1984-2016 : 32 ans de best-sellers en France
1 L’étude des best-sellers est parfois un peu décevante en ce que les livres qui se vendent le plus sont toujours un peu les mêmes et rarement ceux qui suscitent le plus de curiosité ou d’intérêt littéraire. Pourtant, il en va des best-sellers comme de la plupart des produits culturels populaires, ils représentent quoi qu’on en pense le reflet d’une culture partagée. Ils constituent également ce qui permet à l’édition, en tant qu’industrie, de continuer à exister grâce aux bénéfices engendrés.
2 Il existe beaucoup d’articles dans des périodiques grand public ou professionnels mais quasiment pas de travaux universitaires sur les best-sellers[1]. Cela est sans doute dû en grande partie à la rareté des sources les concernant. En effet, avant 2004 et la mise en ligne d’Edistat[2], seul Livres Hebdo, hebdomadaire des professionnels du livre, proposait, depuis 1984, une compilation annuelle de meilleures ventes. Afin de pouvoir produire des données chiffrées sur ces meilleures ventes, nous avons constitué une base de données en partant de ces compilations. En plus des informations disponibles dans Livres Hebdo (référence de l’ouvrage, genre, nombre d’exemplaires vendus, année), nous avons décidé de faire figurer d’autres informations dans la base pour chaque livre recensé : données sur l’auteur mais aussi sur le contexte (prix littéraire, adaptation cinématographique…) afin de pouvoir tester des hypothèses sur les raisons du succès. Cette base a permis une première étude couvrant la période 1984-2004[3]. Nous avons décidé de la compléter afin de couvrir une période plus large allant de 1984 à 2016. Pour les 32 dernières années, nous avons traité 671 fiches de best-seller. L’objectif de cet article est de caractériser les best-sellers au cours de cette période, de voir ce qu’ils sont et, en utilisant notamment les informations contextuelles, ce qui peut expliquer la raison de leur présence parmi les meilleures ventes.
3 Dans un premier temps, après quelques éléments contextuels sur l’édition en France au cours des 30 dernières années, seront données une définition de ce qui sera ici considéré comme un best-seller ainsi que la méthodologie utilisée afin de les recenser. Ensuite, nous détaillerons les caractéristiques des best-sellers français au cours des 32 dernières années avant de présenter un rapide panorama par genre de leur évolution au cours de cette période.
Éléments contextuels et méthodologiques
4 Les best-sellers font partie de la production éditoriale globale et celle-ci a subi de fortes évolutions au cours de la période étudiée, il nous a donc semblé nécessaire de présenter ces évolutions à grands traits. Il est également nécessaire, avant de traiter des best-sellers, de définir quel sens aura ici cette expression ainsi que les méthodes employées dans ce travail.
Les grandes tendances de l’évolution de l’édition
5 Quelques chiffres permettent de donner une rapide idée de l’évolution du secteur de l’édition au cours des 30 dernières années[4].
Tableau 1 : Évolution des chiffres-clés de l’édition en France de 1985 à 2015-2016 [6]
  1985 1995 2004 2015-2016 1985-2015
Production en nombre de titres 29068 45127 65345 106760 267,28%
     dont nouveautés et nv éds 15276 22953 33556 44185 189,24%
     dont réimpressions 13792 22174 31789 62575 353,71%
Titres dico/ encyclopédie 473 623 635 512 8,25%
     dont nouveautés 129 197 346 252 95,35%
Titres romans adultes 6948 9429 12601 18756 169,95%
     dont nouveautés 3438 2977 5641 8065 134,58%
Titres livres jeunesse + BD 4821 6029 9929 13677 330,16%
     dont nouveautés 2060 2372 4719 6076 370,68%
Titres BD --[5] 1170 3475 7061  
     dont nouveautés   418 1875 3620  
Livres pratiques 3272 5734 6266 9323 184,93%
     dont nouveautés et nv éds 1950 2364 3228 5306 172,10%
Production en milliers d’exemplaires 365756 409354 512300 535576 46,43%
     dont nouveautés et nv éds 208723 232469 305854 327164 56,75%
     dont réimpressions 157033 176886 206446 208412 32,72%
Tirages moyens 12417 8991 7840 5017 -59,60%
Concernant le nombre d’exemplaires vendus, cette donnée n’est pas systématiquement communiquée par le SNE (Syndicat National de l’Édition) qui privilégie l’évolution du chiffre d’affaires. En nous appuyant sur cette citation : “Le nombre d’exemplaires vendus a progressé de 300 millions au début des années 1990 à 441 millions en 2011”[7], nous pouvons calculer une augmentation de 68% des ventes entre 1990 et 2011.
