Pour que l’écologie supplante le nationalisme:
l’esthétique de Pierre Gascar
1Le discours écologique est omniprésent dans le monde actuel. Et même si le grand public ne se préoccupe réellement de l’environnement que depuis les dix dernières années, le souci est ancien. La “société vert clair” — pour reprendre la formule par laquelle Michael Bess[1] caractérise la spécificité française en matière d’environnement — ne date pas d’hier. Un grand nombre d’écrivains ont déjà donné une voix au monde naturel au cours du 20e siècle. Or, ce n’est que fort récemment que s’est développée une discipline qui étudie la littérature dans ses rapports avec l’environnement naturel : l’ecocriticism s’est imposée dans le monde anglo-saxon[2], l’écopoétique s’intéresse à la littérature francophone[3]. Parmi les nombreuses invitations à la lecture que l’écopoétique permet, figure la redécouverte de textes oubliés, dont l’étude vient redessiner l’image que nous avons de l’histoire littéraire.
2Pierre Gascar, pseudonyme de Pierre Fournier, est un des écrivains français dont l’œuvre se prête parfaitement à une analyse écopoéticienne. Il fait partie de ces auteurs qui, dans une perspective réaliste, ont rendu présent le monde naturel et ont témoigné un intérêt pour les questions relatives à l’écologie, à une époque où tous les yeux étaient tournés vers le Nouveau Roman. C’est peut-être la raison pour laquelle son œuvre est depuis longtemps tombée dans l’oubli, alors qu’il s’était vu décerner un grand nombre de prix littéraires, parmi lesquels le prix Goncourt, qui a couronné Les bêtes suivi de Le temps des morts[4] en 1953, est sans doute le plus important.
3Si la critique[5] a prêté attention à Gascar, c’est d’abord pour s’arrêter aux récits qui reviennent à son expérience de guerre et de l’univers concentrationnaire. C’est pourquoi il est toujours considéré comme l’auteur qui, à partir de son propre vécu, a créé un témoignage sur la mort, la cruauté humaine et le rapport entre les hommes et les animaux.
Pourtant, ses livres ne se penchent pas seulement sur la mort : ils questionnent également la vie, et en particulier le monde naturel. Doué d’une curiosité insatiable et d’une grande sensibilité, l’auteur explore le règne végétal par une observation attentive. À l’aide de descriptions détaillées, il s’efforce de rendre le monde naturel tangible. En outre, il exprime dans ses livres le souci de la protection de la nature. Selon Schoentjes, “[d]ans l’après-guerre, Gascar apparaît comme un des premiers écrivains français reconnus à réfléchir au sort des animaux dans le cadre d’une réflexion sur la protection de l’environnement”[6]. Prêtant également attention aux changements qui frappent le règne végétal par suite du progrès industriel, il fait montre d’une réelle sensibilité écologique bien avant que celle-ci fasse partie du discours quotidien. Dans son projet de mise en garde, il défend aussi bien la protection de la flore cultivée que celle du monde sauvage[7].
4Dans cet article, nous proposons une lecture de trois textes de Gascar publiés après 1985 : L’ange gardien (1987)[8], Pour le dire avec des fleurs (1988)[9] et La friche (1993)[10]. Ces œuvres nous permettront d’expliquer son attachement à la nature et de décrire les préoccupations écologiques qui en résultent. Même si l’auteur s’est donné pour mission d’enregistrer les altérations du monde naturel de son époque, les questions environnementales qu’il aborde sont toujours d’actualité : les effets de l’industrialisation (AG), la disparition des espèces végétales (PLD), les dimensions économique, sociale et morale des initiatives écologiques et la condition de l’homme industrialisé (LF).
5À partir de ces trois livres, nous aborderons l’auteur dans une perspective soucieuse à la fois de l’éthique et de l’esthétique, cette seconde perspective s’impose d’autant plus que son écriture a connu une évolution notable. Et comme notre analyse s’effectue à partir de récits dans lesquels la fiction n’occupe pas une position centrale, les vues qui en résultent inviteront aussi à lire différemment l’œuvre romanesque de l’auteur.
Une grande sensibilité
6Gascar déclare avoir été extrêmement ouvert à l’exploration du monde pendant son enfance. Après la mort de sa mère, il est élevé chez la famille de son père, dans le Sud-Ouest. Parisien, le jeune garçon doit s’adapter au mode de vie paysan : “Seul, un enfant, avec son pouvoir de rêve, peut faire de son exil une évasion. Cela se vérifie surtout lorsque cette ‘expatriation’ fait passer l’enfant d’un milieu à un autre parfaitement opposé et le met en présence de réalités nouvelles dans lesquelles il peut voir les signes de sa liberté” (AG : 40). Au sein de sa nouvelle famille, Gascar a le statut de pensionnaire. Il n’y est qu’un intrus et une nouvelle source de revenus. Faute d’affection humaine, il se tourne vers le monde naturel :
Je ne sais si j’y cherchais de quoi combler le vide que je ressentais dans mon existence ou si l’intérêt que je trouvais dans sa nouveauté était étranger au besoin de réparer mes pertes et si ne s’opérait pas là plus une substitution qu’une compensation ; en un mot, la nature était peut-être venue prendre la place de mes procréateurs, me faisant naître ainsi une seconde fois. (AG : 45-46)
