg
2Je ne me trouve pas tellement prolifique en trente-six ans de publication ! Et – ce n’est sans doute pas politique de le dire ici, mais bon – thématiquement j’ai l’impression de toujours dire la même chose. Le décor, au sens large, change un peu (histoire de planète lointaine dans Tyranaël, territoires post-cataclysmiques dans Le Silence, Chroniques ou le pseudo “cycle” des nouvelles se déroulant dans diverses itérations de Baïblanca), ou même le genre (science-fiction, fantasy uchronique ou… difficile à déterminer pour Hôtel Olympia, quoique mon éditeur pense comme moi qu’il s’agit de SF), nouvelles de SF ou poésie pas du tout SF, mais le fond ne change vraiment pas, je tourne toujours dans le même cercle de questionnements : l’exploration du mystère, la relation du langage et du monde, la non-opposition des contraires, la recherche de l’Autre, la métamorphose, les problématiques du changement, du pouvoir, de la nature dite humaine, masculin, féminin ou autre…. Les figures même n’en changent pas : métamorphes, artefacts, voyageurs au travers d’univers parallèles, immortels ou plutôt longèves[1]… Et même dans mes activités critiques, je ne creuse pas tellement l’imaginaire sous toutes ses formes que mon imaginaire – même lorsque j’essayais, dans les années 1990, de déterminer s’il y avait une écriture féminine en me livrant à des comparaisons de textes galopantes, dont mes propres textes étaient exclus. Je me suis rendu compte à un moment donné que les questions que je posais étaient celles qui me touchaient très personnellement, et que l’objectivité “universitaire” était en ce qui me concernait un vain mot. Les changements de “codes” sont des effets de vitrine, aurais-je tendance à penser. Ce n’est pas pour me désennuyer, ni pour ne pas me répéter, c’est juste que je tourne autour de mon objet (ou de mon sujet !), de ma propre écriture, en variant les outils de repérage. Il se trouve que j’écris principalement dans les genres SF et fantasy et j’ai donc été amenée à réfléchir sur ces genres pour comprendre ce qui m’y attirait, ce avec quoi j’étais en résonance.
3N.V-D. :   Comment ou pourquoi choisissez-vous tel ou tel genre pour votre prochain ouvrage ? Êtes-vous attirée par un thème, une ambiance, qui correspond à tels ou tels codes ? Par l’envie d’investir un “imaginaire” en y inscrivant un regard singulier ? Est-ce que votre manière d’aborder chaque genre porte la marque des autres genres que vous avez pratiqués ?
4E.V. :   On ne choisit pas en se levant le matin d’écrire dans tel ou tel genre. On se réveille le matin avec une histoire qui pousse, qui veut être racontée, ou même pas – pas encore : quelques “images”, c’est-à-dire un continuum d’émotions-sensations, parfois des personnages, parfois une suite plus ou moins cohérente de lieux et d’actions, des amorces de souvenirs confus, qui vont se condenser en des mots, des phrases, lorsqu’on va essayer de les saisir, de les interroger. C’est seulement ensuite, si l’on s’est habituée à écrire dans des genres spécifiques, et parce qu’on en a pris le pli, que l’histoire va se couler dans des codes familiers – plus ou moins ! (je viens d’en avoir l’expérience avec Hôtel Olympia, issu comme tous mes romans d’un ancien rêve frappant).
5N.V-D. :   Est-ce que cela fait partie de ce qui vous “fait” écrire, le désir de donner votre version, votre variante, d’improviser dans la contrainte générique (comme dans le jazz, ou les samples de rap : est-ce que ces rapprochements musicaux vous conviennent ?)
