Hubert Mingarelli : nostalgie et quête d’une eau de source
Une voie verte et silencieuse
Qu’on sache une dernière fois qu’il était […] toujours bien là avec nous, et doux et attentif, avec ce regard doux et prophétique, et presque tout le temps silencieux, j’aimerais tellement qu’on le comprenne.[1]
1Bien que réputé “simple”, le style d’Hubert Mingarelli, si particulier, d’une séduction si subtile, ne se laisse pas toujours saisir – ou totalement recouvrir – par les qualificatifs de ses commentateurs. Le mot “retenue” semble toutefois s’imposer d’emblée pour le caractériser ; Hubert Mingarelli ne saurait donc être considéré comme un militant des causes écologistes. Pourtant, à sa manière à la fois discrète et insistante, sans éclats de voix, cris d’alerte ou cris de ralliement, il ne cesse, depuis plus de quinze ans, de dessiner une sorte de voie “verte et silencieuse”[2], tout à fait en mesure d’intéresser l’écopoétique telle que Pierre Schoentjes la définit dans Ce qui a lieu[3]. Même si la dénonciation directe et virulente lui est étrangère, l’œuvre d’Hubert Mingarelli ne cesse en effet de refléter à sa manière un engagement passionné. En témoigne exemplairement une nouvelle comme “Océan pacifique”[4], dont le contenu vient si violemment contraster avec le titre, puisqu’il s’agit des essais nucléaires effectués par la France dans les années 70 et auxquels Hubert Mingarelli, en tant que toute jeune recrue de la Marine nationale, a lui-même été mêlé. Cet engagement, articulé à l’inquiétude constante de voir les hommes se couper du monde sensible ou mettre en péril la beauté du monde, prend chez lui une forme éminemment littéraire, ce qui l’inscrit d’emblée dans le corpus de l’écopoétique plutôt que dans la lignée de l’ecocritism, traditionnellement rattachée, quant à elle, aux “études culturelles” anglo-saxonnes. Prenant naissance en Grande-Bretagne dans les années 60 avant de gagner les États-Unis durant la décennie suivante et de s’internationaliser dans les années 90, les Cultural Studies sont en effet un courant de recherche à la croisée de nombreuses disciplines : sociologie, anthropologie culturelle, philosophie, ethnologie, littérature, médiologie, arts, etc. Transdisciplinaire elle aussi, l’écocritique manifeste une relative indifférence à la qualité formelle de son corpus. Le terme “écopoétique” a justement été forgé par Nathalie Blanc, Denis Chartier et Thomas Pughe[5] pour mettre un accent puissant sur le travail de l’écriture, comme le rappelle Pierre Schoentjes dans son essai, qui, “propos[ant] un cadre de réflexion à l’étude de la littérature dans ses rapports avec l’environnement naturel”[6] cite d’ailleurs fréquemment Hubert Mingarelli. Il ne peut, en revanche, le citer dans le chapitre portant sur la “nature spectaculaire” ; Hubert Mingarelli élit en effet des paysages naturels beaucoup plus intimes et discrets que ceux des Romantiques, leur seule éventuelle démesure relevant de conditions climatiques – côté grand froid, le plus souvent. Pierre Schoentjes ne peut pas non plus le ranger tout à fait aux côtés de Pierre Gascar en ce qui concerne la concrétude et la précision des descriptions naturelles ; même s’il arrive à ses narrateurs de nommer les iris, le colza ou les bouleaux, et de s’interroger sur l’espèce d’un oiseau, Hubert Mingarelli ne s’attache pas particulièrement à nommer les éléments naturels. Rien qui évoque la “leçon de choses” dans ses descriptions, donnant bien davantage à connaître les sensations et les sentiments éveillés par les paysages que des espèces naturelles nettement identifiées :
Cette herbe poussait si vite que personne ne jugeait utile de couper une herbe qui aurait repoussé le lendemain. […]
C’était une herbe mystérieuse.
Je pouvais marcher une heure sans rencontrer autre chose que ces herbes qui me dépassaient d’un demi-mètre en hauteur, mais laissaient entrer la lumière du soleil, de sorte qu’il n’y avait rien d’effrayant à y marcher, même sur un kilomètre à l’intérieur. (URVS : 7)
