L’écologie poétique profonde d’Éric Chevillard
If man had not been his own classifier, he would never have
 thought of founding a separate order for his own reception.
[1]
1Dans son récent essai consacré à l’écopoétique continentale, Pierre Schoentjes revient à plusieurs reprises sur le régime conflictuel qui caractérise la rencontre entre des préoccupations environnementales toujours plus présentes dans nos cultures et des pratiques littéraires européennes encore profondément marquées par les expériences du structuralisme et du post-modernisme. La littérature environnementale, parce qu’elle exigerait (selon le principal modèle diffusé par la tradition anglo-saxonne) une posture réaliste et engagée, s’accommoderait mal des voies esthétiques largement empruntées par la littérature française au cours de ces cinquante dernières années, vouant aux gémonies la référentialité ou ne jurant que par l’ironie et la gratuité linguistique. À ce titre, proposer une lecture bel et bien écologique de l’œuvre d’Éric Chevillard, qui se défend à longueur d’entretiens d’écrire des textes à dimension politique et dont les livres s’inscrivent de fait “aux antipodes d’une littérature réaliste qui apparaît souvent comme le seul registre de la littérature environnementale”[2], relève a priori de la gageure.
2Certes, l’œuvre de l’écrivain contient les marques disséminées de préoccupations environnementales explicites : l’érosion de la biodiversité et l’extinction de certaines espèces d’abord, centrales dans Sans l’orang-outan ou Oreille rouge et fréquemment abordées par l’auteur sur son blog ou au cours d’entretiens[3] ; parfois aussi la pollution, le réchauffement climatique ou le pillage des ressources naturelles[4]. L’auteur ne rechigne pas en outre à pointer parfois clairement les responsables d’un doigt accusateur. Le 8 décembre 2014, tout lecteur de L’Autofictif pouvait ainsi lire : “J’ai vu l’homme à l’œuvre et, devant l’assemblée de bêtes encagées et des arbres couchés, j’ai plaidé la folie de Dieu”[5]. Néanmoins, cet article voudrait montrer que la dimension écologique de ses œuvres est bien moins politique que poétique, exigeant pour être saisie dans toute son ampleur de s’intéresser d’une part au poiein des textes plutôt qu’à des valeurs et/ou une morale univoques explicitement promues (dont la quête tournerait court) ; d’autre part à une forme de pensée écologique dont la réflexion ne se déploie pas tant dans le champ de l’éthique que dans ceux de la métaphysique et de l’ontologie : celle de la deep ecology.
3Créé par le philosophe norvégien Arne Naess au début des années 70, ce mouvement se propose en effet “de travailler à modifier le système d’idées proprement métaphysiques qui détermine la place que les êtres humains sont censés occuper au sein de la nature, de sorte à modifier aussi, comme par la bande, la façon dont ils s’y comportent”[6]. S’il serait hasardeux d’attribuer à Chevillard l’intentionnalité éthique qui guide in fine l’écologie profonde, il n’en reste pas moins que son œuvre partage avec cette dernière un effort de renouvellement de nos représentations courantes concernant la place de l’humain au sein de l’écosystème et ses relations avec les autres êtres vivants. Or dans ce travail, Éric Chevillard n’est peut-être pas toujours aussi antiréaliste qu’on pourrait le croire tant il est vrai que les mondes qu’il crée, contrefactuels du point de vue de la science occidentale classique – humaniste, mécanique et atomistique – répondent en revanche à des axiomes bien réels aux yeux de l’écologie contemporaine, à commencer par le “principe d’égalité et de solidarité de toutes les formes du vivant”[7] dont Yves-Charles Grandjeat a rappelé le caractère fondationnel. L’antiréalisme de Chevillard, à ce titre, désigne plutôt une inadéquation avec une conception du monde que l’écologie considère comme périmée, et apparaît dès lors moins comme un obstacle à une lecture écopoétique de son œuvre que comme une garantie de son écologie poétique profonde[8].
Une esthétique non anthropocentriste de la coprésence
4Il est peu de sujets qui irritent avec autant de constance la plume de Chevillard que celui de l’égo-anthropocentrisme de la littérature. Sur son blog ou à l’occasion de chroniques littéraires[9], dans ses essais ou ses récits, il est rare que quelques lignes ne soient pas écrites qui déplorent “l’ennui de ces pages où jamais ça ne rugit ni ne hennit ni ne barrit ni ne cacarde – où ça ne fait au contraire que déblatérer”[10] ; témoignant de ce que, dans la détestation affichée de l’écrivain pour le genre romanesque, sa lassitude pour les sempiternelles histoires d’hommes tient une bonne part :
Le roman est la littérature de l’homme seul au monde. Il accrédite cette utopie sinistre. Ni hyène ni fourmi ni hérisson ni poulpe. Et je ne parle même pas du tangara doré. L’animal n’existe que comme gibier dans le roman, comme jambon. Toutes ces histoires d’hommes, encore et toujours, quel ennui — est-il impossible de faire advenir autre chose que l’homme (ce vieux bonhomme) dans la langue ?[11]