6E.V. :   Ce n’est certainement pas un désir conscient et organisé, même si j’aime beaucoup le rapprochement avec le jazz, qui convient tout à fait à une littérature collective, agrégative, comme la SF ou la fantasy. Et même si tous les artistes “jazzent”, conversent toujours, avec d’autres, par exemple, les écrivaines féministes de SF entre elles… ou aussi bien les écrivains de SF “hard” entre eux ! (J’ai cependant tendance, étant de ma génération, à mieux saisir le rapprochement avec le jazz qu’avec l’échantillonnage du rap – j’y perçois mieux la relation entre la structure et l’improvisation.) Ceci dit, lorsqu’on me signale que tel ou tel thème a déjà été traité (quel thème n’a pas déjà été traité ?), je ne me fais pas faute de répliquer “Oui, mais pas par moi” – et de le rappeler aux jeunes auteurs affolés d’originalité. Mais ce qui me “fait écrire” n’a rien à voir avec un genre (dans l’acception roman-nouvelle-poésie-essai) ou dans un “genre” (SF, fantasy ou autre). La science-fiction m’a permis d’écrire tout court[2], à seize ans, lorsque pour des raisons diverses j’avais fui la littérature… ordinaire (pas celle que je lisais, bien sûr, mais pour en écrire… aïe !) et que la poésie s’était révélée hors de ma portée adolescente. C’est pour cela que je voue à la SF un amour et une reconnaissance indéfectibles, en dehors de ses qualités intrinsèques. Mais ce qui me pousse à écrire c’est tout simplement (!) le besoin de respirer, un terme qui, je m’en rends compte, est en l’occurrence un synonyme de “comprendre”. Je suis un être de langage, mon rapport au monde s’est très tôt établi à travers les mots. J’ai besoin d’écrire, c’est tout. Pas au point de ne pas dormir la nuit pour ne faire que ça, ne romantisons pas à outrance, mais j’en ai besoin.
Jeux avec le public (adulte, jeunesse, ateliers d’écriture)
7N.V-D. :   L’écriture de romans pour la jeunesse (Histoire de la princesse et du dragon[3], L’Enfant des neiges[4]) à partir de 1990 semble correspondre à une ouverture de votre inspiration, qui devient plus libre, dont s’épanouit encore la variété/variation qui la caractérise d’emblée : est-ce qu’écrire pour un public jeune ouvre les possibles et pourquoi selon vous ? Ou bien s’agit-il seulement d’une question de contraintes éditoriales, qui ne se posent pas de la même façon des deux côtés de la frontière des publics ?
8E.V. :   Oh, si vous saviez ! Les écrivains n’ont pas toujours de Nobles Raisons Théoriques d’écrire ceci ou cela (ou de Profondes Pulsions). Ce sont parfois des motivations bien mondaines et bien matérielles qui vont mettre en marche la machine à mots – et, rétrospectivement, on se dit que, oui, ma foi, après tout, il y avait là une branche dans le chemin, un désir subconscient d’aller voir, ou une synchronicité. Mais, raconteuse d’histoires et bien consciente que nous fabriquons continuellement la nôtre (et la révisons de même), je resterai prudente avec la question ou plutôt la réponse. D’une manière générale, j’ai lu enfant, et je sais quel impact peut avoir une histoire sur une imagination en devenir, mais je ne me suis jamais vue, ni souhaitée, comme ce genre d’écrivaine. Rien de si admirable. “Ça s’est trouvé comme ça”. Par exemple, il n’y a pas eu de contraintes éditoriales mais, en ce qui concerne Histoire de la princesse… une proposition éditoriale qui méritait un “pourquoi pas ?”. Pour Les Contes de Tyranaël[5], j’avais envie de retourner dans cet univers, au début des années 90 – peut-être une façon de m’encourager à m’y remettre, ce qui a porté ses fruits ensuite. Il y a deux histoires que j’ai vraiment “voulues” et que j’ai pensé écrire “pour la jeunesse” : Les Contes de la Chatte rouge[6] et L’Enfant des neiges. Mais ni Histoire de la princesse ni les Contes de Tyranaël n’avaient cet horizon imaginé de lecture. Ceci dit, en ce qui me concerne, l’écriture “pour la jeunesse” ne m’ouvre pas autant de possibles littéraires que celle pour les… non-jeunes, techniquement, je le crains. Du reste, je ne sais pas vraiment à quoi correspondent ces catégories, ayant été très jeune une lectrice d’histoires “pas pour les jeunes”… et aimant encore maintenant lire des histoires “pour jeunes”. J’écris “pour de bons lecteurs”, comme on dit. Des lecteurs qui aiment travailler dans les textes (qu’ils s’en rendent compte ou non), qui font confiance à l’auteur et ne veulent pas forcément tout se faire mâcher tout de suite. C’est ce que j’aimais lire quand j’étais “jeune”, c’est encore ce que j’aime lire maintenant… Je trouve qu’on sous-estime systématiquement les capacités des jeunes lecteurs en voulant qu’ils comprennent toujours tout. Moi, ce qui m’a formée, j’en ai l’impression, ce sont les histoires qui me résistaient…
 