2Cette absence fréquente de précisions taxinomiques ne vaut jamais pour une indifférence au monde sensible. Il n’est d’ailleurs que de regarder la bibliographie d’Hubert Mingarelli pour se sentir immergé dans ses beautés élémentaires et ses essences fraîches avec des titres comme Le bruit du vent, L’arbre, Une rivière verte et silencieuse, La dernière neige, La beauté des loutres, “Bateau sous la neige”, Marcher sur la rivière ou La source. Il ne saurait être question pour autant de voir en lui un “écrivain du terroir” ; bien au contraire, il semble ne cesser de fuir une autre peste qu’on pourrait, pour reprendre le néologisme péjoratif de Jean-Christophe Bailly, nommer l’ “empaysement”[7]. Si certains de ses personnages caressent fugitivement le rêve d’une escale prolongée dans un lieu à leur goût, l’enracinement semble aussi étranger à l’œuvre d’Hubert Mingarelli qu’il l’est à sa propre vie. Nombre de ses personnages – Horacio, Vito, Bénia, Pavel, Sifra, Kyabine, Eladio, Enzo, George, Hisao – sont saisis en mouvement, tandis que, d’un livre à l’autre, le lecteur se trouve embarqué de Galicie en Serbie en passant par l’Amérique centrale, la Pologne, le Piémont, l’Afrique du sud, la Baltique, le Japon, Israël et l’Argentine, et même, à travers le rêve récurrent de Stepan, vers une Nouvelle-Zélande fantasmée :
Ce fut ce soir-là pour la première fois qu’il survola des étendues immenses, qu’il vit des plaines, des plateaux et des forêts sans fin, et en survolant la mer, qu’il dépassa par milliers des bateaux avec leurs sillages blancs qui allaient comme lui vers l’île du Nord.[8]
3Toute son œuvre témoigne en outre d’un mouvement de retrait par rapport aux aspects les plus manifestes de la modernité. Retrait temporel lié au choix, fréquent, d’inscrire la diégèse de ses romans dans des époques antérieures à la nôtre ; retrait physique opéré par ses personnages vers des coins de nature encore “intacts” (ce qui revient malheureusement le plus souvent à signifier “à l’abri des hommes”).
Ainsi, l’intrigue de Quatre soldats est-elle située en 1919, celle d’Un repas en hiver pendant la Seconde Guerre mondiale et celle de L’homme qui avait soif en 1946, tandis que L’année du soulèvement, Le voyage d’Eladio et la nouvelle “Qui se souviendra de nous” ont pour contextes des conflits moins datés, mais qui ne sont manifestement pas non plus de la dernière actualité. On devine certes vite que, dans ces six occurrences, le choix de l’époque est justement avant tout déterminé par le désir d’inscrire une histoire individuelle dans une histoire collective en proie à de violentes convulsions, mais le fait que le visage du monde soit, à ces époques, moins “marqué” par la civilisation n’est pas dénué non plus d’importance ni d’incidence sur le récit, loin de là, nous le verrons.
4Même lorsque le monde contemporain est mis en scène, ses aspects les plus “développés” – les plus industrialisés, les plus urbanisés, les plus pollués, les plus “dénaturés”, en somme – restent d’ailleurs le plus souvent hors-champ.
Dans La beauté des loutres, Un repas en hiver et La dernière neige, c’est un paysage d’une blancheur quasi nue qui domine, malgré la probable proximité d’une ville ; dans Le voyage d’Eladio et L’homme qui avait soif, c’est un chemin qui passe toujours au large des villes, même dans un pays aussi urbanisé que le Japon, dans La route de Beit Zera, c’est une cabane enfouie dans la forêt, malgré la proximité d’un kibboutz.
Exceptions notables : Une rivière verte et silencieuse où le narrateur se heurte fréquemment à une bruyante usine de compresseurs et Marcher sur la rivière où, entre scierie et conserverie, Absalon ne cesse d’être confronté à des lieux enlaidis et dégradés. Mais, dans le premier le jeune garçon est capable de s’imaginer propriétaire d’un bras de rivière et dans le second, le rêve collectif et persistant de voir le lit de la rivière, asséché depuis des décennies, se remplir soudain d’eaux tumultueuses et tout recouvrir d’un “flot transparent”[9] (MS : 92) apporte, jusqu’au cœur de ce désolant dépotoir, une sorte de contrepoison naturel, comme le vent, capable d’ “emport[er] la poussière de chagrin” (MSR : 149) pour la disperser dans les collines.
5Tentant, en 2005, de cerner ce que désignait le concept d’écopoétique dans la critique anglo-saxonne, Thomas Pughe soulignait qu’il recouvrait entre autres une réflexion sur “le rôle de la littérature comme alternative aux discours scientifico-techniques” en matière d’écologie. Or, comme nous allons essayer de le montrer, il ne paraît pas excessif de soutenir que la manière dont Hubert Mingarelli présente le monde naturel dans son œuvre romanesque tient bien à la fois d’une “réinvention esthétique” et d’un “renouvellement intellectuel et émotionnel de notre interaction avec la nature”[10].