Apparaît ici assez clairement l’une des tâches que s’est assignées Chevillard : celle de donner au non-humain un droit de cité narratif, de redonner à l’animal une dignité sinon morale du moins littéraire. Aussi, rejetant le solipsisme humain et reconnaissant “aux animaux le droit d’être là”[12], l’écrivain s’attache-t-il à faire de ses propres textes des lieux peuplés de créatures en tous genres, bestiaire immense dont les membres sont loin de se limiter aux seconds rôles. Il n’est ainsi pas rare que l’animal vienne former avec l’humain un binôme (le hérisson et le narrateur dans Du hérisson), un trio (Albert Moindre, Bagus et Mina dans Sans l’orang-outan) ou même un quintet (Albert Moindre, Pimoe, Charlie, le tamanoir et la fourmi dans L’auteur et moi) ; formations plurispécifiques assurant collectivement la tête d’affiche des récits. Jouant avec les habitudes anthropocentristes des écrivains mais aussi de leurs lecteurs, Chevillard se plaît en outre à mettre parfois explicitement en scène des devenir-mineurs de l’humain, relégués à la périphérie de la fable dont l’animal se révèle le véritable héros. Ainsi, la fourmi muette suivie par Moindre et ses compagnons dans L’auteur et moi s’avère-t-elle à la fin de la course chassant plus que chassée, finissant par mener ses poursuivants au cimetière et les y dévorer, volant à cette occasion jusqu’à sa parole au narrateur. À la fin de Choir, le sauveur tant attendu vient délivrer les punaises plutôt que les hommes, tandis que Du hérisson installe une véritable concurrence bio/zoo-graphique entre le narrateur écrivain souhaitant commencer son autobiographie et le petit mammifère, inamovible sur sa table de travail. Finalement, l’animal au centre de l’espace comme du texte (l’expression “hérisson naïf et globuleux” est présente dans chaque paragraphe) devient l’objet principal du récit, qui tient davantage du traité d’histoires naturelles que de la confession intime.
5Au centre de nombreux récits, omniprésent linguistiquement car support privilégié des jeux de langage de l’écrivain[13], l’animal chez Chevillard voit ses idiosyncrasies admirées, ses formes répertoriées, son point de vue même adopté parfois comme dans un récent texte intitulé Nets progrès[14] et pourvu d’un narrateur félin. À ce titre, les œuvres de Chevillard relèvent de ce que la critique Serenella Iovino appelle “an interspecies literature” soit “a literature in which the representation of non-human animals or of the natural world is not hierarchically oriented, or not exclusively represented in an anthropocentric perspective”[15]. À l’image du dispositif à l’œuvre dans Du hérisson qui contraint l’écrivain à jouer des coudes avec l’animal installé sur sa page d’écriture[16], les récits de Chevillard se donnent de fait comme des territoires à partager, développant une esthétique de la coprésence dont l’enjeu est de resituer humains et non-humains en un côte-à-côte horizontal. L’humanité, par conséquent, se trouve déchue des sommets où la culture occidentale l’avait si longtemps placée. L’homo sapiens, sait Chevillard, n’est qu’un résultat contingent de l’évolution darwinienne parmi d’autres, si ce n’est inférieur :
Il fallait comprendre Darwin littéralement. L’homme descend du singe ne signifie pas qu’il s’est élevé au-dessus de lui, mais bien qu’il en a lamentablement dégradé la figure altière. (AF, 30 décembre 2014)
Confronté au non-humain, c’est l’évidence de sa supériorité au sein de l’univers qui est alors remise en question. Mme Swanscombe, à la fin de Palafox, tient ainsi ce plaidoyer en faveur de la créature éponyme :
Vous refusez d’admettre que sa place est là, que nous sommes en vérité les indésirables, les vandales, les fauteurs de trouble avec nos bouquets composés, nos fruits confits, nos acajous vernis et nos érables à tiroirs, nos paravents, nos parapluies, nos parasols, tous nos artifices d’ombres et de lumières, ne voyez-vous pas que Palafox est le seul ici à traiter le bois comme du bois, le verre comme du sable, le seul dans cette pièce encaustiquée à avoir une pensée pour les abeilles.[17]
Par sa seule présence, Palafox suffit à dénoncer l’artificialité du rapport au monde de la famille humaine, jusqu’à inverser le rapport d’intrusion. Celui que le texte nomme sobrement “l’animal” rappelle alors la vanité au mieux, la nocivité au pire, du désir humain de se couper de la nature, de se croire en dehors. “Comme si nous ne sortions pas tous de la même mer” (DH 215), raille pour sa part le narrateur de Du hérisson qui à force de fréquenter son épineux compagnon ne s’y trompera pas : “Nous sommes du même monde” (ibid. 99).
Le sentiment d’une appartenance éco-sphérique
6“I am a creature of the mud, not the sky”[18], déclare Donna Haraway dans When Species meet, soulignant ainsi la condition exclusivement terrestre de l’humain, désigné déjà par son étymologie comme créature du sol, de l’humus, dépourvue de tout destin surnaturel. Un être arrimé au monde terraqué à l’image des habitants de Choir, précisément enlisés dans des marécages sans fin, ou des personnages de Sans l’orang-outan, s’enfonçant dans des étendues de sable, de glace ou d’eau saumâtre. Dans ces deux romans, qui accordent une place importante au lieu, la terre semble se faire meuble pour punir les hommes : l’engloutissement y fait figure de chute au carré, de nouveau châtiment, mais écologique bien plus que divin. De fait, à chaque fois, c’est la disparition d’un animal qui commence ces apocalypses : celle du grand singe dans le récit 2007, celle des oiseaux dans celui de 2010, effrayés selon le mythe fondateur de l’île par un épouvantail plantépour chasser corneilles et étourneaux qui ruinaient les cultures”[19]. Les défaillances du sol semblent alors venir sanctionner une erreur d’allégeance des humains, à qui il est rappelé de la plus dure des manières leur appartenance terrestre et le lien qui les attache aux bêtes plutôt qu’aux divinités célestes, priées en vain quoique jusqu’à se tordre la nuque par les habitants de Choir. Ainsi peut-on lire également dans Oreille rouge :