7Le profond attachement de l’auteur à la nature est dû en premier lieu au manque d’amour que celui-ci a éprouvé pendant son enfance. Déçu et abandonné, le jeune Parigot a projeté l’affection ordinairement destinée aux adultes de sa famille sur la nature, qui a adopté le rôle de substitut. “En un mot”, conclut-il, “ma solitude morale m’ouvrait le monde, et, en quelque sorte, me libérait” (AG : 105).
8Et il ajoute une deuxième explication de sa grande sensibilité à la nature: son initiation tardive aux réalités naturelles. Si les autres enfants de la campagne ont grandi avec les odeurs, les sons et les couleurs des végétaux et des animaux, Gascar découvre ce monde assez tardivement. Le caractère impressionnant des paysages, l’abondance des éléments naturels et la variété de la végétation excitent sa curiosité et son imagination plus profondément que celles des autres enfants qui sont familiarisés avec ce monde dès la naissance :
Je montrais indéniablement pour le monde naturel, sous ses diverses formes vivantes et sous celles que mon imagination parvenait à animer, plus d’intérêt que les enfants “nés à terre” [...]. Que j’eusse découvert le monde naturel tardivement, c’est-à-dire au bon moment, d’un œil neuf et déjà bien ouvert, sans en avoir eu la primeur dans les limbes de la petite enfance, comme mes semblables campagnards, expliquait en partie l’attrait qu’il exerçait sur moi. (AG : 45)
9La nature est d’autant plus importante pour Gascar qu’elle lui a servi de refuge lors de ses emprisonnements pendant la Seconde Guerre mondiale. Ainsi, responsable de l’entretien du cimetière dans le camp de prisonniers de Rawa-Ruska, il a passé des jours à se promener dans la forêt voisine. Cet endroit naturel lui a permis de s’évader mentalement des horreurs de la guerre, même si les bruits des trains déportant les Juifs au camp d’extermination de Belzec n’étaient jamais très éloignés. Par son évasion d’un camp prisonnier en Allemagne à travers une forêt-réserve, dans laquelle il était non seulement un fugitif, mais également un intrus, la nature est devenue pour Gascar un symbole de la liberté, aussi bien mentale que physique.
10L’amour de la nature n’a plus quitté l’écrivain, lui permettant, dans une société modernisée et industrialisée, la réconciliation avec soi-même. Ainsi, le monde naturel est devenu intériorisé, réfléchi, partie intégrante des obsessions de sa mémoire. L’auteur explore le règne végétal et animal et questionne le monde, afin de pénétrer jusqu’aux secrets de la nature. En rétablissant ses rapports avec les plantes et les animaux, il cherche à enrichir son existence par le sens caché, l’essence du monde qu’il découvre à travers eux.
11Les expériences de la nature occupent donc une place centrale dans les livres de Gascar. Soucieux de rendre justice à la matérialité du monde, il accorde beaucoup d’importance aux expériences sensorielles qu’il vit et qu’il décrit méticuleusement. Par le biais de l’écriture, il cherche à examiner les réalités quotidiennes dans ce qu’elles signifient au-delà des apparences. Dans ce projet, il accorde une attention particulière aux sentiments, conscient de ce que la sensibilité humaine exerce une influence sur la façon dont l’homme perçoit le monde. C’est pourquoi les portraits qu’il dresse du monde naturel ne sont jamais tout à fait conformes à la réalité. L’auteur se rend bien compte du caractère subjectif de “la réconfortante illusion que le premier paysage vert venu nous procure. Il provoque dans notre esprit l’irruption de l’archétype qu’une poésie champêtre séculaire et une peinture de la nature moins réaliste qu’allusive, évocatrice, de Ruysdael à Cézanne, y ont établi” (PLD : 147). En outre, il accorde beaucoup d’importance aux questions esthétiques, qui déterminent, comme en art, la valeur que l’homme accorde à ce qu’il perçoit et ses efforts pour en préserver l’intégrité.
Le souci écologique
12Et, conséquence logique, l’amour de la nature provoque chez Gascar une volonté de préserver le monde naturel et une condamnation des dégâts causés par l’industrie et par la modernité. Dans ses textes, il décrit comment le personnage entre en contact avec le monde environnant par le biais des sens, par une identification constante avec les autres règnes (végétal et animal) et par une grande sensibilité pour les aspects les plus ordinaires de la vie. Ainsi, il exprime son respect de la nature et témoigne de sa conscience de l’interdépendance entre les êtres humains et leur environnement naturel, deux éléments qui constituent la base d’une sensibilité écologique. Bien avant l’intégration de l’écologie dans les politiques mondiales, son amour et sa familiarité de la nature incitent l’auteur à souligner l’importance de la préservation de l’environnement.