9N.V-D. :   Savez-vous si des lecteurs écrivent des fanfictions à partir de vos personnages ou vos univers ? Quelles virtualités aimeriez-vous en voir développées ? Est-ce qu’une telle perspective vous intéresse, vous trouble, vous déplaît ?
10E.V. :   Voilà une chose à laquelle je n’ai jamais vraiment pensé ! Quoique, j’ai reçu un jour un message plutôt… perturbant sans doute d’un farceur (ou de quelqu’un un peu dérangé) qui voulait commettre par écrit des actes inavouables avec un de mes personnages féminins, je ne me rappelle même pas lequel, j’ai jeté ce message. Je ne crois vraiment pas créer ni le genre de personnages ni le genre de situations propres à éveiller des élans de fanfiction. Mais c’est une activité littéraire qui suscite parfois des textes fort intéressants et peut constituer un terreau fertile pour de futurs écrivaines et écrivains. Si quelqu’un voulait situer des textes dans un de mes univers et m’en demandait la permission… A priori, je n’ai vraiment rien contre, mais cela dépendrait sans doute des demandeurs et de la nature de leur projet. L’idée m’intéresse sans me troubler ni me déplaire, mais je ne me sens pas d’une générosité tous azimuts, je le confesse ! Si on a écrit de ces textes sans m’en demander la permission, eh bien je ne suis pas au courant et ça ne me défrise donc pas ! Mais j’en serais curieuse.
11N.V-D. :   Que peuvent apporter à votre avis, tant du côté des écrivains que du côté du public, des expériences d’atelier d’écriture telles que vous les avez pratiquées ? Pourquoi avez-vous publié Comment écrire des histoires, Guide de l’explorateur[7] (titre clin d’œil à Douglas Adams[8] ?) en 1986 ? Avez-vous ressenti comme une nécessité le fait de partager vos techniques d’écriture et d’invention à cette période-là ? Cet ouvrage est aujourd’hui considéré comme une référence dans le domaine de l’écriture collaborative. Quelle est, à votre avis, sa singularité ?
12E.V. :   Pour ce qui est des ateliers d’écriture, j’en suis une partisane convaincue pour en avoir animé aussi bien avec des écrivains en devenir, des débutants absolus et de simples visiteurs curieux et pleins de bonne volonté, de tous âges et provenances. Entendons-nous bien, il s’agit d’ateliers, pas de leçons d’écriture. Je veux dire par là qu’un animateur n’est pas un maître, le gourou qui détient le Savoir et le prodigue verticalement à un auditoire-entonnoir. On ne cesse jamais de devenir un écrivain, c’est une expérience en continuelle métamorphose, je ne dirais même pas “progression”, on avance, on revient sur ses pas, on prend des tangentes, on oublie qu’on savait, on retrouve… Et il n’y a pas de formules, il n’y a pas de recettes, il n’est aucune règle qui ne puisse être enfreinte. On expérimente, et l’animatrice expérimente et se plante avec les autres. Un atelier d’écriture, ce n’est pas une machine à fabriquer des saucisses, d’où tout le monde sort formaté – un risque plus fréquent, peut-être, dans les ateliers à l’américaine (ou les ateliers animés par des gens bourrés de certitudes), davantage axés sur le marché – une préoccupation des plus légitimes, mais ce n’est pas mon souci premier. L’écriture et la publication, pour moi, ce sont deux domaines distincts. J’ai constaté, pendant mes études universitaires, ma propre expérience d’écriture et mes activités de direction littéraire, qu’il existe un certain nombre d’éléments de base, et qu’on peut en apprendre ailleurs qu’à l’université l’existence, le fonctionnement et jusqu’à un certain point l’usage délibéré. Il me semble en effet qu’un écrivain est quelqu’un qui, à un moment donné, écrit délibérément, en devenant le plus possible le créateur de ses effets et non par défaut, en ignorant pourquoi “ça marche”. Au début, quand on commence, et même plus tard, cela peut aider, de ne pas trop savoir. Mais après… Je ne suis pas sûre. On peut apprendre les règles de n’importe quel jeu (ma métaphore préférée étant le jeu d’échecs) sans garantie évidemment d’y devenir un champion. Tout le monde a un imaginaire, et un certain nombre de gens ont les mots pour le dire (les écrivains ayant des mots et non des “idées”, selon moi), mais la pulsion, le désir ou le besoin d’écrire ne s’enseignent pas. Ils sont là et on essaie de leur donner les moyens de s’actualiser. Et quand bien même on ne deviendrait pas écrivain au sortir d’un atelier d’écriture, si on a appris à mieux lire, l’atelier a réalisé les deux tiers de ce qu’il peut avoir de bénéfique.