6Ce renouvellement passe systématiquement chez Hubert Mingarelli par l’élection de personnages choisis parmi les plus humbles ; des “simples”, comme on dit de manière assez éclairante pour notre thématique, à la fois d’êtres humains au quotient intellectuel peu élevé et de plantes médicinales utilisées telles qu’elles sont fournies par la nature. Peut-être parce qu’ils ne suivent souvent qu’un seul fil à la fois, ces personnages, que certains considèrent comme des “demeuré[s]” (MSR : 8), savent percevoir, dans le monde sensible comme dans la condition humaine, ce que plus brillants et plus cultivés qu’eux laissent passer. Si le style d’Hubert Mingarelli est souvent qualifié de “simple”, alors qu’il relève à l’évidence d’une recherche et fait montre d’une originalité certaine par rapport au paysage littéraire français actuel[11], c’est sans doute justement parce qu’à l’instar de ses personnages, il ne prend en compte que l’essentiel, bien qu’il s’en approche souvent par des chemins détournés : non-dits, allusions, sous-entendus, secrets, “mystères” (MSR : 119), liés, semble-t-il – comme dans celui de l’auteur lui-même –, au “venin” (18) de leur passé, extrême pudeur :
Si je lui avais demandé son opinion précise, ça m’aurait fait l’effet de lui demander d’ôter son pantalon devant moi, c’est une image, vous voyez. (16)
7Peu bavards, ses personnages principaux se montrent en revanche capables, lorsqu’ils sont mis en confiance, de sortir des chemins battus de la conversation urbaine calibrée pour aborder les questions de fond qui les fascinent ou les tourmentent : Dieu pose-t-il son regard au bon endroit ? Les chiens noirs sont-ils sensibles aux malheureux des gosses ?, “Pourquoi et à quel moment on sait qu’on aime les gens ?” (MSR : 76), Peut-on avoir du chagrin sans le savoir ?, Qui se souviendra de nous ?, “Ses os sont restés dans la montagne, mais lui où est-il ?”[12].
Simples ? Peut-être, dans la mesure où ce sont souvent des enfants ou des adolescents et où, quand ils se révèlent plus âgés, ils continuent à être habités par une seule passion, un seul projet, un seul rêve en forme de vecteur de vie, d’une naïveté belle à pleurer, sans se laisser parasiter comme tant d’adultes par mille pensées plus ou moins futiles. Aucun d’entre eux n’est en tout cas un intellectuel, tous, quand ils sont en âge de travailler, exercent de petits métiers manuels (exception faite de Jovan dans L’Incendie, mais ce roman épistolaire a été écrit en collaboration avec Antoine Choplin), mais ils vivent comme de plain-pied avec les questions existentielles – voire métaphysiques – et avec la nature quand ils ont le bonheur d’entrer en contact intime avec elle :
Le lapin était terrorisé entre mes mains. Depuis le début je sentais son cœur battre dans chacune de mes mains, et c’était assez étrange d’ainsi toucher la peur, c’était tout à fait émouvant, et j’aurais aimé que Rosanna possède la patience de m’écouter jusqu’au bout, et qu’elle possède le don de me croire, parce que c’est à elle que j’ai pensé à ce moment-là, et à qui j’aurais aimé dire que je venais dire que je venais soudain d’apercevoir et de comprendre un pan entier du monde, et à quel point c’était émouvant. (MSR : 99)
À y regarder de plus près, d’ailleurs, on se rend vite compte que questions existentielles et spectacles naturels vont toujours de pair pour eux, comme en témoigne, entre mille autres, cet exemple issu de la nouvelle “La beauté des choses” :
Je regardais vers le sommet de la montagne, vers les crêtes. Le soleil les illuminait en jaune et en violet. Ici nous étions le soir, mais là-haut, tout brillait comme en plein jour. Je trouvais ça digne d’être observé. Il y avait là de quoi méditer. C’était simple mais stupéfiant. J’y voyais là l’essence des choses. Comme si d’un seul regard nous pouvions comprendre la tournure qu’elles prennent et sentir le mouvement de la vie.[13]
Partager les îlots de beauté du monde
8“Les hommes sont bien malheureux […]. Tout le beau se fait sans eux”[14], songe Angelo Pardi au début du Hussard sur le toit de Jean Giono.
Situant souvent lui aussi la diégèse de ses petits récits durant des temps de crise où êtres “civilisés” et constructions sociales ne donnent pas, loin de là, à voir le meilleur d’eux-mêmes, “fabri[quant]” plutôt des “mots d’ordre”[15], des processus déshumanisants et des machines de mort, Hubert Mingarelli pourrait co-signer cette formule si son œuvre ne donnait pas, parallèlement, une image aussi puissante de partages possibles entre un père et un fils, un malade et sa logeuse, deux élèves à dure école, deux marins en bordée, trois insurgés ou “quatre soldats” au cœur de l’horreur.
9Sylvain Tesson, décrivant en 2011, sa retraite solitaire en Sibérie, dans une cabane en forêt commente :
De mon duvet, j’entends crépiter le bois. Rien ne vaut la solitude. Pour être parfaitement heureux, il me manque quelqu’un à qui l’expliquer. [16]
La part de l’humour étant faite, reste tout de même quelque chose de fondamentalement intéressant dans cette boutade, qui n’enlève rien pour autant à la sincérité de la première assertion de celui qui se réjouissait de quitter “le caveau des villes” pour vivre “dans l’église des taïgas”[17].