Avec la christianisation et l’islamisation, chacun se croit quitte envers Dieu s’il fait ses prières quotidiennes et respecte les interdits, mais la nature est razziée, pillée, polluée. Les antilopes ont disparu. Il n’y a plus que des hyènes dans la savane, dont le rire forcé fait peine à entendre.[20]
L’humain, cela est clair ici, n’a pas de devoir envers un quelconque Dieu qui prévale sur celui qu’il doit à la planète et ses habitants. Est ainsi promu un sentiment d’appartenance horizontale, qui rejoint en réalité une proposition de Arne Naess invitant à une compréhension étendue et inclusive du foyer et de la famille : “l’écologie moderne”, écrit-il, “rend concevable l’élargissement de notre sentiment d’appartenance au-delà du cercle familial : une appartenance écosphérique[21].
7De fait, il est fréquent chez Chevillard que la cohabitation entre humains et non-humains finisse par devenir véritablement communauté, ses récits proposant de nombreuses images de foyers, d’oikos plurispécifiques. Dans Palafox, d’abord, où le personnage éponyme finira considéré “comme un membre de la famille, ni plus ni moins” (P 155), tandis que les premières pages du récit donnaient le ton en multipliant les évocations de parentèles hybrides : ainsi l’entomologiste Pierpont est-il devenu au sein d’une colonie d’agrions un “agrion d’adoption tout à fait intégré” (ibid. 19), tandis que l’herpétologue Baruglio élève un reptile “chez lui, comme un fils” et que le professeur Zeiger, lui, imite si bien le cri des oiseaux qu’il pourrait “se fiancer avec une autruche, mais hésite à franchir le pas” (ibid. 20). Au-delà de la fantaisie, l’imaginaire convoqué est bien celui d’une intégration oiko-logique, représentation hyperbolique d’une reconnaissance des liens unissant humains et non-humains. Crab, protagoniste de La nébuleuse du Crabe et de Un fantôme, possède ainsi un pouvoir d’accouplement interspécifique qui fait de lui le digne patriarche d’une descendance proprement éco-sphérique puisque non limitée même aux créatures vivantes :
La pierre sur laquelle Crab s’assoit lui donne un enfant, et l’arbre contre lequel il s’appuie, la chienne qu’il caresse, ou la rivière dans laquelle il se baigne lui donnent des enfants […]. Et si, par exemple, son enfant-libellule ne lui apporte que des satisfactions, son enfant-rivière l’a définitivement fâché avec ses voisins. […] Son enfant-girafe pousse de travers, son enfant-rat qui mange entre les repas n’a plus faim quand on passe à table […].[22]
Conception étendue de la famille s’il en est, qui lorsqu’elle se retrouve réduite à l’endogamie humaine, est immédiatement stigmatisée comme incestueuse et mutilante. Ainsi, l’une des premières conséquences de la disparition de Bagus et Mina dans Sans l’orang-outan est-elle le ressassement de la filiation humaine d’Albert Moindre, dont les figures parentales font retour comme un piège enserrant le personnage dans un milieu rétréci :
Déjà nous n’avons plus commerce qu’avec nous-mêmes, un commerce étroit, incestueux, consanguin. […] Mes parents ont repris leur croissance dans les espaces abandonnés par l’orang-outan, ils s’épanouissent en moi, leurs angles vont me crever la peau.[23]
Explicitement, une acception restreinte et une acceptation élargie de la notion de famille se font concurrence dans ces pages. Très nettement aussi, c’est à la seconde – la famille hybride, inclusive de l’animal – qu’est accordé le plus de valeur, le narrateur allant jusqu’à proposer l’extinction de ses lignées paternelles et maternelles en lieu et place de celle des grands singes, afin que vivent “plutôt que les Moindre, l’orang-outan, et plutôt l’orang-outan que les Caquet” (ibid. 49).
De l’ego-self à l’eco-self
8Ce qu’insensiblement cette ouverture du sentiment de la famille au non-humain indique, c’est que chez Chevillard humains et animaux ne se contentent pas de se côtoyer, mais se trouvent engagés dans un rapport de co-constitution. De fait, l’écrivain manifeste une conscience aiguë de la situation d’interdépendance dans laquelle les créatures se trouvent les unes vis-à-vis des autres. Le 11 mai dernier, il écrivait ainsi sur son blog :
Nous vivons dans un monde d’interdépendance, un écosystème où tout se tient : l’extinction d’une seule espèce sera fatale à toutes les autres. Ainsi nous savons que les performances sexuelles de l’homme dépendent de sa consommation de corne de rhinocéros râpée. Ce qui entraîne une chasse intensive de ce pachyderme aujourd’hui menacé. Sa disparition subséquemment sera suivie de peu par celle de l’espèce humaine désormais incapable de se reproduire. (AF 11 mai 2015)
Malgré l’exemplification humoristique qui, inévitablement chez Chevillard, vient ruiner a posteriori le sérieux avec lequel l’axiome de départ se trouvait formulé, l’idée d’une communauté de destin apparaît comme acquise[24]. C’est elle qui préside en outre à la trame narrative de Sans l’orang-outan, qui s’attache à explorer les réactions en chaîne impulsées par la disparition du grand primate :
Vous n’imaginiez tout de même pas que l’on pouvait sortir impunément l’orang-outan de la partie et décrocher son wagon du train des causes et des effets sans provoquer de catastrophes, des déraillements spectaculaires ? (SOO 19)
Or si dans Oreille rouge l’absence des animaux sauvages privait le narrateur d’exotisme, la disparition des singes est au contraire vécue comme une expérience intime, suscitant une carence moins extérieure qu’internalisée :