13En ce qui concerne spécifiquement Comment écrire des histoires, pas de clin d’œil à Douglas Adams, mais un processus d’approfondissement personnel et collectif, dans le cadre évolutif du milieu SF québécois. Depuis mon arrivée dans le milieu naissant de la SFFQ[9] en 1974, et comme directrice littéraire officieuse de Requiem après quelques années, je constatais que les mêmes problèmes d’écriture revenaient régulièrement. Je connaissais l’existence des ateliers d’écriture américains, une approche pratique qui me semblait d’une modestie rafraîchissante quant à la nature du métier, par rapport à une certaine “romantisation” de l’écriture, fréquente en milieu universitaire – laquelle n’est curieusement pas incompatible avec la théorisation systématique et parfois procustéenne qui caractérise aussi ces milieux. J’avais lu au moins un ouvrage plein de bon sens sur la question, The Science Fiction Writer’s Workshop de l’écrivain Barry M. Longyear. En 1979, ayant décidé d’organiser le premier congrès québécois de SF, pour aider à la condensation du milieu, je me suis dit qu’il serait bon aussi de rassembler plus spécifiquement les écrivains ou aspirants-écrivains québécois de genres. C’est une question de masse critique là aussi, me disais-je, mais peut-être peut-on accélérer le processus ! Ces ateliers ont eu lieu régulièrement dans les années suivantes. Puis mes cogitations alentour ont été publiées en épisodes dans Solaris. C’était assez axé sur les genres, cependant. À la suite de quoi, un ami, Vital Gadbois, qui dirigeait une petite maison d’édition de manuels scolaires, m’a proposé d’en faire un livre plus général sur l’écriture. Le projet m’a enthousiasmée. Mais dès le départ, je ne voyais pas ce livre comme un manuel scolaire. C’est un guide, le partage d’une expérience personnelle, aussi bien la mienne que celle de tous les participants aux ateliers jusque-là, tout ce que nous avions appris ensemble. Quelque part entre la théorie et la pratique, certes, puisque dans mon expérience il y avait autant mon écriture que l’enseignement ! Bon, il y a un plan, mais on peut le prendre dans n’importe quel sens, avec un index (aux temps héroïques, à la mitaine : machine à écrire ! Je n’ai eu un ordinateur qu’ensuite). Je me suis battue pour que la couverture soit rigolote, aussi… C’est sans doute ce qui confère sa singularité à l’ouvrage : j’y dis “Je” sans vergogne, sans prétendre détenir une vérité. À la fin, il y a une de mes nouvelles, écrite en atelier sous contrainte, avec les notes prises à l’époque. Tout le monde peut juger sur pièces. Je ne me sentais pas un besoin de “partager mes techniques d’écriture et d’invention à cette période-là” parce qu’elles auraient été un modèle, mais parce que, avais-je découvert, ce n’étaient pas les miennes. C’étaient les éléments de base de toute écriture dont je parlais plus haut. Dans cette panoplie, chaque écrivain choisit ce qui lui correspond le mieux, (j’ai, par exemple tendance à mettre l’accent sur la préparation avant écriture, la réflexion pendant la réécriture, l’attention aux voix narratives, l’usage du montrer plutôt que du dire…), mais le livre ne prescrit rien (j’espère…). Il essaie de décrire, en donnant des exemples – que je me suis beaucoup amusée à fabriquer en pseudo SF.
Exploration des supports médiatiques
14N.V-D. :   Vous avez, au tout début de votre carrière, signé des fictions radiophoniques (Radio-Canada, fin des années 1970, début des années 80) : pouvez-vous nous parler de ces travaux et de ce qu’ils ont représenté pour vous ?
15E.V. :        Oh ce n’étaient pas des “travaux” ! C’était un fun noir ! J’avais deux complices, Jean-Marc Gagnon et Marc Bergeron, respectivement réalisateur et animateur de l’émission, mais je ne sais plus si c’est moi qui ai proposé ou eux qui ont suggéré “Fantômes et farfafouilles”, notre délire très (trop !) matinal du samedi matin (ou était-ce le dimanche ? Vous me rappelez là de très, très anciens souvenirs….). Le titre est de moi, en tout cas, hommage au recueil de Fredric Brown publié chez Denoël[10]. Il s’agissait de très courtes saynètes, SF ou fantastique, deux ou trois minutes maximum, avec des effets spéciaux sonores, que nous interprétions tous les trois en direct (si je me rappelle bien… ou certaines, en tout cas) – en essayant de ne pas nous écrouler de rire. J’en écrivais le canevas et nous tripotions ensemble, ou bien j’écrivais le texte définitif du premier coup et c’était OK. Ma grande joie est d’avoir récupéré les enregistrements (chut !) quand Radio-Canada de Chicoutimi (car c’était régional, ne nous leurrons pas ici) a fait le grand ménage péri-informatisation. Ce que cela a représenté pour moi, c’est le plaisir de s’amuser ensemble, de créer ensemble, et de faire connaître un peu mes genres chéris à un auditoire qui ne s’y attendait pas (on parlait aussi un peu de sujets SF & Fantasy sans rigoler, quand même) – mais aussi de fricoter avec la radio, ce medium “froid” absolument magique pour l’imaginaire (la télé peut aller se rhabiller). J’ai eu le plaisir de remettre ça en plus sérieux dans les années 1990, pendant cinq ans, avec Demain la veille, une émission en duplex avec Montréal et dont Stéphane Garneau était l’animateur (là, ça a laissé des traces durables dans l’imaginaire sonore des auditeurs : à ma grande surprise, on m’en parle parfois encore !)