10Pour les personnages d’Hubert Mingarelli, qui tendent eux aussi à se retirer loin des lieux urbanisés, les foules et les gros rassemblements d’hommes, la beauté du monde ne vaut en tout cas que si elle est partagée.
Lorsqu’Olmann lui demande pourquoi il est “descendu à terre avec un grand Noir”, lors d’une précédente permission, Homer répond : “Personne à bord qui voulait le faire” (HSM : 16), et lorsqu’Olmann revient à la charge en objectant qu’il n’était pas obligé pour autant de le faire lui-même, Homer répond que personne d’autre non plus ne voulait descendre à terre avec lui. On comprend à demi-mot qu’aller à terre tout seul ne le tentait pas – ce qui est en soi compréhensible pour un marin en bordée –, mais lorsqu’on voit le lieu qu’il a élu comme destination on devine aussi que, plus qu’un bordel de campagne, c’est la poésie d’une vallée secrète où coule une rivière qu’il voulait partager.
11Ce partage d’une vision est aussi tentative de partage d’une émotion qu’on peut qualifier d’émotion esthétique. La plus touchante et la plus significative de ces tentatives est probablement celle d’Hisao dans L’homme qui avait soif, rescapé de l’horreur de Peleliu, courant chercher sa logeuse puis écrivant à sa fiancée après avoir assisté à un phénomène naturel qui l’a touché :
Un matin, cet hiver, chez Mme Taïmaki, il neigeait lorsqu’il était sorti dans la cour. Au moment où il se penchait sur le tonneau pour y puiser de l’eau et effacer la trace de ses larmes, il vit les flocons posés à la surface. Il n’y toucha pas, il se redressa sans les quitter des yeux, se frotta le visage avec ses manches et rentra vite pour le dire à Mme Taïmaki. Elle l’attendait assise derrière le petit poêle pour boire le thé. Il dit : “Il neige sur le tonneau, madame Taïmaki.” Elle lui avait lancé un grand sourire, elle avait fermé les yeux un instant, tout comme si elle venait d’apprendre une bonne nouvelle. Plus tard dans la journée, tandis qu’il répondait à une lettre de Shigeko, il avait terminé ainsi, […] parce que ça avait plu à Mme Taïmaki, il avait écrit : “Ici, il neige sur le tonneau.” (HQS : 136)
12La puissance de vignettes comme celle-ci est considérable dans le monde d’Hubert Mingarelli ; elles semblent aptes à se transformer en ce que la PNL[18] appelle des “souvenirs ressources”. Elles correspondent en effet chez Mingarelli aussi à des souvenirs précieusement conservés par les personnages qui attendront ensuite d’eux qu’ils leur restituent un moment d’apaisement inespéré, voire de plaisir émerveillé. C’est bien dans cet espoir que Bénia, avant de repartir vers les affrontements guerriers, contemple un étang qui fait figure d’oasis épargnée dans un monde dévasté par la folie des hommes :
Pour être sûr de l’emmener avec moi partout aussi calme et brillant, je l’ai parcouru du regard, lentement, et avec une très grande attention.[19]
Le choix, récurrent des verbes “emmener” et “ramener”, là où on l’on attendrait plutôt “emporter” ou “rapporter” suggère bien que ces souvenirs ont presque la vertu d’un compagnonnage.
13De même, dans Hommes sans mère, Homer glisse un petit galet mouillé dans sa poche pour tenter d’emporter avec lui un peu du bien-être que lui a procuré sa balade nocturne le long de la rivière, en dépit de sa terrible maladie et de sa condition de marin, qu’il déteste. C’est bien aussi, semble-t-il, le rôle que Clétus, dans L’année du soulèvement, attribue à un très atypique souvenir de chasse :
“Alors commence à y retourner un peu, chez toi, se dit-il, ferme les yeux et ne reste pas là.” Alors il pensa aux forêts sous la neige et aux premières branches des sapins, si lourdes qu’elles ploient jusqu’au sol. Il se souvint du renard qui dormait au pied d’un sapin, sous l’une de ces branches, à l’abri du froid et de la neige. Il avait les couleurs de son lit d’aiguilles de pin. Il se souvint de l’impression de chaleur qu’il avait ressentie en le voyant, pour lui-même et pour le renard, alors que la température était tombée en dessous de zéro. Il l’avait laissé dormir, le museau posé sur ses pattes de derrière, soufflant des petits nuages d’haleine blanche.[20]
Obligé de garder un prisonnier qui risque fort d’être condamné à mort suite à une insurrection, on le voit en effet tenter de se “réchauffer” avec cette image pourtant hivernale.
14Le résultat n’est pas toujours à la hauteur de l’espoir ; l’univers d’Hubert Mingarelli est loin d’être celui des contes de fées. Au moment où il emporte le galet, Homer doute déjà de la pérennité de son pouvoir réconfortant :