Ma vie, déjà, la mienne, sans Bagus et Mina, autant dire sans bras ni jambes, j’ai du mal à imaginer quel tour elle va prendre. C’est être amputé soudain de bien des membres. (ibid. 16)
Par la polysémie dont il résonne, le dernier terme de cette citation indique que membres du corps, de la famille et de la communauté écosphérique sont désormais indissociables.
9Ce que révèle alors abruptement l’extinction de l’orang-outan, c’est la solidarité du binôme qu’il formait avec l’humain, atteint par sa disparition jusque dans son corps même : “Voilà nos corps perdus. Nos gestes se défont” (ibid. 11). L’image séminale de la mutilation invite ainsi à lire le récit comme l’expression poétique radicalisée d’une ontologie relative proprement écologique. En effet, et comme l’explique le philosophe environnementaliste John Baird Callicott :
The ontological primacy of objects and the ontological subordination of relationship characteristic of classical Western science is, in fact, reversed in ecology. Ecological relationships determine the nature of organisms rather than the other way around.[25]
L’écologie, précipitant la fin d’une conception autistique de l’identité, lui substitue une compréhension selon laquelle les relations sont premières, les organismes venant ensuite comme leurs produits. “L’identité d’un individu – le fait qu’il puisse dire je suis quelque chose – est le résultat de son interaction avec des éléments multiples et variés, organiques et inorganiques” écrit encore Naess (CES, 262). En décrivant la disparition de l’orang-outan comme une amputation de l’humain, le texte de Chevillard hyperbolise la représentation de cette interdépendance ontologique :
Nous sommes faits pour vivre dans la compagnie des orangs-outans, sur un territoire où nous partageons les tâches, où nous échangeons services et compétences, dans une interaction constante. Nos destins sont liés de toute éternité. Si l’un de nous manque, l’autre du même coup perd la moitié de ses membres tandis que double sa besogne. Voilà l’hémiplégique mis à écosser les petits pois. (SOO, 153)
Communauté de vies, de corps, d’émotions aussi (puisque Moindre se souvient des colères qu’il déléguait à Mina), qui finit par brouiller la distinction entre le moi et l’autre, l’humain et l’animal, l’organisme et son environnement. Dès lors, il s’agit de repousser non seulement les frontières de notre “sentiment d’appartenance” mais encore celles par lesquelles nous délimitons notre moi.
10Si Sans l’orang-outan est sans nul doute le récit qui rend le plus visible cette compréhension écologique de l’identité, la plupart des personnages de Chevillard bien au-delà de ce seul texte apparaissent construits selon la même ontologie. Albert Moindre fait à cet égard figure de parangon lorsque dans un court texte intitulé Un cas de zoolâtrie, Chevillard en fait un corps colonisé par la vie animale. Le personnage, apprend-on, a donné des morceaux de sa joue et de sa cuisse à la lionne et à l’antilope, les cigognes nichent dans ses cheveux et il lui manque quelques orteils dont il a nourri les piranhas, insectes et volailles pondent aux creux de ses aisselles et de ses articulations. Le corps du personnage, disséminé, ouvert, partagé, ne fonctionne plus comme frontière, mais au contraire comme une interface d’échanges permettant au je d’être un peu les autres, et vice versa. À l’échelle de l’œuvre entière, l’hybridation apparaît comme une modalité d’être récurrente, un fantasme durable. Le narrateur de Du hérisson, ainsi, se réjouit qu’une épine de vieille ait pénétré son doigt lors d’un accident de pêche et n’en soit jamais ressortie : “Il ne me déplaît pas de savoir mon squelette augmenté de cette arête. Cela fait de moi un triton” (DH 149). À l’ego-self se substitue alors un véritable eco-self, une conception de l’identité qui ne s’arrête plus au moi personnel, ni au corps propre, mais inclut le non-humain dans sa constitution et sa conscience réflexive. L’isolement ontologique du sujet est rompu, cédant la place à la reconnaissance de la situation de co-extensivité dans laquelle il se trouve à l’égard de l’ensemble des créatures qui peuplent l’écosphère.
Chevillard indiscret
11Ultimement, l’objet de la deep ecology est de “réussir à penser l’indistinction entre les êtres humains et la nature – une sorte de continuité fondamentale entre tout ce qui est, un plan d’immanence radical que Arne Naess désigne sous le nom de champ relationnel” (QE 64). Pour Neil Evernden, cette insistance sur l’enchevêtrement de toutes les créatures, parce qu’elle aboutit à la remise en cause du dualisme entre le sujet et l’objet fondateur de la science classique, constitue la raison pour laquelle l’écologie mérite véritablement d’être appelée “subversive”[26] : “The subversive nature of Ecology rests on its assumption of literal interrelatedness”[27]. Or la poétique de Chevillard, qui littéralise et littérarise cette même interrelation en travaillant dans la fable comme dans la langue à faire surgir l’image d’un continuum du vivant, relève à ce titre d’une métaphysique identique à celle de l’écologie profonde.
12Nombreux sont ainsi les protagonistes conçus comme des puissances d’indistinction, passant outre aux barrières des classifications taxinomiques et assumant une hybridité telle qu’ils ne semblent plus s’avancer que comme pures métonymies de l’ensemble biotique. Ainsi :