6 Ainsi donc, pour résumer : au cours des 30 dernières années, le nombre de titres produits a augmenté de plus de 260%, celui du nombre d’exemplaires produits de 46% et ce alors que le tirage moyen baissait de 56%. Les genres qui ont le plus progressé sont la littérature jeunesse et la BD.
Le nombre de titres disponibles a augmenté beaucoup plus que les ventes, ce qui se traduit donc par un tirage moyen en baisse et implique qu’en moyenne chaque titre se vend moins qu’il y a 30 ans. La multiplication des titres aboutit en revanche à une saturation qui conduit les libraires à se retrouver noyés par l’arrivée incessante de nouveautés toujours plus nombreuses et donc à garder de moins en moins longtemps les livres en magasin. Ces nombreux retours entraînent un pilonnage massif d’ouvrages n’ayant pas eu le temps de trouver leur public. Cela n’est pas à négliger : non seulement un ouvrage a moins de chances qu’auparavant de pouvoir émerger par le bouche à oreille qui demande du temps, mais face à l’offre pléthorique, les lecteurs peuvent aussi avoir tendance à se diriger vers ce qu’ils connaissent déjà plutôt que d’affronter la masse des nouveautés. Les chiffres moyens de tirage et de vente de 2015-2016 vont en ce sens, montrant un tirage moyen de 5628 exemplaires (en hausse de 6,1% par rapport à l’année précédente) pour une vente moyenne de 4291 exemplaires (en hausse de 4% par rapport à l’année précédente). Il est logique que les tirages moyens soient plus importants que les ventes moyennes mais la différence semble significative puisque cela correspond à 1337 exemplaires en moyenne pour l’ensemble des catégories éditoriales.
7 Précisons enfin que ces 3 dernières décennies sont également marquées par deux mouvements importants : les gens lisent de moins en moins de livres[8] et l’offre (qui a toujours été importante puisqu’un libraire a toujours été en mesure de commander un livre disponible même s’il ne l’avait pas en magasin) s’est modifiée avec l’émergence des librairies en ligne[9]. Il ne s’agit pas ici de parler des livres électroniques, phénomène mineur qui ne générera sans doute pas la révolution annoncée depuis la fin des années 90, mais des librairies en ligne qui vendent des ouvrages imprimés. Cela peut jouer sur ce qui est le plus souvent appelé la “longue traîne”[10] : tous les ouvrages disponibles (comme de très nombreux ouvrages d’occasion) sont proposés, ce qui permet aux lecteurs d’accéder directement à un nombre considérable d’ouvrages (le 25 avril 2017, 779 888 livres sont disponibles en version imprimée[11], c’est-à-dire peuvent être commandés neufs chez leur éditeur et trouvés directement sur la plupart des sites de vente en ligne). Ce second mouvement est intéressant au sens où il aurait pu se traduire par l’étalement des choix d’achats, voire l’émergence de livres peu connus, mais la liste des meilleures ventes des sites en ligne reste extrêmement proche de la liste générale des meilleures ventes. Si la longue traîne est effective, l’accès facilité à l’ensemble des livres disponibles ne modifie pas la liste des titres les plus prisés.
Qu’est-ce qu’un best-seller ?