13De ce fait, ses propos sur les nuisances de l’industrialisation et sur la disparition du monde naturel s’inscrivent dans le mouvement écologique, qu’il définit comme une “forme de sensibilité qui détermine la volonté de sauvegarder la flore et la faune sous leurs multiples formes” (LF : 129). L’action écologique, imposant le respect de toute forme de vie, ne vise pas seulement à protéger l’environnement des dégâts causés par l’homme, elle augmente également la sensibilité des êtres humains. Elle offre à ses participants l’occasion de se dépasser et de gagner un surplus de conscience, car elle constitue “un refus des facilités offertes par la société technologique basée sur la course à la consommation, laquelle implique l’esprit de lucre et l’indifférence à l’endroit du patrimoine commun originel” (LF : 130). L’homme faisant preuve d’un comportement écologique deviendrait donc un meilleur être humain.
14Gascar souligne le caractère universel du mouvement écologique. Malgré les différences géographiques[11] et démographiques[12], l’écologisme est porté par tout être humain, “qu’[il] appartienne à tel ou tel groupe, à telle ou telle nation” (LF : 106). La population mondiale s’est rendu compte que la survie de l’espèce “se substitue […] aux utopies d’hier” (LF : 106) et dépend d’actions menées à grande portée : c’est aux mêmes risques, aussi bien physiques que moraux, causés par la présence d’une centrale atomique, les engrais chimiques provoquant la pollution des eaux ou les travaux industriels détruisant des paysages entiers etc., que sont exposés de vastes populations. C’est pourquoi la protection de l’environnement “est amenée à transgresser les divisions administratives, rappelant de la sorte le caractère commuл@лges, dans leur aspect général” (LF : 145). Le mouvement écologique arrive donc à rapprocher les êtres humains éprouvant un même souci de l’environnement : la nature “n’est pas un refuge, le champ clos de l’individualisme ; elle relance notre espoir social”[13].
15Bess, qui, dans La France vert clair, offre un aperçu de la naissance et du développement de l’écologie française, rappelle qu’il existe, outre l’écologisme naturaliste ou l’écologisme centré sur la nature, un second courant de pensée définissant l’écologie française : “l’écologisme social”[14]. Là où l’écologisme naturaliste s’occupe des menaces concrètes causées par l’industrialisation, c’est-à-dire la disparition des espèces, la pollution des eaux, les modifications du comportement des animaux etc., l’écologisme social “soulign[e] les liens réciproques entre la ‘protection de la nature’ et les problèmes complexes auxquels font face nos sociétés : la pauvreté, les inégalités, la violence et l’aliénation”[15]. D’après les écologistes sociaux, pour faire face aux dangers qui menacent la nature, il faut que l’économie et la culture de la société industrialisée soient d’abord profondément modifiées.
Même si Gascar se range clairement parmi les écologistes naturalistes, il est également soucieux des problèmes économiques et politiques liés à la modernisation et à l’industrialisation mondiale. Ainsi, il doute de la légitimation morale de certaines initiatives écologiques impliquant une réduction de la production agricole sans tenir compte de la faim qui hante les pays du tiers monde.
Le monde floral
16Dans les années 1980, les botanistes, surveillant l’état du monde naturel, ont signalé un nombre croissant de disparitions d’espèces florales, exterminées par l’agriculture moderne, les engrais et les herbicides, les travaux du sol ou simplement par l’extraction par les jardiniers. “[L]’appauvrissement progressif de la flore sauvage”, affirme Gascar dans Pour le dire avec des fleurs, “représente le plus grand recul de la vie qu’on ait jamais observé dans le monde” (PLD : 132) et altère profondément le paysage connu. C’est pourquoi toute disparition d’une espèce florale ou végétale correspond à la perte regrettable d’un constituant fondamental du monde naturel. L’extinction des fleurs mène à “la perte d’un des pouvoirs de la terre, c’est-à-dire […] une mort survenue non pas à la surface de la planète, mais à l’intérieur, au plus profond de celle-ci” (PLD : 75).
17Or, les actions écologiques visant à défendre le monde végétal soulèvent bien des critiques. D’abord, la protection des espèces végétales devrait dépasser les aspirations matérialistes auxquelles se bornent la plupart des ligues écologiques, de sorte qu’une dimension morale, consistant en la préservation de l’ordre et des lois de la nature, s’ajoute au maintien des aspects physiques de la nature (PLD : 75-76). L’homme a beau créer des espaces verts utilitaires, ces derniers ne seront jamais susceptibles de remplacer “la diversité et le prodigieux foisonnement du règne végétal” (PLD : 76). Ensuite, la défense de la totalité des espèces végétales ne se justifie pas aux yeux d’un grand nombre d’écologistes, la plus grande partie de ces organismes étant sans utilité directe ou non indispensables à la vie humaine (PLD : 85). La priorité donnée à l’utilité, à la beauté, au spectaculaire ou à “l’aspect romantique” (LF : 133) d’une espèce relève d’un sentiment religieux universel. Est-il permis d’instaurer dans la défense de l’environnement une hiérarchie privilégiant la protection de ce qui est beau et utile, bannissant de ce fait pour toujours de notre planète la flore sauvage et les mauvaises herbes[16] ? Pour Gascar, cette “écologie sentimentale” (LF : 148) constitue une offense à “[l]a liberté de l’être humain, revendiquée aujourd’hui plus encore qu’alors” (PLD : 85) et ne pouvant être effective que “si [l’homme] est tenu à un respect aveugle de tout ce que la terre produit de façon spontanée et, à nos yeux, désordonnée, souvent au détriment de ce dont il l’ensemence” (PLD : 85).
