Hubert Mingarelli : nostalgie et quête d’une eau de source

Sylvie Vignes

Résumé


Hubert Mingarelli ne saurait être considéré comme un militant des causes écologistes, mais, à sa manière à la fois discrète et insistante, sans éclats de voix, cris d’alerte ou cris de ralliement, il ne cesse, depuis plus de quinze ans, de dessiner une sorte de voie “verte et silencieuse”, tout à fait en mesure d'intéresser l’écopoétique telle que Pierre Schoentjes la définit dans Ce qui a lieu.

Toute son œuvre témoigne en outre d’un mouvement de retrait par rapport aux aspects les plus manifestes de la modernité. Retrait temporel lié au choix, fréquent, d’inscrire la diégèse de ses romans dans des époques antérieures à la nôtre ; retrait physique opéré par ses personnages vers des coins de nature encore “intacts”. Questions existentielles et spectacles naturels vont de pair pour ses personnages toujours proches de l’enfance par la sensibilité sinon par l’âge, qui ont à cœur de partager une émotion qu’on peut qualifier d’émotion esthétique, tel Hisao courant chercher sa logeuse pour lui faire admirer la neige tombée sur un tonneau. La puissance de vignettes comme celle-ci est considérable dans le monde d’Hubert Mingarelli ; elles correspondent en effet à des souvenirs précieusement conservés par les personnages qui attendront ensuite d’eux qu’ils leur restituent un moment d’apaisement inespéré, voire de plaisir émerveillé.

Selon le narrateur de la nouvelle “Océan pacifique”, son ami Moriaty enseignait des choses “bien visibles et concrètes”, mais aussi “d’autres choses, invisibles celles-là”. C’est aussi l’apanage des récits d’Hubert Mingarelli, et l’un de ses plus précieux enseignements pourrait être formulé ainsi : le monde sensible reste encore le gardien d’une beauté et d’une harmonie qu’il faut, coûte que coûte, se donner les moyens de rejoindre, ne serait-ce que fugitivement, car, sans elles, rien n’a vraiment de prix.


Mots-clés


nature sauvage; enfance; mémoire; partage; écriture elliptique

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2012 | Revue critique de fixxion française contemporaine |  (ISSN 2033-7019)  |  Habillage: Ivan Arickx |  Graphisme: Jeanne Monpeurt
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