8 Il n’y a pas vraiment de définition du best-seller. Si l’on s’en réfère au marché de l’édition, il paraît naturel de modifier ces définitions en fonction du genre de l’ouvrage : un beau livre deviendra une meilleure vente avec beaucoup moins d’exemplaires vendus qu’une BD. Néanmoins, dans la perspective d’étudier les ventes de l’ensemble des livres en France, il a été fait ici le choix arbitraire de considérer comme un best-seller tout ouvrage vendu à plus de 200 000 exemplaires[12] en une édition et au cours d’une année civile. Il sera donc question de livres ayant vraiment remporté un très grand succès, et cela conduira à l’élimination, de fait, de certaines catégories éditoriales qui n’atteignent jamais ces chiffres, ou ne les atteignent qu’exceptionnellement : livres scientifiques et beaux livres notamment. Même au sein des catégories qui génèrent le plus de ventes, un chiffre de 200 000 exemplaires est chose rare : la vente moyenne d’un roman contemporain en nombre d’exemplaires est de 5661 exemplaires en 2014-2015[13]. Cette définition, dont l’intérêt principal réside dans la simplicité, prendra donc en compte l’ensemble des catégories éditoriales de la même manière, seul le chiffre de vente est déterminant.
9 Il n’existe pas pour les livres de chiffres des ventes pour une année avant 1984. C’est à cette date que Livres Hebdo publie pour la première fois une liste annuelle des ventes de livres. Les chiffres sont obtenus en extrapolant les ventes selon un panel de lieux de ventes représentatifs et peuvent être corrigés ou enrichis en fonction de données communiquées par les éditeurs. Cette compilation annuelle (des classements des ventes à la semaine sont disponibles également et l’ont été avant 1984 dans Livres Hebdo et dans l’Express) restera la seule source disponible jusqu’en 2004 et la mise en ligne d’Edistat, les statistiques des ventes de livres en France, ressource payante mise en place par Gfk selon un échantillon représentatif de lieux de ventes.
10L’utilisation de la compilation annuelle de Livres Hebdo afin de constituer une base de données entraîne de nombreux biais : les ventes sont recensées pour une édition, donc les ventes d’un même titre en plusieurs éditions – grand format, poche, compilation – ne seront pas cumulées, ce qui peut entraîner son non-référencement si aucune des éditions ne passe la barre des 200 000 exemplaires vendus. À l’inverse, si plusieurs éditions passent le cap des 200 000 exemplaires, chacune sera prise en compte indépendamment. Ensuite, les ventes portent sur une année civile, donc un titre édité en décembre ne sera pris en compte que pour un mois (ou ne sera pas pris en compte si les ventes au cours de cette période restent en deçà de 200 000 exemplaires) ; si les ventes se poursuivent l’année suivante à un rythme important, les deux années ne seront pas cumulées mais le même ouvrage sera référencé deux fois (ou, si lors de la nouvelle année, les ventes restent sous le seuil fixé, il ne sera pas référencé du tout). Il ne faut sous-estimer ni le nombre d’éditions disponibles en même temps pour un même titre (par exemple Guillaume Musso a écrit 15 romans, ce qui correspond à 39 livres actuellement disponibles, 2 à paraître dans de nouvelles éditions et 41 épuisés[14]), ni la présence d’un même ouvrage plusieurs années de suite dans les meilleures ventes (Harry Potter à l’école des sorciers par exemple apparaît depuis de longues années dans la liste des livres les mieux vendus ; comme ce dernier exemple le suggère également, un roman en plusieurs tomes entraînera une prise en compte différenciée de chacun des tomes sans cumul). Le fait que les bandes dessinées ne soient généralement disponibles que dans une édition (sans sortie en poche) leur donne un avantage puisque les ventes ne se répartissent pas entre les éditions mais les privent du “second souffle” que trouvent les romans lors de leur sortie dans une édition à plus petit prix.
11L’ensemble de ces limites peut sembler préjudiciable à la présente étude, mais il était impossible de faire autrement pour le début de la période étudiée (jusqu’en 2004) puisque ces limites découlent directement de la manière dont les données sont présentées par Livres Hebdo. Le fait de continuer à utiliser Livres Hebdo même après la mise en place d’Edistat s’explique par la volonté de poursuivre l’enrichissement de la base de données originelle et de pouvoir comparer des données de même nature de 1984 à 2016.