La friche
18La friche, initiative écologique largement décrite par Gascar dans le récit du même nom, est un procédé de malthusianisme imposé par la Communauté européenne pour rendre à la nature son équilibre. D’après lui, la terre abandonnée par l’agriculteur[17] “meurt” pour renaître “sous une forme propre à humaniser, agrémenter la civilisation moderne, la nature rendue à son intégrité y constituant le seul élément d’équilibre possible” (LF : 10). Bref, par la friche, l’écologie ne vise pas seulement à rendre à la nature une partie de la surface exploitée pour restaurer l’équilibre environnemental, elle recrée également des endroits naturels “purs” constituant des havres pour l’homme déraciné moderne. De ce fait, l’écologie “donne à [la friche] une destination” (LF : 10).
19Au point de vue économique, il est moins coûteux pour la Communauté européenne de dédommager les agriculteurs de leur perte de revenus que de payer les frais de stockage du surplus de production. Au point de vue moral, l’agriculture biologique appelle donc des réserves : elle impose aux paysans de laisser une partie de leurs terres inexploitée, alors que la croissance démographique et le taux de famine dans le monde demandent une exploitation plus intense du potentiel agricole. Dans cette optique, la réduction des surfaces exploitées, comme préconisée aussi par la culture biologique, est “une offense aux pays du tiers-monde, où sévit la faim” (LF : 94), reproche dont les gouvernements ne tiendront pas compte tant que la planète ne sera pas politiquement et économiquement unifiée (LF : 83). De plus, l’auteur remet en question le caractère “pur” de ces “nouveaux” havres naturels : personne ne sait de combien de saisons la terre a besoin pour se “purifier”, pour se défaire de tous les pesticides, insecticides et herbicides qu’elle a absorbés pendant des décennies.
L’homme industrialisé
20Sans s’en rendre compte, l’homme, ivre de progrès, est en train d’organiser sa propre perte. Dans les notes de travail que nous trouvons dans le Fonds Pierre Gascar à Besançon, l’auteur compare les effets nuisibles de la science et du progrès au travail du diable : “C’est une vérité établie que la science nous paraît toujours plus magique dans les nuisances que dans les bienfaits. Nous nous attribuons la paternité de ses miracles, mais ne voyons dans ses effets néfastes que l’action du démon”[18]. Et qui plus est : l’homme est lui-même responsable de cette œuvre satanique.
21Dans La France vert clair, Bess décrit comment au cours du 20e siècle l’évolution de la technique a entraîné un changement des mœurs. Le “bouleversement des campagnes”[19], par exemple, provoqué par la modernisation des engins agricoles, a perturbé les anciens équilibres :
les Français, dans leurs mémoires, au cinéma, dans la littérature, dans les médias, à l’université, dans les conseils municipaux, ont montré sans équivoque qu’ils se rendaient compte de la disparition d’un monde rural ancien, et qu’il ne s’agissait pas, seulement là, d’un changement économique ou démographique, mais aussi d’une perte spirituelle, d’une déchirure profonde faite au tissu même de leur civilisation.[20]
22Aujourd’hui, c’est l’homme qui tient entre ses mains le sort de la “Mère Nature”[21]. En inversant les rôles du maître et de l’esclave, l’homme n’arrive plus à trouver le havre que lui offrait jadis la nature[22]. C’est pourquoi on ne saurait sous-estimer l’impact psychologique du changement de l’ancien ordre. Ce n’est pas uniquement la nature qui doit endurer bien des traumatismes, l’homme industrialisé souffre également.
23Selon Gascar, l’homme industrialisé essaie de se retrouver par un rétablissement des anciens rapports avec la nature : il s’agit d’un “tellurisme qui restera un des traits marquants de notre civilisation déclinante”[23]. Ainsi décrit-il dans La friche l’exode continuel des citadins vers la campagne, un exode qui n’épargne pas son village Baume-les-Messieurs, où s’installe de ce fait une “friche humaine” (LF : 32). Les hommes industrialisés y achètent des résidences pour échapper à l’agitation urbaine et pour redécouvrir la simplicité d’une vie en harmonie avec le monde environnant. Aussi “[l]es nouveaux venus au village, tout destinés qu’ils sont à être remplacés un jour, par d’autres, car l’exode vers la nature et le loisir ne peuvent que s’amplifier, n’annoncent jamais qu’un avenir statique. Mais n’est-ce pas là déjà un aboutissement ?” (LF : 82).