Puis il se dit que ça ne marcherait pas, car il n’avait jamais réussi à ramener quoi que ce soit, à bord, de nulle part. Il comptait un peu sur le galet qu’il avait dans la poche pour s’en souvenir, mais à ça non plus il ne croyait pas. Il finirait par le perdre ou le balancer un jour ou l’autre par-dessus bord après s’être aperçu, le tenant dans la main et tentant d’y lire quelque chose, qu’il sonnait creux à présent.[21]
Et Clétus, au moment où il aurait le plus besoin que ce souvenir-ressource lui vienne en aide, expérimente l’inefficacité redoutée du “talisman” :
Mais ça ne marchait pas. Il ne ressentait pas le froid et il ne voyait pas la clarté du ciel. Le branches basses des sapins ployaient, mais simplement comme ça, irréelles, comme si aucun renard ne pourrait jamais venir se réfugier en-dessous, pour échapper au froid et à la neige. (ADS : 77)
15En quatrième de couverture de L’année du soulèvement, on trouve d’ailleurs une phrase qui servit de titre à un essai publié par Stig Dagerman, deux ans avant son suicide : “Notre besoin de consolation est impossible à rassasier”.
Hubert Mingarelli n’est pourtant pas toujours aussi pessimiste, et il est notable que lorsqu’un spectacle naturel peut être partagé, comme dans “Bateau sous la neige”, Quatre soldats ou L’Homme qui avait soif, son pouvoir de consolation semble se multiplier. De même, dans La Beauté des loutres, la communication semble impossible entre le conducteur du camion et son tout passager avant qu’Horacio n’entreprenne de décrire à Vito une photographie représentant une loutre dressée regardant dans un tuyau qu’elle tenait entre ses pattes. C’est l’intérêt partagé pour cet étrange et beau cliché – pourtant perdu – qui viendra briser la glace métaphorique qui doublait jusque-là celle, bien réelle, qui enserre le paysage, les deux personnages se trouvant allégés du malaise qui régnait jusque-là dans l’habitacle du camion, et délivrés de leurs sujets d’angoisse respectifs. Peut-être en raison de son aspect lisse et de ces mouvements fluides qui en font un être à mi-chemin entre les animaux terrestres et les animaux aquatiques, la loutre apparaît souvent en littérature comme le symbole d’une existence plus intense et plus vraie, une sorte de vecteur de vie. En témoigne par exemple ce passage, crucial, d’un roman du Québécois Louis Hamelin qui invite la loutre jusque dans son titre :
J’ai vu une loutre, un hiver, sur un lac gelé. Elle est sortie d’un trou dans la glace et s’est roulée dans la neige pour se sécher, ensuite elle m’a regardé et j’ai figé. Je ne bougeais plus. Elle fixait la réalité avec une densité extraordinaire. Je croyais enfin comprendre ce que voulait dire le mot présence. Le miracle irremplaçable de la présence […], l’expérience crue du vivant […].[22]
16Quoi qu’il en soit, dans l’univers d’Hubert Mingarelli, il semble légitime de considérer les images de ce type comme des sortes de synecdoques de la nature sauvage et de la planète préservée dans toute sa beauté libre. Elles viennent faire écho de remarquable façon à une autre œuvre narrative québécoise : “Tout est ici” d’Aude. Cette nouvelle présente en effet un univers carcéral d’une cruauté extrême, résultant non de brutalités policières mais de la privation radicale de tout accès à la beauté. Certains détenus trouvent pourtant la parade, d’une part dans une forme poussée de la solidarité, d’autre part dans l’invention d’un jeu de cartes artisanal, chacun dessinant sur un bout de carton ce qu’il a envie de voir et de partager :
Au premier coup d’œil, je n’ai pas su ce que représentait la dernière. La moitié gauche est bleu azur ; la droite, vert émeraude. Il faut tourner la carte pour y découvrir une mer calme, à l’infini, chargée d’odeurs salines et de longs cris d’oiseaux.[23]
17Chez Hubert Mingarelli, les “cartes” qui circulent entre les personnages pourraient se décliner ainsi : la description d’une photo insolite représentant une loutre (La beauté des loutres) ; le souvenir d’un étang “précieux” ciment de l’amitié entre “quatre soldats” ; le récit du vol d’un milan venant enchanter l’agonie d’un père (La dernière neige) ; l’image d’une biche paisiblement immobile qu’un père voudrait “ramener” (P : 62) à son fils ; l’image d’un geai posé sur le toit où il s’est lui-même perché que Svevo partage avec son père et l’image d’un passage de daims qui l’ont rapproché exceptionnellement des rudes forestiers (“Bateau sous la neige”) ; le spectacle de l’euphorie d’une chienne à bout de forces trouvant un peu d’eau dans le creux formé par des racines d’un pin, partagé par un Israëlien avec un jeune Palestinien (La route de Beit Zera). Dans l’univers de Mingarelli, les cadeaux sont toujours d’autant plus précieux qu’ils ne sont pas matériels et c’est toujours, on le voit, à la représentation mentale du monde naturel qu’est prêté le pouvoir de réconforter les êtres, jusque dans le dénuement le plus complet, jusqu’au cœur des crises les plus tragiques. Végétale, animale, minérale ou aquatique, elle sait, au moins l’espace d’un instant, desserrer un peu les chaînes que fait peser sur les personnages leur inscription dans le monde civilisé. Sans doute Hubert Mingarelli pourrait-il, en effet, cosigner cette définition de Sylvain Tesson :