Variations sur le même thème (personnages mythiques, mondes possibles)
16N.V-D. :   Vous aimez apparemment travailler autour de mythes littéraires, d’échos intertextuels (Le Silence de la cité s’inscrit dans le traitement du thème de l’Immortalité comme le cycle des Danseurs de la fin des temps de Michael Moorcock et celui de Bee-Quatre de Tanith Lee), ou de personnages que Richard Saint-Gelais qualifie de transfictionnels, traversant les frontières des fictions, quittant leur livre d’origine pour continuer ailleurs. Pourriez-vous par exemple nous expliciter le processus de “mythologisation” de vos propres personnages à l’intérieur d’un cycle ?
17E.V. :        Premièrement : les mythes littéraires. Précisons : j’aime jouer avec les mythes tout court. Je ne comprends pas trop bien la différence s’il y en a une dans votre idée. Par ailleurs, méfions-nous des échos intertextuels, ce ne sont pas forcément les mêmes d’une génération à l’autre, ou simplement d’un lecteur à l’autre. Je sais que l’œuvre citée de Moorcock date du début des années 1970, mais je ne l’ai lue que beaucoup plus tard. Par contre j’avais lu les deux romans de Tanith Lee constituant Bee-Quatre. Ce que j’ai retenu alors de ma lecture, ce n’est pas tant l’immortalité que le changement désinvolte d’aspect physique – les métamorphoses… Mes échos à moi, dans Le Silence de la cité, ce sont bien davantage les contes qui lient le domaine souterrain des fées et la durée perverse dont elles dotent les humains qu’elles séduisent, comme Thomas le Rimeur[11]. L’immmortalité est sans doute un des plus vieux sinon le plus vieux thème de l’humanité, depuis Gilgamesh en passant par… Jack Barron ou l’Immortel de Zelazny[12]. Entre autres, puisque la SF l’a décliné tout à loisir. En 1979-1980, j’en avais lu assez, de toute évidence, pour que sinon l’immortalité, du moins le motif de la longévité soit devenu partie intégrante de mon imaginaire personnel.
18Deuxièmement, les personnages transfictionnels et la mythologisation de mes propres personnages. Fascinant. Je ne me l’étais jamais exprimé dans ces termes, mais c’est effectivement une très bonne façon de décrire une de mes sales habitudes. Cela me vient assurément de mes lectures enfantines – les mythes grecs, avec leurs clans divins et leurs machinations toujours familiales d’une manière ou d’une autre ! Dans tous les récits mythiques, de fait, il y a de ces personnages “transfictionnels”, qui se promènent parfois au premier plan, parfois loin au fond du décor. Et la littérature, depuis, ne s’est pas fait faute de reprendre la technique. Cela fait partie de la création de mondes, une manière de donner de la profondeur, de la texture, de la vraisemblance. Une façon de gérer l’espace et surtout le temps. On emboîte, on ramifie, l’Histoire se déplie à travers les histoires, et inversement les histoires reflètent l’Histoire ou la mettent en abyme. C’est mon côté paranoïaque, je suppose, la multiplication des sens possibles (et là, oui, effets d’échos). Corrélativement, il y a la quête d’une éventuelle vérité à travers tous ces chatoiements. J’aime les contes, et la façon dont les histoires se créent, se transmettent, s’adaptent… Quand je vais davantage de mon côté rationnel, je tombe carrément dans l’évhémérisme : dans mes fictions (et très tôt, que ce soit dans Le Silence ou certaines des nouvelles des années 1980, comme “Les yeux ouverts”), les mythes ou les légendes finissent presque toujours par se voir découvrir une origine “réelle”. Mais ce n’est pas pour “démystifier”, c’est pour poser la question de la valeur humaine du mythe (de la fiction…), sa valeur en action, le poids de sens, de légitimité que lui ont éventuellement conféré le passage du temps et sa circulation dans des générations d’êtres humains dont il a modelé l’existence, pour le meilleur ou pour le pire. Les grandes histoires ne meurent pas, elles se transforment et demeurent vivantes en nous. Évidemment, après le passage du seuil, quand je pousse ma pulsion évhémériste à bout, cela aboutit paradoxalement à quelque chose comme Reine de Mémoire