24Automatiquement, ce retour à la nature réveille les sentiments écologiques des hommes, qui se rendent compte que la perte des espaces verts impliquerait la disparition du dernier rempart contre la vie industrialisée. “La révolution industrielle et l’urbanisation […]”, note Gascar, “[ont fait] reculer le paysage, dans les faits comme dans les esprits. Le mouvement scientifique, qui privilégie la chimie et la physique appliquées, rejette l’histoire naturelle parmi les passe-temps pour jeunes filles”[24]. Or, aujourd’hui, même si l’idéal scientifique et industriel est toujours un des fondements de la société moderne, la botanique et le jardinage connaissent un regain, symbolisant l’espoir que garde l’homme de retrouver “à l’intérieur de sa triste condition humaine”[25] un havre, “un rêve consolateur”[26]. Les êtres humains, en cherchant à se rapprocher de la nature, expriment-ils le refus de la vie industrialisée, de la société urbaine, “des artifices du progrès” [27] auxquels la simplicité et la pureté du monde naturel s’opposent ? Selon Gascar, à travers le goût des plantes et de la botanique, ainsi que l’amour et la défense de la nature qui en découlent, l’homme exprime “le refus de la vie urbaine, de la brutalité des mœurs”[28] et dénonce les vices de la vie moderne mieux qu’on ne peut le faire avec des mots[29].
Paradoxalement, c’est donc en souffrant de l’impact psychologique de la vie industrialisée, que l’homme redécouvrira la valeur de la nature et luttera pour la protection de l’environnement.
Le dépouillement stylistique
25Afin de faire parler le monde naturel, Gascar se sert des impressions sensorielles, des souvenirs et des sentiments qui naissent du contact avec la nature. Il invite le lecteur dans son univers et l’incite à entrer en contact, à travers ses livres, avec les règnes animal et végétal pour en découvrir la valeur. En faisant part également de ses préoccupations écologiques, il met les lecteurs en garde contre les effets nuisibles du progrès industriel qui risquent de détruire ce havre naturel dont l’homme moderne a profondément besoin.
26Pour construire des images mettant en valeur la nature, l’auteur se rend bien compte qu’il faut trouver le style approprié, permettant de répondre aux exigences du réel. Afin de faire ressortir la beauté et la singularité des fleurs, de rendre les odeurs de certaines herbes, de partager l’impression que produisent sur lui les vallées du Jura, bref, afin de rendre tangible le monde naturel, il veut faire de l’écriture “un instrument aussi sûr que la musique, aussi sûr que la peinture”[30], en lui conférant “un pouvoir d’incantation”[31]. Pourtant il évite toute forme de surréalisme et exprime son lien intime avec l’univers végétal à l’aide d’une écriture des sens, dans laquelle il cherche toujours à privilégier le concret. Son matérialisme consiste à baser toute description, toute réflexion philosophique, toute pensée relevant de l’imagination sur ce qu’il trouve dans le monde, c’est-à-dire dans les pierres, dans les végétaux, dans les animaux, dans les ruisseaux. Ses livres vont à la recherche de la vérité révélée par la matière concrète, qui constitue le point de départ de toute image qu’il crée de la nature.
27Pour étudier l’évolution stylistique de notre auteur, Schoentjes[32] a comparé la première version du Temps des morts (1953) à sa réécriture, Le rêve russe (1998). Tandis que, dans Le Temps des morts, dominent le “réalisme onirique”[33], une symbolique envahissante et un emploi maл@лque, de tout ornement descriptif et de toute image poétique et constitue de ce fait une littérature qui s’éloigne de plus en plus de l’anecdote et du romanesque[34]. En supprimant les métaphores et les comparaisons qui provoquent un effet d’invraisemblance, “de défamiliarisation, voire de déréalisation”[35], Gascar a, d’après Schoentjes, cherché à introduire un langage plus approprié au genre du témoignage de guerre. Pour éviter la domination d’un langage esthétisant, d’un style mettant au second plan la véracité historique et le réalisme du génocide juif, l’auteur a donc supprimé les passages poétiques, lyriques et les références symboliques et mythiques de façon à témoigner d’une manière plus respectueuse de la Seconde Guerre mondiale.
28Or, il est possible de découvrir une évolution semblable au niveau de l’écriture de la nature. Tandis que ses premières œuvres contiennent un grand nombre de métaphores, de comparaisons, de descriptions lyriques et de passages fantastiques, l’écrivain fonde dans ses derniers textes les descriptions des règnes animal et végétal exclusivement sur des données provenant des sciences naturelles. Tout comme dans l’évolution qui caractérise son écriture de la guerre, Gascar a également jugé, en ce qui concerne son écriture de la nature, qu’un style réaliste, privilégiant le concret et établissant des liens avec l’histoire naturelle, est plus approprié pour exprimer le souci de la protection de l’environnement.
29Nous pouvons facilement vérifier l’évolution stylistique à partir de la description qu’il donne du Périgord noir dans Les sources (1975) :
Le Périgord noir, qui, juste un peu plus haut, porte, à cet égard, quelques promesses dans son nom, ne déborde pas sur le fief des Biron, où Palissy est né et tout près duquel j’ai vécu. Ici, le coteau succède au causse, le verger au bois de châtaigniers, l’autan, ce vent du sud-ouest qui vient de la mer, à la bise descendant, l’hiver, des monts du Limousin. L’été, le soleil blanchit derrière une mince taie d’orange qui ne se dissipe presque jamais ; les couleurs s’atténuent, les reliefs s’estompent ; des poitrinaires étaient assis devant les portes, les mouches sur les mains.[36]