Rien de plus déconcertant que les empreintes laissées par Crab sur le sable ou la neige […] avec pour commencer la trace large d’un pied gauche nu, puis, légèrement en avant et décalée sur la droite, celle d’un sabot rond, fendu, suivie d’une troisième, tridactyle, puis de beaucoup d’autres, parfois sur plusieurs kilomètres, aussi nettes, plus ou moins profondes, mais toutes différentes, digitées ou non, ovales, griffues, fourchues, palmées, sinueuses […]. (UF 134-135)
Chevillard revisite ici la poétique de l’impersonnel, qui advient non comme négativité, par évidement ou privation, mais comme excès, par une forme d’illimitation ontologique qui peut se révéler aussi bien synchronique que temporelle. Privilégiant une vision plastique de l’être, Chevillard conçoit en effet des personnages à la puissance de métamorphose infinie. Ainsi Palafox est-il successivement soupçonné d’être une étoile de mer, un cerf, un lézard à collerette, une vache, un serpent, un héron, un cheval, un grillon, un crocodile, etc. Semblable figure métastable vient alors infirmer toute pensée des essences immuables, refus dont Pierre Jourde voit un autre symptôme dans la réticence substantive de Chevillard, relevant que dans Palafox “à aucun moment le narrateur ne précise que son personnage devient tel ou tel animal. La différence se limite à l’acte : tantôt il s’envole, tantôt il nage, tantôt il se met à aboyer”[28]. De fait, la nature du personnage ne s’y déduit jamais que d’un événement. Or à cet égard, ce sont encore les termes d’une ontologie écologique qui conviennent le mieux pour décrire les mondes de Chevillard. Comme le rappelle Callicott : “an object-ontology is inappropriate to an ecological description of the natural environment. Living natural objects should be regarded as ontologically subordinate to events, to flow patterns or field patterns” (DLE 108-109). L’essence, et le nom qui la porte, rétabliraient du discontinu dans un tissu de vie que l’écologie saisit d’un seul regard ; aussi les personnages apparaissent-ils plutôt comme des nœuds temporaires, des configurations changeantes évoluant au gré des perturbations de leur environnement. Ainsi des rhumes de Crab :
Au printemps, pour avoir trop longuement respiré le parfum des lilas, il eut les mains changées en grappes de fleurs mauves. Et pour avoir prêté l’oreille au murmure d’un ruisseau […], il vit ses deux jambes se liquéfier et creuser leurs lits divergents dans la prairie.[29]
Éco-sensible jusqu’à devenir co-extensif à son milieu, le personnage n’apparaît pas ici comme une entité autonome, mais comme un devenir allo-déterminé, une caisse de résonance vibrant en eurythmie avec son environnement, de sorte que l’entité Crab ne peut jamais avec assurance être délimitée dans l’espace ni le temps.
13Que ce même héros soit animé par un désir de confusion, par le rêve d’une interpénétration généralisée, ne doit alors pas nous surprendre :
Quand il aura donné à la tortue les ailes du faucon, au faucon les cuisses élastiques de la grenouille, à la grenouille la roue du paon, au paon les bois du cerf, au cerf les pattes du cygne, au cygne la queue du lion, au lion la crête du coq, au coq les yeux du hibou, au hibou les nageoires du saumon, et au saumon la carapace de la tortue, quand il aura redresser les torts, Crab s’estimera satisfait. (ibid. 23)
La concaténation, figure du lien par excellence, unit ici dans une ronde infernale chaque membre de la création en un tressage insécable. Or c’est dans la puissance de fusion manifestée par ces entités que réside leur véritable pouvoir de subversion, pas toujours bien accueilli par l’humain. Ainsi, face aux aptitudes de cohésion témoignées par Palafox tout juste sorti de son œuf, le premier réflexe de la famille Bufoon (manifestement peu encline à suivre les traces du naturaliste qui lui donne presque son nom et qui fut un des premiers à s’élever contre le fixisme des classifications linnéennes) est-il de rétablir la discrétion :
Au milieu des plantes –philodendrons, arums, dauphinelles, aspidistras, palmiers nains, son corps fluet, cylindrique, verdâtre, aux pattes foliacées légèrement duveteuses passait inaperçu. […] Le feu, c’était la solution. Les incendies divisent la faune et la flore. (P 17)
Diviser, c’est-à-dire reconstruire les barrières que l’écrivain s’était attaché à abattre. Semblable désir ne pourra toutefois jamais être que ponctuellement ou superficiellement satisfait, tant il est vrai que la langue elle-même travaille toujours déjà partout à les briser à nouveau.
14De fait, analogie, métaphores, comparaisons ne cessent chez Chevillard de rapprocher et confondre l’humain et le non-humain, l’animal et le végétal. Les pages de jeunesse que brûle le narrateur de Du hérisson sont ainsi, à l’image de l’ensemble de l’œuvre de Chevillard, noircies de lignes qui reproduisent dans l’ordre linguistique l’enchevêtrement des êtres et des espèces. “Le paon se marie à l’église” peut-on y lire, tandis que “le scarabée fréquente un petit cireur de souliers” (DH 74). Images courts-circuits, qui en faisant l’économie de leur propre logique, mettent directement en contact les entités convoquées, ici l’humain et l’animal. C’est en ce sens que les visions de Chevillard, et la langue qui en rend compte, sont in-discrètes : les créatures s’y entrechoquent, s’interpénètrent. Là où nous voyons plusieurs êtres distincts, il ne donne qu’un nom (Palafox, Crab) ; là où nous ne voyons qu’un arbre, il révèle du végétal, de l’animal, un artiste et un athlète, tous liés, participant du même organisme :