Qu’est-ce que la société ? Le nom donné à ce faisceau de courants extérieurs qui pèsent sur le gouvernail de notre barque pour nous empêcher de la mener où bon nous semble.[24]
Comme l’ermite, “passeur de mondes” selon une autre assertion issue de Dans les forêts de Sibérie, Hubert Mingarelli “ne dénonce pas un mensonge, il cherche une vérité”[25] ; et, à l’instar de tous ses personnages principaux, il le fait, en s’inscrivant justement, à contre-courant de ces forces extérieures, s’appliquant à remonter, au prix d’efforts forcément considérables, vers une source non polluée.
Au fil de l’eau, vers un amont de toute pollution
18Qui suit le fil de la bibliographie d’Hubert Mingarelli suit aussi, de roman en roman, un fil aquatique. Depuis Une rivière verte et silencieuse jusqu’à la précieuse flaque d’eau retenue entre les racines du pin dans La route de Beit Zera, le visage le plus prégnant de la nature est un visage d’eau. Mais sans doute conviendrait-il plutôt de parler de mettre les mots “visage” et “eau” au pluriel. En effet – reflet de la dysphorique expérience de l’auteur lui-même dans la Marine nationale de dix-sept à vingt ans – la haute mer est toujours paradoxalement vue comme un lieu d’enfermement marqué par l’ennui, la contrainte et la nausée[26], et associée à des perceptions sensorielles particulièrement répulsives : même les cigarettes y prennent le goût “du sel et du gas-oil” (HSM : 111).
19En revanche, même au bord d’une mer aussi peu riante que la Baltique, la grève peut devenir un lieu de plaisir et de partage, comme l’expérimentent les deux élèves mécaniciens de La promesse :
À l’anse, tout en bas du sentier, il y avait toujours dans le ciel et sur la mer quelque chose de nouveau. Dans le ciel c’étaient les nuages et sur la mer c’étaient les navires. Il y avait aussi des choses nouvelles et communes, comme le vent. Quand il soufflait, il n’était jamais le même, et il transformait en même temps la mer et le ciel. Le ballet des mouettes aussi était commun à la mer et au ciel, et tout le temps différent. […]
Quand la faim arrivait, ils allumaient le bois flotté. 
Quand le dessus des boîtes commençaient à frémir, ils étouffaient le feu avec du sable et ils s’asseyaient. Ils mangeaient penchés à même les boîtes qui fumaient. […]
Un dimanche, tandis qu’avec sa fourchette il cherchait un morceau de viande parmi les haricots, Vassili dit :
- Imagine-toi qu’ils nous servent la même chose que ça, là-haut 
- On cracherait dedans, dit Fedia. 
Vassili avait un air stupéfait et heureux. Il dit : 
- Ici un festin, et là-haut on crache dedans.[27]
20La “valeur ajoutée” aux boîtes de conserve achetées à la coopérative de l’école provient à l’évidence du décor naturel, loin de la hiérarchie et de la discipline militaires : “Là-haut derrière eux, l’école avait disparu. À la place il y avait le ciel” (P : 30). Elle vient aussi du partage de ce bord de mer qui vient, pour reprendre une image qu’Hubert Mingarelli utilise ailleurs, laver les deux adolescents du “venin” du passé comme de l’angoisse face à l’avenir, leur rendre “une âme à [eux]” “ belle comme tout, et en paix” (MSR : 18).
21Quant aux eaux douces, de l’étang à la source en passant par le lac et la rivière, elles méritent doublement leur appellation dans l’univers romanesque d’Hubert Mingarelli. On ne peut s’empêcher d’y voir un parallèle avec la vie de l’auteur, quittant au bout de trois ans la Marine nationale, ses énormes vaisseaux, ses contraintes insupportables, sa vie rude et la haute mer pour courir le monde avant de s’installer en Mateysine non loin de Laffrey et de construire un misainier pour parcourir à la voile les eaux froides et calmes de son grand lac de montagne. Le pouvoir apaisant et comme cathartique que l’on vient de décrire pour le bord de mer partagé par Vassili et Fedia est bien plus souvent, dans les récits d’Hubert Mingarelli, l’apanage des eaux douces, et des eaux vives plus encore que dormantes :
Il était content de marcher ainsi à côté de l’eau courante. Ça lui faisait du bien, et il se dit qu’il fallait qu’il ramène ça à bord et qu’il s’en souvienne. (HSM : 147)