La nature est évoquée à partir des impressions que suscitent les couleurs, les formes et la lumière, sans renvois à la géologie, à la botanique ou à l’histoire du paysage. C’est pourquoi cette description pourrait s’appliquer à un grand nombre de paysages, à cause de la généralité de ses composants, presque stéréotypés, et le lyrisme des associations. Ainsi, le Périgord noir finit par adopter le caractère imaginaire des idylles bucoliques.
30Dans L’ange gardien, Gascar décrit également le Périgord noir :
Le Périgord noir, ainsi dénommé à cause de ses larges espaces boisés, nourrissait mal une grande partie de ses habitants et leur arriération sociale contrastait avec le passé de cette région. Elle est la plus riche de France en vestiges de la préhistoire, ses grottes nombreuses ayant offert des habitations sûres aux populations primitives. Leur concentration aux mêmes endroits, leur sédentarisation, en permettant le développement d’une vie tribale, favorisait la naissance d’une civilisation. C’était assez peut-être pour assurer aux Périgourdins une petite avance sur leurs semblables du reste de la France, dans le domaine de l’esprit. Cependant, par la suite, les clivages sociaux n’avaient pas permis qu’elle se retrouvât également chez tous. Le Périgord comptait, au XVIe siècle, Montaigne, La Boétie, Clément Marot, Bernard Palissy, Olivier de Magny, entre autres, et, au cours des deux siècles suivants, allait donner à ces personnages de dignes successeurs, dont Fénélon. Le peuple était bien loin de montrer des qualités intellectuelles et, en tout cas, une culture à la mesure de celles des hommes que je viens de citer. On ne lui fournissait guère les moyens de les acquérir. Dans la première moitié du XIXe siècle (statistiques de 1837, quinze ans avant la naissance de ma grand-mère), le taux de l’analphabétisme, dans le département de la Dordogne, était l’un des plus élevés en France, 722 pour 1000 contre 405, moyenne nationale. Le Lot-et-Garonne, le Tarn-et-Garonne et la Gironde, les trois départements voisins formant le “pays bas”, plus fertile, avaient un taux d’analphabétisme proche de cette moyenne. (AG : 10-11)
31Contrairement au récit idyllique que nous avons trouvé dans Les sources, l’auteur vise clairement ici à donner au lecteur des informations fiables concernant le paysage et la région : il fonde son portrait littéraire du Périgord noir sur des données de l’étymologie, de l’histoire et de la sociologie, intégrant même des chiffres provenant de statistiques démographiques.
Dans son analyse de l’évocation des circaètes, Schoentjes[37] souligne le dépouillement stylistique qui oppose La friche (1993) à L’homme et l’animal (1974). Or, l’évolution esthétique est d’autant plus manifeste dans l’exemple du Périgord noir que la description originale du paysage est marquée d’une véritable idéalisation.
L’empreinte des sciences naturelles
32Soucieux de rendre justice à la matérialité du monde, l’écrivain se détourne formellement des descriptions marquées par des partis pris. Pour découvrir la vérité qui réside dans les choses, il se borne à considérer la matière en tant que matière, sans immédiatement attribuer aux choses une valeur esthétique, utilitaire ou morale. C’est pourquoi, vers la fin de sa carrière, l’auteur complète de plus en plus ses observations directes par des informations provenant de l’histoire naturelle. Les renseignements fournis par les sciences naturelles l’aident non seulement à mieux exprimer son attachement à la nature par des argumentations bien documentées. En outre, ils lui permettent de mieux pénétrer l’essence des phénomènes naturels, ce qui aboutit à une meilleure compréhension du monde.
33Lorsque Gascar évoque une aquarelle qu’il a peinte dans son enfance, il ne se laisse pas emporter par son imagination, mais décrit la fleur que l’illustration représente dans toute sa matérialité :
En voyant cette aquarelle censée représenter une tulipe des champs, aurait-on pu imaginer que je sentais encore, sous mes doigts, au moment où je la peignais, sa tige visqueuse et froide quand je l’avais cueillie, qu’il fallait, pour obtenir ces fleurs dans leur plus grande dimension, briser leurs tiges très bas dans la terre détrempée et s’inonder la main de l’eau glacée que les feuilles retenaient à l’endroit de leur naissance ? La fleur de ces tulipes des champs était appelée œil de soleil à cause, sans doute, de la tache jaune à la base de leurs pétales que la couleur rouge de ceux-ci faisait ressortir, mais qu’on ne découvrait que si l’on ouvrait, en la forçant un peu, la corolle. (AG : 108-109)
Même si la fleur figurant sur l’aquarelle pouvait facilement être prétexte à un discours plus poétique, l’auteur se limite à peindre une observation sensorielle concrète de la tulipe des champs, enrichissant sa description d’informations sur l’étymologie et l’anatomie de cette fleur.
34On retrouve une intégration pareille de données scientifiques dans Pour le dire avec des fleurs, comme le démontrent la multiplication des noms scientifiques de végétaux ainsi que l’explication de procédés biologiques et chimiques caractérisant le monde végétal, comme la luciférose et la luciférine, la mitose, la symbiose… Gascar fournit un aperçu de l’évolution de la botanique et des points de vue scientifiques concernant la sensibilité des fleurs. Par ailleurs, afin d’étayer l’objectivité de son récit, il cède régulièrement la parole aux scientifiques, comme à Cesalpin pour décrire l’anatomie végétale, à Darwin pour présenter la théorie de la migration des espèces, et au botaniste du Muséum national d’Histoire naturelle pour décrire les aspects physiques et anatomiques d’une plante dénommée la bardane.