À la terminaison de la plus grosse branche du plus impressionnant baobab aussi : un éventail de très fines ramilles. La main du pianiste au bout du bras de l’haltérophile… on ne sait plus ce qu’on est venu applaudir mais vivement que le spectacle commence ! Le baobab a une peau d’éléphant grise, plissée par endroits, et plusieurs trompes. (OR 126)
L’anthropomorphisme doublé ici de thériomorphisme télescope les règnes. La langue réunit et confond, suscitant la vision d’une nature faite d’entités entrelacées, semblable à cet indémêlable “entangled bank”[30] auquel Darwin comparait la vie en conclusion de son traité sur l’origine des espèces.
15Indécidabilité des frontières dans l’espace, instabilité des natures dans le temps entérinent ainsi la péremption d’une ontologie d’objets séparés et achève de démarquer la poétique de l’écrivain du modèle pré-écologique de représentation du monde selon lequel “the world consists of an array of precisely demarcated individual things or substances, which preserve their identity through time, occupy definite positions in space, have their own essential natures independently of their relations to anything else”[31]. En revanche, la pertinence des fictions chevillardiennes pour qui pose sur l’univers le regard de l’écologie elle, se trouve confirmée :
As reflectively represented at mid-century from the point of view of a mature ecological science, the reality seems to be, at the very least, more fluid and integrally patterned and less substantive and discrete than it had been previously represented. (DLE 108)
En guise de conclusion : un écrivain impliqué
16Développant une poétique de la co-présence poussée jusqu’à la représentation d’une co-constitution puis d’une in-discrétion généralisée, les textes d’Éric Chevillard soulignent jusqu’à l’hyperbole les liens unissant humains et non-humains au sein d’un oikos partagé et inclusif, dans lequel l’individu n’existe plus per se mais en vertu des relations qu’il entretient avec son environnement dans le tissu continu du vivant. L’œuvre de l’écrivain, ainsi, ne témoigne pas tant d’un engagement pour ou contre, que d’un engagement avec.
17Bien sûr, la présence du non-humain et en particulier de l’animal obéit chez lui avant tout à des exigences stylistiques et littéraires : pourvoyeur de fables inédites, prétexte à l’exposition d’un vrai-faux savoir encyclopédique, “parfait gibier pour métaphores”[32] enfin. Dans Sans l’orang-outan, la déploration du narrateur s’exerce ainsi largement à l’endroit de la mutilation que la disparition des singes risque de faire subir d’une part au langage (le mot “orang-outan” menace à terme de disparaître) ; d’autre part à l’imagination des hommes (au sens premier du terme, comme capacité à se représenter et former des images) :
Le point de vue de l’orang-outan qui ne comptait pas pour rien dans l’invention du monde […], ce point de vue unique à quoi l’on devait la perception des trilles de tant d’oiseaux chanteurs et celle des premières gouttes d’orage sur les feuilles, ce point de vue n’est plus, vous vous rendez compte. […] C’est tout un pan de réalité qui s’affaisse, une conception complète et articulée des phénomènes qui fera défaut désormais à notre philosophie. (SOO 18)
L’extinction du grand singe entraîne l’extinction d’un point de vue poétique et philosophique sur le monde, néantisant de facto les possibilités d’images et de discours qu’il avait pu susciter chez l’humain. L’inquiétude du narrateur à ce titre, s’applique plutôt à l’endroit d’une bio-logo-diversité, dont l’érosion menace non seulement l’humain mais aussi a fortiori l’écrivain en tant que tel.
18Or, si Chevillard souligne souvent la prévalence littéraire (plutôt que politique) de son souci du non-humain, celle-ci ne doit pas être comprise comme une forme de désengagement mais au contraire d’implication superlative. Ainsi l’environnementaliste américain Paul Shepard, ayant démontré comment d’un point de vue évolutionniste l’humain s’est constitué bien davantage avec que contre les animaux, affirme aussi que l’endroit où une telle co-constitution s’exerce de la manière la plus essentielle n’est autre que l’esprit humain lui-même. La principale raison pour laquelle les humains ont un besoin imprescriptible des animaux, estime-t-il, “is the role of animal images and forms in the shaping of personality, identity, and social consciousness. Animals are among the first inhabitants of the mind’s eye. They are basic to the development of speech and thought”[33]. Si l’animal, et plus largement le non-humain, sert avant tout chez Chevillard à écrire et inventer des formes, des images, s’il est avant tout un outil poétique[34], c’est que l’écrivain reconnaît l’interrelation qui lie son esprit et son art mêmes aux existences animales. Rompre le lien avec les autres créatures, s’entêter dans une ontologie de l’isolement et une métaphysique de “l’exception humaine”[35] constitue à ce titre indissociablement un risque pour l’humanité et pour la littérature.
19Sans doute Éric Chevillard n’est-il pas un écrivain engagé. En revanche, son œuvre révèle une conscience et un sentiment d’implication qui est ce par quoi commence l’écologie :
Ecology has made plain to us the fact that we are enfolded, involved, and engaged within the living, terrestrial environment – that is, implicated in and implied by it. (DLE 101)
Or impliqué, l’écrivain préoccupé par la diversité de sa langue, la richesse de ses images et la créativité de sa pensée ne l’est pas moins que les autres, mais davantage encore.
Marie Cazaban-Maserolles
Université de Poitiers

