Redistribuer la cartographie du sujet houllebecquien : écopoétique et ‘groupe-sujet’ dans “La possibilité d’une île” et “La carte et le territoire”

Sylvain Montalbano

Résumé


L’œuvre romanesque de Michel Houellebecq présente une dystopie, présente et à venir, où ni l’écosystème ni la nature humaine ne sont épargnés. Bien que ces textes font de plus en plus l’objet d’une réflexion sur la frontière ténue entre post-humanisme et animalité, on s’est toutefois peu intéressé à l’interaction entre écosystème, transformation du sujet humain, et celle des rapports sociaux qui s’y réfractent. Le corpus houellebecquien met en scène une triple détérioration simultanée – écologique, sociale et mentale et son évolution dans la durée – celle-là même que Felix Guattari prédisait dans son essai Les trois écologies. En prenant l’essai de Guattari comme point d’entrée pertinent dans l’œuvre, cet article s’attachera à dégager comment une infiltration inédite du domaine naturel et topographique dans la gestion des corps, dans la mise à disposition ou non d’affects délimités en arrive à transformer la manière dont on se considère comme sujet.  A travers  la lecture de La possibilité d’une île et de La carte et le territoire, on montrera ainsi que Houellebecq délimite les contours d’une nouvelle organisation du devenir-sujet en remettant en cause le rôle et la marge d’action des individus dans les domaines ontologique, sociopolitique, philosophique, voire psychiatrique – et ce en intéraction ténue avec les modifications des espaces naturels. C’est paradoxalement le texte littéraire et l’œuvre d’art, dont les conditions de productions et l’utilité changent avec la triple détérioration produite par l’annexion technoscientifique des territoires écologiques, qui permettront aux personnages houellebecquiens de se subjectiver – non plus en tant qu’individus, mais sous la forme que Guattari appelle le « groupe-sujet ».  Aussi dystopique que soit l’œuvre de Houellebecq, nous suggérons ici qu’elle procède elle aussi à une écopoétique distincte, où le texte littéraire devient la nécessaire jointure dans le continuum entre écosystème et sujet humain.

 


Mots-clés


Houellebecq; écopoétique; groupe-sujet; Guattari

Texte intégral :

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2012 | Revue critique de fixxion française contemporaine |  (ISSN 2033-7019)  |  Habillage: Ivan Arickx |  Graphisme: Jeanne Monpeurt
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