35Dans La friche, les données provenant des sciences naturelles dominent le récit, les procédés esthétisants qui engendrent un effet de déréalisation, comme les métaphores, les images fantastiques et les associations poétiques, sont bannis des descriptions du monde naturel. L’imaginaire et l’anthropomorphisme ont cédé la place à l’étymologie, l’observation directe, l’histoire, la biologie :
Il arrive cependant que, dans le fouillis végétal de la friche, des unions s’opèrent, sous la forme de la symbiose ou du parasitisme. Ainsi un petit champignon, l’uromyce, dont les spores sont, là aussi, apportées par le vent, par des oiseaux ou par l’eau des ruissellements, se fixe quelquefois sur l’euphorme réveille-matin de nos talus et de nos champs incultes […]. Une intrusion de ce type due, là encore, à un minuscule champignon, s’observe chez la bruyère grise […]. Si le champignon intrus ne parvient pas, dans le sol, à se fixer sur la graine de la plante, la germination de celle-ci aura bien lieu, mais la plantule n’acquerra pas de racines et mourra. Dans le cas contraire, le champignon, envahissant bientôt l’ensemble de la plante, la rendra florissante. (LF : 30-31)
36Bref, pour Gascar, aucun discours n’est plus approprié à un examen du monde végétal et animal et à une prise de conscience de la préciosité de la nature que celui produit par les sciences naturelles. Ses textes ne cessent pas pour autant d’être littéraires : le poétique reste bien présent. Sans donner entièrement dans la science, ni dans un texte “lardé”, l’auteur a trouvé un équilibre entre l’histoire naturelle et un style plus épuré, moins lourd. À ce propos, il ne faut évidemment pas oublier que l’auteur a vu passer, lors de sa carrière, les évolutions littéraires du 20e siècle, et en particulier l’apparition du Nouveau Roman.
Conclusion
37Le style dans lequel Gascar exprime ses soucis écologiques n’a cessé d’évoluer : non seulement le domaine d’intérêt de l’auteur a changé (à ces connaissances issues de l’expérience campagnarde s’est ajouté un savoir scientifique dû à son intérêt toujours grandissant pour l’histoire naturelle), mais encore ce dernier a toujours cherché les moyens les plus appropriés pour rendre justice au monde naturel. Ainsi, à la fin de son œuvre, il a trouvé une façon de concilier forme et substance qui lui permet le mieux d’exprimer son attachement au monde sensible et de gagner le lecteur à la protection de la nature, sans jamais donner dans le militantisme ou le régionalisme.
38L’auteur met le lecteur en garde contre les effets néfastes du progrès industriel qui risquent de nuire aussi bien au monde naturel qu’à la communauté humaine. S’abîmant de plus en plus dans la société de consommation, l’homme moderne s’est aliéné ce qui était jadis son havre, d’où le sentiment de déracinement qu’il éprouve aujourd’hui. En ce qui concerne la nature, l’auteur est préoccupé par la disparition progressive d’espèces végétales et animales et d’éléments essentiels, les “noumenons”[38] du monde naturel.
39Pourtant, Gascar se montre confiant dans l’avenir de notre planète. Après être retourné à “ses sources”, l’homme développera une sensibilité pour ce qu’il découvre dans le monde naturel. En plus d’aimer ce qui est beau ou utile, il appréciera ce dont il aperçoit l’ “autre beauté”, singulière et dépassant l’esthétique humaine. Car tous les éléments végétaux et animaux, sans exception, portent en eux l’essence de la vie, par leur existence – même si celle-ci semble parfois injustifiée – et par le réconfort qu’ils apportent à l’homme. Et c’est pour protéger ces éléments que celui-ci s’intéressera aux actions écologiques :
L’histoire de l’espèce humaine […] va s’identifier de plus en plus au devenir de la planète. Aussi la mission écologique, protection du dernier et suprême bien commun, se substituera-t-elle au nationalisme, au patriotisme, et l’on souhaite que l’homme y apporte la passion, voire, à l’occasion, l’héroïsme, qu’il a montrés, au cours des siècles, dans ses autres combats. […] [L’écologie] annonce au moins une fusion harmonieuse de l’individu dans l’environnement originel peu à peu rétabli. Une centralisation à l’échelle continentale, sinon mondiale, des activités essentielles libérera un espace commun où les individus découvriront enfin la pleine liberté d’être. (LF : 161-162)
40Gascar n’est donc pas un auteur passéiste : ses propos se révèlent aujourd’hui toujours actuels et pertinents, même si, au moment de leur parution, ils étaient loin de résonner dans l’air du temps. Écrivant à une époque qui dénonce toute forme de littérature référentielle, l’auteur s’est montré sensible aux problèmes concrets qui déterminaient notre rapport au monde naturel. Espérant qu’un jour le souci de l’environnement se substituera aux enjeux nationalistes et deviendra un projet mondial, Gascar a traduit dans ses textes les espoirs forts d’une écologie naissante.
Sara Buekens
Ghent University / FWO