Notes


[1] Charles Darwin, The Descent of Man, 1871.

[2]Pierre Schoentjes, Ce qui a lieu. Essai d’écopoétique, Marseille, Wildproject, 2015, p. 267.

[3]Voire par cette déclaration : “Nous vivons dans une insouciance totalement irresponsable vis-à-vis des animaux. […] Nous le paierons cher” (Éric Chevillard, “Entretien, Article 11, septembre 2008,).

[4] Outre de nombreuses entrées de L’Autofictif, voir par exemple la description de la pollution du fleuve Niger dans Oreille rouge (65) ou l’éloge réalisé par l’écrivain dans Le Monde des Livres du récit-reportage de Julien Blanc-Gras, Paradis (avant liquidation), dédié à une île menacée par la montée des eaux et le réchauffement climatique.

[5]Éric Chevillard, L’Autofictif; dorénavant AF.

[6]Stéphane-Hicham Afeïssa, Qu’est-ce-que l’écologie, Paris, Vrin, 2009, p. 64 ; dorénavant QE.

[7] Yves-Charles Grandjeat, “La place de l’animal dans la littérature d’environnement américaine”, dans J.P. Engélibert, L. Campos, C. Coquio et G. Chapoutier (éds), La question animale, entre science, littérature et philosophie, PUR, 2011, p. 107-122, p. 110.

[8]Éric Chevillard, qui a accepté de répondre à quelques questions en vue de la rédaction de cet article, a confirmé avoir connaissance du mouvement de la deep ecology (notamment des travaux de Arne Naess dont il a lu l’œuvre maîtresse Écologie, communauté et style de vie) pour lequel il nourrit un intérêt réel mais prudent, l’auteur s’étant déclaré soucieux de ne pas entamer l’innocence de la créativité poétique par un excès d’informations et de connaissances. L’hypothèse de lecture développée dans cet article, qui entend montrer comment la pensée écosophique et la poétique chevillardienne se rencontrent, faisant de la première un outil herméneutique pertinent pour lire la seconde, ne cherche pas à postuler entre les deux un rapport d’influence conscient ou une intentionnalité illustrative quelconque et n’engage pas plus avant l’écrivain. Nous profitons de cette mise au point pour remercier chaleureusement ce dernier pour le temps qu’il nous a accordé.

[9] Voir par exemple la recension par l’écrivain du Bestiaire magique de Dino Buzzati à l’occasion de laquelle Chevillard n’oublie pas d’égratigner en préalablecette littérature anthropocentriste [qui] néglige de belles et pittoresques figures et nous isole encore un peu plus parmi les créatures de ce monde, comme si l’être humain s’était juré de jeter une à une par-dessus bord toutes les bêtes embarquées avec lui dans l’arche” (“L’arche de Dino”, Le monde des livres, 1er mars 2012) ; ou encore ce paragraphe publié dans le troisième volume de L’Autofictif dans lequel l’auteur s’émerveille ironiquement du succès des romanciers en matière d’éradication animale : “Mes confrères parviennent presque tous à écrire des livres sans animaux. [...] J’admire le travail, cette éradication totale de toutes les espèces qui nous disputent indûment notre territoire. Chasseurs, pêcheurs, braconniers, trappeurs et dératiseurs, laissez donc plutôt œuvrer les vrais professionnels : les romanciers.” (L’Autofictif père et fils. Journal 2009-2010, Paris, L’Arbre vengeur, 2011, p. 115).