Il y avait une heure maintenant qu’il remontait le cours de la rivière. Plus il s’y enfonçait, plus elle devenait claire et joyeuse. Ses bords se rapprochaient. Bientôt le monde secret défilerait de chaque côté, sur chaque rive, et il saurait plus où donner de la tête. (P : 72)
22Ce n’est pas un hasard si le symbole de la plus terrible pollution romanesque, coïncide dans son œuvre avec la vue d’un cadavre dans un étang. C’est dans Quatre soldats qu’on le trouve, au moment où Bénia, Pavel, Sifra, Kyabine et Evdokim s’aperçoivent que le cheval dont ils s’étaient emparés et avec lequel ils avaient effectué la veille de joyeuses promenades, a trouvé la mort en se désaltérant sans frein. Ce cheval-là n’est pas une victime de la guerre ; il ne fait pas partie des hallucinants monceaux de cadavres animaux que les soldats de l’Armée rouge ont déjà pu voir en 1919. Toutefois, c’est en temps de guerre que les “quatre soldats” accompagnés du “gosse Evdokim” découvrent son corps, peu de temps avant de reprendre la route qui les amène eux-mêmes vers l’abattoir, et l’origine de cette macabre pollution est bien humaine là aussi. Pour ajouter à la tragédie, c’est dans “leur” étang que le cheval est venu boire et donc mourir, l’étang auprès duquel, en pleine guerre, ils avaient su vivre des moments de paisibles et réconfortants partages, loin de la folie des hommes. D’où la panique et l’impression d’urgence qui s’empare d’eux. Sans qu’une parole soit échangée sur leurs craintes, ils s’activent aussitôt ensemble à faire sortir l’élément perturbateur du “tableau” :
[…] [N]ous avons empoigné les pattes. Mètre après mètre, nous avons éloigné le cheval de l’étang. Jusqu’à ce que finalement il nous semble qu’il était assez loin et que les herbes nous le masqueraient quand nous irions nous asseoir sur notre berge.
Cependant on est restés encore un peu là. On ne voyait plus l’étang ni rien, d’où on était. On reprenait notre souffle. À cet instant j’ai regardé le ciel au-dessus de nous. Mais j’ai continué de voir Pavel, Sifra, Kyabine et le cheval entre nous, et ça m’a traversé l’esprit très vite que rien n’existait soudain plus qu’un cheval mort sous le ciel, et nous quatre. (QS : 146)
L’intuition de Bénia s’avère juste : même si les quatre amis se sont empressés de faire disparaître le cadavre dans les hautes herbes pour ne pas que l’horreur de sa vue reste liée au lieu “précieux” (26), le souvenir est comme d’avance pollué lui-même, la tête du cheval est comme entrée dans l’image mentale du lieu : “J’ai compris que ça aussi je l’emmènerais avec moi, et que je n’y pouvais rien” (149).
23Dans l’univers de Mingarelli, les endroits encore préservés des atteintes humaines, nous l’avons vu, ne peuvent être habités que de manière fugace ou fantasmatique. D’une manière qui peut apparaître comme symptomatique d’une nostalgie viscérale, un fantasme, pourtant, prend véritablement corps dans plusieurs de ses romans et nouvelles : celui de remonter une rivière jusqu’à sa source, en amont de toute pollution : “[…] [S]on intention était d’aller là où naissent les eaux” (P : 101). Remonter jusqu’à la source pour rejoindre un peu de la virginité originelle du monde, c’est ce que font, à bord de leur modeste embarcation de bois, Svevo et son père dans la nouvelle “Bateau sous la neige”, avant que le jeune garçon soit embarqué vers la haute mer sur un énorme bateau de fer, c’est-à-dire, dans l’univers d’Hubert Mingarelli, là où tous les rêves d’enfant risquent fort d’être impitoyablement broyés et balayés ; ce que fait Fedia, en barque lui aussi, pour confier les cendres de Vassili, dans le reflet lustral de la lune, à un endroit digne de les recevoir et d’être associé à son souvenir ; ce que font, en varappe, les deux tout jeunes orphelins de La source pour communier avec le souvenir de leur père. Toujours il s’agit d’obéir à une injonction majeure, à une “promesse” plus ou moins tacite, faite à un autre ou à soi-même, promesse de ne pas “abandonne[r]” (OP : 21) même quand la confiance vient en manquer, même quand on sent littéralement son cœur se briser (25) et qu’ “un trou dans la poitrine” (140) semble soudain se creuser et s’élargir.
24Selon le narrateur de la nouvelle “Océan pacifique”, son ami Moriaty enseignait des choses “bien visibles et concrètes”, mais aussi “d’autres choses, invisibles celles-là” (21). C’est aussi l’apanage des récits d’Hubert Mingarelli, et l’un de ses plus précieux enseignements pourrait être formulé ainsi : le monde sensible reste encore le gardien d’une beauté et d’une harmonie qu’il faut, coûte que coûte, se donner les moyens de rejoindre, ne serait-ce que fugitivement, car, sans elles, rien n’a vraiment de prix.
Sylvie Vignes
Université Toulouse-Jean Jaurès