19J’essaie de passer en revue les personnages “mythologisés” (et transfictionnels), dans mes histoires, voyons… En fait, j’en vois seulement deux : Elisa du Silence, “transmogrifiée” en la divinité Elli de Chroniques et Manou, dans le “cycle” des artefacts, avec son passage dans Le jeu des coquilles de nautilus où, avec sa mère Taïko, elle participe du mythe d’origine des Handemados. Pour les autres textes où elle apparaît (“Chanson pour une sirène”, “Sang de Pierre”), elle est effectivement transfictionnelle, tout comme le propriétaire de la Taverne de la Toison d’or (qui migre de “Dans la fosse” à “La voix qui chantait le cœur du monde”). Les voyageuses du Pont ne le sont peut-être même pas, techniquement, puisque les diverses itérations de Catherine/Katryn (comme les Egon et les Talitha rencontrés) ne se promènent jamais dans le même univers[13].
20N.V-D. :   Comment choisissez-vous les personnages que vous reprenez d’œuvres antérieures, ou les auteurs auxquels vous vous référez ou que vous citez? Est-ce l’expression de vos goûts de lectrice, ou êtes-vous sensible au potentiel d’imaginaire qu’ils recèlent, à leurs virtualités encore inabouties ? Sur un autre plan, historique cette fois : ces reprises et ces collaborations traduisent-ils votre place et votre rôle dans l’évolution des genres et de la fiction en général ? Selon vous, la fiction contemporaine présente-t-elle une situation spécifique par rapport au passé ? Cette “contemporanéité” de votre travail est-elle une donnée significative dans votre travail ?
21E.V. :   Ce n’est pas tellement un goût de lectrice. Plutôt le désir d’exploration du “potentiel d’imaginaire”. Mes personnages sont mes alter ego (je suis légion !). Mais en ce qui concerne les non-cycles de Baïblanca et du Pont avec ses Voyageurs, j’ai eu assez tôt l’envie de faire jouer délibérément, en effet, les “virtualités non abouties” — le motif des univers parallèles semblait l’exiger. Pour la première reprise de personnage(s) (entre Le Silence et Chroniques), c’est un peu particulier, cependant : l’univers de Chroniques avait été mis en place dans mon imaginaire avant celui du Silence. J’étais en train d’écrire les versions primitives de Chroniques quand Le Silence m’est tombé dessus et a fait dérailler la patente pendant un temps. Après quoi il y a eu tout un jeu de rétroaction entre les deux, comme il y aura une circulation entre ces deux romans et le troisième de cette non-série, si je l’écris jamais, Le Pays des tigres.
22Les auteurs que je cite. Cette remarque m’a d’abord surprise. Je m’inscris dans la tradition de la SF, mais je ne cite jamais personne, me semble-t-il. Le premier texte où je me suis prise à citer des auteurs familiers, de la littérature générale, ceux qui m’ont formée, c’est la nouvelle “Ailleurs et au Japon”, et c’est seulement à la relecture que ça m’a sauté à la figure – mais les circonstances d’écriture de cette nouvelle-là (lignes découpées dans tout un tas de textes et raboutées en remplissant les trous) étaient trop… tangentielles à ma pratique normale pour qu’on la prenne en compte, me semble-t-il. Cependant, il y a eu Reine de Mémoire, d’accord, et là, je m’en suis donné à cœur joie – cela faisait partie du plaisir d’imaginer un XVIIIe siècle parallèle ; alors, Diderot, Rousseau et Cie… On rattache souvent au XVIIIe le mouvement général des idées menant à la SF moderne, et ce n’est pas faux. Et comme, en écrivant Reine de Mémoire, j’avais constaté l’absence totale de différence d’écriture entre “fantasy” et “SF”, au point de vue de la construction de monde, j’ai trouvé intéressant de construire un autre type de “siècle des Lumières”, en mettant en regard les réalisations de ma magie et celles des sciences “réelles” naissantes.
23Il ne me semble pas qu’il y ait “reprise et/ou collaborations”, il y a comme je le disais plus tôt une conversation en cours entre auteurs dans les genres qu’elles et ils pratiquent. Dans la SF (ou la fantasy), cela passe par des thèmes, par l’appel à une sorte de consensus implicite sur l’état de ces motifs à l’époque où l’on écrit. Que je touche au thème des univers parallèles, à l’immortalité/longévité, aux métamorphes ou à la création de formes de vie consciente artificielle sous forme d’artefacts, je suppose que cela me place effectivement dans mon époque, tout comme raconter des histoires de planètes et de mutants me plaçait dans le genre tel qu’il était lorsque je l’ai découvert à la fin des années 60. Mais je ne pense pas avoir un “rôle” dans l’évolution des genres SF ou fantasy, ou alors un rôle très, très ponctuel. Pour jouer aujourd’hui un rôle véritable dans l’évolution de la SF ou de la fantasy, voire du fantastique, pour participer activement à la conversation en cours, il faut publier en anglais – c’est regrettable sans doute, mais c’est ainsi. J’ai eu la chance d’être un peu traduite, et cela me permet d’être une note en bas de page, parmi les œuvres des écrivaines féministes de SF qui m’ont précédée et accompagnée. Mais c’est tout.