[10]Éric Chevillard, Le désordre Azerty, Paris, Minuit, 2014, p. 21.        

[11]Éric Chevillard, “Portrait craché du romancier en administrateur des affaires courantes”, R de réel, vol.1, sept-oct.2001.

[12]Éric Chevillard, Du hérisson, Paris, Minuit, 2002/2012, p. 110 ; dorénavant DH.

[13]Voir à ce sujet Isabelle Rabadi, “Palafox & Cie… : l’animal dans l’écriture romanesque d’Éric Chevillard”, dans L. Desblache (éd.), Écrire l’animal aujourd’hui, Clermont-Ferrand, PU Blaise Pascal, 2006, p. 103-112.

[14]Éric Chevillard, “Nets progrès”, publié sur le site Escritores del mundo, 2015.

[15]  Serenella Iovino, “Ecocriticism and a Non-Anthropocentric Humanism”, dans L.Volkmann, N. Grimm et al. (éds), Local Natures, Global Responsabilities, Rodopi, Amsterdam & New York, 2010, p. 44.

[16]“Je dois la dire [ma raison de vouloir écrire], si mon hérisson naïf et globuleux veut bien me laisser un peu de place sur cette page, merci” (DH 65-66).

[17]Éric Chevillard, Palafox, Paris, Minuit, 1990, p. 180-181 ; dorénavant P.

[18]  Donna Haraway, When Species meet, Minneapolis & London, University of Minnesota Press, 2008, p. 3.

[19]Éric Chevillard, Choir, Paris, Minuit, 2010, p. 21 ; dorénavant C.

[20]Éric Chevillard, Oreille rouge, Paris, Minuit, 2005, p. 156-7 ; dorénavant OR.

[21]Arne Naess, Écologie, communauté et style de vie, trad. C. Ruelle, Paris, éditions MF, 2013, p. 269 ; dorénavant ECS.

[22]Éric Chevillard, Un fantôme, Paris, Minuit, 1995, p. 49-50 ; dorénavant UF.

[23]Éric Chevillard, Sans l’orang-outan, Paris, Minuit, 2007, p. 40 ; dorénavant SOO.

[24]Quelques semaines plus tard, paraissait également dans Le Monde des Livres l’éloge par l’écrivain d’un ouvrage de Karen Shanor & Jagmeet Kanwal, Les souris gloussent, les chauves-souris chantent, développant l’idée que le monde estun royaume de forces interactives à tous les niveaux, depuis une entité subatomique jusqu’à la personne ou l’animal dans sa totalité, jusqu’à un groupe ou une cosmologie entière”. Chevillard ajoutait alors : “Nous avons peine à croire que la disparition de l’ours polaire puisse affecter nos existences et pourtant, de proche en proche, tout l’écosystème s’en trouvera bouleversé” (Le Monde des livres, 4 juin 2015).

[25]  John Baird Callicott, In Defense of the Land Ethics. Essays in Environmental Philosophy, Albany, SUNY Press, 1989, p. 87 ; dorénavant DLE.

[26]En référence à l’ouvrage de Shepard et McKinley : The subversive science. Essays towards an ecology of man, Boston, Houghton Main Company, 1969.

[27]  Neil Evernden, “Beyond Ecology. Self, Place, and the Pathetic Fallacy”, dans C. Glotfelty & H. Fromm (éds), The Ecocriticism Reader, Athens & London, The University of Georgia Press, 1996, p. 92-104, p. 103 ; dorénavant BE.

[28]Pierre Jourde, “Crab ou la pêche au gros”, Poétiques de l’indéterminé. Le caméléon au propre et au figuré, V.-A. Deshoulieres (éd.), Clermont-Ferrand, PU Blaise Pascal, 1998, p. 453-468, p. 457.

[29]Éric Chevillard, La nébuleuse du Crabe, Paris, Minuit, 1993, p. 109.

[30]  Charles Darwin, On the Origin of Species by Means of Natural Selection, New York, D. Appleton & Company, 1864, p. 425.

[31]  Anthony Quinton, “The Right Stuff”, The New York Review of Books 32, 1985, cité par Callicot, DLE : 105.

[32]Éric Chevillard, “Entretien”, Article 11, op. cit.

[33]  Paul Shepard, Thinking animals. Animals and the development of human intelligence, New York, Viking Press, 1978, p. 2.

[34]À l’image de cet oiseau dont le narrateur d’Oreille rouge est tenté de s’inspirer : “Puis un martin-pêcheur soudain se laisse choir du ciel comme une pierre, la vitre du fleuve vole en éclats et l’oiseau n’a plus qu’à se servir en poisson. Oreille Rouge se demande comment adapter cette technique aux spécificités de la littérature” (OR 119).

[35]Jean-Marie Schaeffer, La fin de l’exception humaine, Paris, Gallimard, 2007.






2012 | Revue critique de fixxion française contemporaine |  (ISSN 2033-7019)  |  Habillage: Ivan Arickx |  Graphisme: Jeanne Monpeurt
Sauf indication contraire, textes et documents disponibles sur ce site sont protégés par un contrat Creative Commons CClogo