Notes


[1] Hubert Mingarelli, Quatre soldats, Seuil, 2004 [2003], <Points>, p.169 ; dorénavant QS.

[2] Cf. Hubert Mingarelli, Une rivière verte et silencieuse, le Seuil, 1999 ; dorénavant URVS.

[3] Pierre Schoentjes, Ce qui a lieu, .ditions Wildproject, <Tête nue>, 2015.

[4] In recueil Océan pacifique, Seuil, 2005, p.21 ; désormais OP.

[5] Nathalie Blanc, Denis Chartier et Thomas Pughe, Littérature et écologie, Vers une éco-poétique, Syllepse, 2008.

[6] Pierre Schoentjes, op. cit., p.13.

[7] Jean-Christophe Bailly, Le dépaysement, Voyages en France, 2011.

[8] Hubert Mingarelli, La route de Beit Zera, Stock, 2015, p.93 ; dorénavant RBZ.

[9] Hubert Mingarelli, Marcher sur la rivière, Seuil, 2007, p.92 ; dorénavant MSR.

[10]  Thomas Pughe, “Réinventer la nature. vers une éco-poétique", Études anglaises 1/2005 (Tome 58), p. 68.

[11] Parentés discernables en revanche, tant dans le style que dans la thématique, avec Si tu passes la rivière de la romancière belge Geneviève Damas, et nous aurons l’occasion de souligner d’autres points de rencontres entre l’œuvre d’Hubert Mingarelli et les littératures francophones.

[12]  Hubert Mingarelli, L’Homme qui avait soif, Stock, 2014, p.130 ; dorénavant HQS.

[13]  Hubert Mingarelli, La Lettre de Buenos Aires, Buchet/Chastel, 2011, p.137.

[14]  Jean Giono, Le hussard sur le toit, Gallimard, folio, 1992 [1951], p.138.

[15] ibid.

[16]  Sylvain Tesson, Dans les forêts de Sibérie, Gallimard, NRF, 2011, p.146.

[17]  Ibid., p.265.

[18]La Programmation neuro-linguistique est un ensemble coordonné de connaissances et de pratiques dans le domaine de la psychologie, élaboré par Richard Bandle et John Grinder dans les années 1970 aux États-Unis.

[19]  Hubert Mingarelli, Quatre soldats, Seuil, 2004 [2003], <Points>, p.149 ; dorénavant QS.

[20]  Hubert Mingarelli, L’année du soulèvement, Seuil, 2010, p.76 ; dorénavant ADS.

[21]  Hubert Mingarelli, Hommes sans mère, Seuil, 2005 [2004], <Points>, p.147 ; dorénavant HSM.

[22]Louis Hamelin, Betsi Larousse ou l’ineffable eccéité de la loutre, Montréal, XYZ éditeur, 2002 [1994], <Romanichels plus>, p.66.

[23]  Aude (alias Claudette Charbonneau-Tissot), “Tout est ici" in Cet imperceptible mouvement, Montréal, XYZ éditeur, 1997, <Romanichels de poche>, 2007, p.19.

[24]  Sylvain Tesson, op. cit., p.245.

[25]  Ibid., p.148.

[26]  Cf. les romans Hommes sans mère et La promesse, et surtout la nouvelle “Giovanni" dans Océan pacifique (intitulée “Sur la mer" dans une prépublication séparée) et la nouvelle “Pas d’homme pas d’ours" dans La lettre de Buenos aires où l’on trouve cette phrase révélatrice : “[…] [J]e m’enfonçai dans la forêt, fuyant les hommes et l’océan, le cœur léger" (LBA : 98).

[27]  Hubert Mingarelli, La promesse, Seuil, 2009, p.32-33 ; dorénavant P.






2012 | Revue critique de fixxion française contemporaine |  (ISSN 2033-7019)  |  Habillage: Ivan Arickx |  Graphisme: Jeanne Monpeurt
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