24“La fiction contemporaine présente-t-elle une situation spécifique par rapport au passé ?” Je ne suis pas sûre de comprendre cette question. La fiction en général, ou la SF & fantasy ? Si c’est ce dernier cas, oui, on s’intéresse aujourd’hui beaucoup au passé, on le revisite, on le “parallélise” ! Toutes manières de l’interroger. Car on ne peut pas imaginer des avenirs si on n’a pas une bonne compréhension du passé (dans ses multiples versions, car enfin, il n’est ni aussi connu ni aussi fixe qu’on désire le croire…) et une vision panoramique du présent – la SF n’a jamais été à mes yeux une littérature facile pour la pensée. Maintenant, en ce qui concerne mon propre travail, Reine de Mémoire et maintenant Hôtel Olympia sont les seuls ouvrages où j’aie exploré respectivement un passé “alternatif” et un présent réellement contemporain. Je ne suis pas particulièrement contemporaine ni future à court terme dans ma fiction ! J’ai besoin de distance par rapport au présent, comme j’en ai besoin par rapport à ma propre existence. J’admire les collègues capables de traiter directement les problèmes contemporains à travers leur science-fiction. J’ai besoin quant à moi de tout un tas de détours (jusqu’à un détour par la fantasy, hors de la SF pure et dure !) pour imaginer, incarner ces problèmes, ces questionnements.
25N.V-D. :   Les mondes “virtuels”, dans leurs différents sens, appartiennent-elles à vos thématiques privilégiées ? Un monde fictionnel “interne”, les mondes parallèles, les bifurcations alternatives dans certaines de vos nouvelles ?
26E.V. :   N’importe quelle histoire est pour moi un “monde virtuel”, alors oui, je suis en plein dedans ! Mais pour être plus honnête dans ma réponse, il y a eu une période, du milieu des années 80 au début des années 90, où j’ai été fascinée par les potentialités des nouvelles technologies. Pas seulement à cause de Neuromancer[14], mais parce que je travaillais désormais avec un ordinateur – si préhistorique puisse-t-il sembler aujourd’hui. La déréalisation du réel… J’ai un rapport assez ambivalent avec ce qu’on appelle “réalité” et ces machines magiques m’offraient une autre possibilité que l’opposition binaire réel/fiction, ou sa cousine abusive “vérité/mensonge”. Mais d’un autre côté, il y a toutes les dérives (généralement très masculines) anti-corps, anti-matière dans les fantasmes électroniques de la SF et autour, et ça m’a défrisée très vite. Je ne crois pas à un esprit détaché d’un corps (ou de quelque chose qui fonctionne comme un corps). Mais dans la mesure où demeurent mon rapport ambigu au réel et mon amour pour le rêve, on peut dire que oui, le virtuel, ou les virtualités, les bifurcations alternativo-parallèles, font partie de mes thématiques privilégiées.
27N.V-D. :   L’image du livre comme monde, cela vous parle-t-il ? Les théories de la fiction la rapprochent des mondes possibles de Leibniz, aux constantes et infinies bifurcations des “si”. Est-ce que vos romans naissent du développement de ces “et si” qu’on associe naturellement à la science-fiction, mais qui ne s’y limiteraient pas ? S’agit-il de dire la façon dont le monde se déforme dans la tête ou sous la plume d’un personnage ?
28E.V. :   Les livres (ou du moins les histoires) comme mondes, oui. J’aime créer des mondes, le défi de la vraisemblance, le défi technique, l’écriture des paradigmes absents[15] ! Et le vaste terrain de jeu fantasmatique que ces mondes rendent possibles. Mais pas le monde comme livre. Le monde est un système dynamique, chaotique, et c’est pour y mettre un semblant d’ordre, bien banalement, que je me raconte des histoires et crée des mondes expérimentaux. Et oui, à un moment donné, après le rêve et l’écriture semi-automatique qui essaie de le cerner au réveil, il y a le “Et si ?” science-fictionnel qui embarque, pour moi. Et non, il n’est pas limité à la science-fiction – le même mouvement crée les mondes de la fantasy. Et les autres : tout écrivain crée ses propres mondes plus ou moins emboîtés à partir de conjectures, conscientes ou non. Ils ressemblent plus ou moins au nôtre, voilà tout. Et enfin, oui encore, il s’agit pour moi d’explorer la manière dont le monde se forme et se transforme dans la tête des personnages et sous la plume de cet autre personnage qu’est l’écrivaine.
Natacha Vas-DeyresElisabeth Vonarburg
Université Bordeaux-MontaigneEcrivaine