Notes


[1] Michael Bess, La France vert clair. Écologie et modernité technologique 1960-2000, trad. Chr. Jaquet, Paris, Champ Vallon, 2011 [2003].

[2] Voir par exemple : Lawrence Buell, The Future of Environmental Criticism : Environmental Crisis and Literary Imagination, Oxford, Blackwell Publishing, 2005 ; Greg Garrard, Ecocriticism, New York, Routledge, 2004, <The New Critical Idiom>.

[3] Voir par exemple : Nathalie Blanc e.a. (éds), Littérature et écologie. Vers une écopoétique, Écologie et politique 36, 2008 ; Pierre Schoentjes, Ce qui a lieu. Essai d’écopoétique, Marseille, Éditions Wildproject, 2015.

[4] Pierre Gascar, Les bêtes suivi de Le temps des morts, Paris, Gallimard, 1953.

[5] Voir par exemple : Claude Dis, “Pierre Gascar : Le Fortin (Gallimard)”, La Nouvelle Revue française, 372, janvier 1984, p. 122-124 ; Chester Obuchowski, “The Concentrationary World of Pierre Gascar”, The French Review, 34 (4), février 1961, p. 327-335 ; Pierre Schoentjes, “Pierre Gascar: retour sur Le Temps des morts”, dans Mémoires occupées. Fictions françaises et Seconde Guerre mondiale, Marc Dambre éd., Paris, Presses Sorbonne Nouvelle, 2013, p. 101-110.

[6] Pierre Schoentjes, Ce qui a lieu. Essai d’écopoétique, op. cit., p. 218.

[7] Par ce terme, nous ne voulons pas renvoyer à ce que l’on nomme wilderness aux États-Unis, c’est-à-dire une nature presque inaccessible à l’homme. Dans les livres de Gascar, il s’agit surtout de végétaux qui existent à l’état sauvage, comme les mauvaises herbes, ou d’animaux sauvages, comme le circaète jean-le-blanc.

[8] Pierre Gascar, L’ange gardien, Paris, Librairie Plon, 1987. Dorénavant AG.

[9] Pierre Gascar, Pour le dire avec des fleurs, Paris, Gallimard, 1988. Dorénavant PLD.

[10] Pierre Gascar, La friche, Paris, Gallimard, 1993. Dorénavant LF.

[11] Chaque région adhère à son propre programme local (LF : 106).

[12] Pour les personnes âgées, l’action écologique représente une éthique, tandis que les générations “destinées à prendre en charge l’avenir” (LF : 132) s’intéressent plutôt au côté politique du mouvement (LF : 130-132).

[13] Pierre Gascar, Les sources, Paris, Gallimard, 1975, p. 137.

[14] Ibid., p. 157.

[15] Ibid., p. 158.

[16] Il s’agit là d’une question qui nous incite à réfléchir sur des questions esthétiques : qu’est-ce que le “beau” ? La notion de beauté se limite-t-elle à ce qui est spectaculaire et qui nous surprend, ou à ce qui se caractérise par une symétrie parfaite et par l’harmonie de ses couleurs ? Pouvons-nous également apprécier d’autres formes de beauté, comme les “anti-paysages” décrits par Aldo Leopold dans A Sand County Almanac ?

[17] L’auteur souligne qu’il ne faut en aucun cas confondre avec des terres abandonnées suite à des événements historiques comme les guerres, les exodes ou le nomadisme de certaines populations paysannes (LF : 9).

[18] Pierre Gascar, Lichens, Bibliothèque d’Étude et de Conservation de Besançon, fonds Pierre Gascar, Ms. Z 473.

[19] Michael Bess, op. cit., p. 58.

[20] Ibid., p. 58-59.

[21] Ibid., p. 318.

[22] Ibidem.

[23] Pierre Gascar, Les sources, op. cit., p. 85.

[24] Pierre Gascar, “Une civilisation qui retourne à l’école des fleurs” dans Pierre Gascar, Pierre Gascar et Guy Rohou. Correspondance 1963-1995, Bibliothèque d’Étude et de Conservation de Besançon, fonds Pierre Gascar, Ms. Z 481.

[25] Ibidem.

[26] Ibidem.

[27] Ibidem.

[28] Pierre Gascar, Le présage, Paris, Gallimard, 1972, p. 163.

[29] Ibidem.

[30] Hubert Nyssen, Les voies de l’écriture. Entretiens avec François Nourissier, José Cabanis, Pierre Gascar, Yves Berger,... [etc.] et commentaires, Paris, Mercure de France, 1969, (“Pierre Gascar : Le pouvoir incantatoire”) p. 89.

[31] Ibidem.

[32] Pierre Schoentjes, “Pierre Gascar: retour sur Le Temps des morts”, art.cit., p. 101-110.

[33] Ibid., p. 102.

[34] Hubert Nyssen, op. cit., p. 87.

[35] Pierre Schoentjes, “Pierre Gascar: retour sur Le Temps des morts”, art.cit., p. 103.

[36] Pierre Gascar, Les sources, op. cit., p. 227.

[37] Pierre Schoentjes, “Comment raconter des histoires plus naturelles”, dans Histoire(s) naturelle(s) des animaux, A. Romestaing et A. Schaffner (éds), Paris, Classiques Garnier, 2016 (à paraître).

[38] Notion de Kant précisée par Aldo Leopold dans A Sand County Almanac : le noumenon est réel et physique, et donc “phénoménal”. Il correspond à cette “essence impondérable” des choses matérielles. Aldo Leopold cité par J. Baird Callicott, “L’esthétique de la terre”, dans Aldo Leopold, La conscience écologique, Marseille, Éditions Wildproject, 2013, <Domaine sauvage>, p. 223-224.






2012 | Revue critique de fixxion française contemporaine |  (ISSN 2033-7019)  |  Habillage: Ivan Arickx |  Graphisme: Jeanne Monpeurt
Sauf indication contraire, textes et documents disponibles sur ce site sont protégés par un contrat Creative Commons CClogo