Notes


[1]Qui bénéficie d’une grande longévité (néologisme de l’auteur).

[2]Voir à ce sujet l’article d’Elisabeth Vonarburg, “Pourquoi créer des mondes ?”, in Les Dieux cachés de la science-fiction française et francophone (1950-201), Natacha Vas-Deyres, Patrick Bergeron et alii (dir.), Eidôlon n° 111, Presses universitaires de Bordeaux, 2014, pp. 189-200.

[3]Elisabeth Vonarburg, Histoire de la princesse et du dragon, Québec, Éditions Québec/Amérique, 1993, <Gulliver Jeunesse>.

[4]Elisabeth Vonarburg, L’enfant des neiges, illustrations Anouk Lacasse, Québec, Éditions du Phoenix, 2012, <Œil-de-Chat>.

[5]Elisabeth Vonarburg, Contes de Tyranaël, Québec, Éditions Québec/Amérique Jeunesse, 1994, <CLIP>.

[6]Elisabeth Vonarburg, Les Contes de la Chatte Rouge, Québec, Éditions Québec/Amérique, 1993, <Gulliver Jeunesse>.

[7]Elisabeth Vonarburg, Comment écrire des histoires – Guide de l’explorateur, Québec, Éditions Griffon d’argile, 1986, <Griffon/La Lignée>/ réédition Québec, Alire, 2013, <Essais n°009>.

[8] The Hitchhiker Guide to the Galaxy de Douglas Adams (1979, traduit, Le Guide de l’explorateur puis Le Guide du routard galactique) est un célèbre texte de science-fiction humoristique.

[9]Science-Fiction Francophone Québécoise.

[10] Nightmares and Geezenstacks, recueil de nouvelles de Fredric Brown (1961, Fantômes et farfafouilles, trad. Jean Sendy, Denoël, 1963, <Présence du futur>.

[11]Héros d’une ballade écossaise dont Ellen Kushner, romancière de fantasy, tira en 1990 un roman, Thomas the rhymer.

[12]Allusions aux romans de science-fiction Bug Jack Barron de Norman Spinrad (1969, Jack Barron et l’éternité¸ trad. Guy Abadia, Paris, Robert Laffont, 1971, <Ailleurs et demain>) ; et This Immortal de Robert Zelazny (1966, Toi l’immortel, trad. Mimi Perrin, Paris, Denoël, 1973, <Présence du futur>).

[13]Les nouvelles citées, et celles liées par le motif du “Pont”, sont réunies dans trois recueils principaux, chez Alire (Québec) : La Maison au bord de la mer (2000), Le Jeu des coquilles de nautilus (2003), La Musique du soleil (2013).

[14] Neuromancer, roman de William Gibson, (1984, Neuromancien, trad. Jean Bonnefoy, Paris, La Découverte, 1985), est l’ouvrage qui lança le mouvement cyberpunk, anticipation d’un futur proche livré aux nouvelles technologies et aux logiques capitalistes.

[15]Voir Marc Angenot, “Le paradigme absent. Éléments d’une sémiotique de la science-fiction”, Poétique, no 33 (février 1978), p. 74-89.






2012 | Revue critique de fixxion française contemporaine |  (ISSN 2033-7019)  |  Habillage: Ivan Arickx |  Graphisme: Jeanne Monpeurt
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