12Le biais retrouvé le plus souvent est la présence du même livre dans les meilleures ventes plusieurs années de suite. Il aurait éventuellement été envisageable de corriger celui-ci mais cela aurait entrainé d’autres problèmes dans le traitement statistique : par exemple, si l’on veut obtenir des résultats fiables sur le nombre d’ouvrages jeunesse présents parmi les best-sellers, il est impossible de ne pas prendre en compte chaque apparition d’un tome de la série Harry Potter. C’est ainsi que Joanne K. Rowling infléchit, à elle seule, les chiffres dans cette catégorie. Il n’en demeure pas moins que le poids d’Harry Potter, son phénoménal succès et sa longévité ne peuvent être minimisés ou négligés.
13Enfin, une dernière limite importante liée à la source exploitée ici est qu’elle permet avant tout de mesurer les ventes immédiates, et prend mal en compte les long sellers[15]. De même, le fait de compter les ventes titre par titre rend invisible les auteurs dont l’ensemble ou une partie importante des titres font partie de ces long sellers. On trouve un exemple particulièrement frappant avec le cas de Françoise Bourdin. Bien qu’étant l’un des auteurs les plus vendus, elle n’apparaît pas dans notre base. Lors de leur sortie, ses livres se vendent bien (mais en dessous du seuil fixé dans les conditions fixées) ; surtout, ils se vendent longtemps, ce qui ne peut pas être mesuré par notre base si ces ventes sont en deçà de 200 000 exemplaires en un an pour une édition. Signalons également le cas des séries telles que celles publiées par Harlequin dont les ventes nous échappent à plusieurs titres : d’abord en raison de la multiplication des titres qui dispersent les ventes, ensuite en raison des lieux de vente : longtemps hors des librairies traditionnelles, ces livres se vendaient surtout dans les supermarchés qui n’ont pas toujours fait partie du panel.
14Une dernière précision : les données issues de Livres Hebdo, surtout les plus anciennes, sont lacunaires. Ne sont pas recensés dans les meilleures ventes au début de la période les ouvrages jeunesse, les bandes dessinées, les livres pratiques, pas plus que les romans policiers. De plus, le nombre d’exemplaires vendus n’est pas non plus toujours donné, ou alors il prend la forme de cumul (édition originale à laquelle sont ajoutées les éditions en club, prise en compte de plusieurs années civiles dans le chiffre de vente communiqué, nombre d’exemplaires tirés et pas forcément vendus). Il est également possible que des erreurs se soient glissées lors de la saisie. Il s’agit donc ici d’identifier des tendances générales.
15Enfin, aux informations présentes sur Livres Hebdo ont été ajoutées d’autres données (le livre a-t-il reçu un prix littéraire ? lequel ? un prix public ? lequel ? a-t-il fait l’objet d’une adaptation cinématographique ? quand ? est-il inclus dans une série ? son auteur est-il un homme ou une femme ? quelle est sa nationalité ?). Comme cela a été dit plus haut, l’idée était de tester un certain nombre d’hypothèses sur les raisons du succès de ces ouvrages aux ventes exceptionnelles. Pour trouver ces données les sources utilisées ont été multiples : catalogue général de la BNF, site Allociné, site de l’Académie Goncourt, Electre pour ne donner que des exemples. Ici aussi des erreurs sont possibles, notamment pour les fiches les plus anciennes.
Caractéristiques des best-sellers
Nous nous intéresserons dans un premier temps aux caractéristiques des ouvrages eux-mêmes : genre, édition, format, avant de détailler leurs auteurs. Ensuite, nous verrons si des éléments extérieurs choisis en fonction d’hypothèses préalables ont, ou pas, un poids dans les raisons du succès de ces ouvrages.
Les livres
Le genre
Tableau 2 : Répartition des best-sellers par genre
Genre Nb. cit. Fréq.
roman adulte 285 42,5%
roman jeunesse 36 5,4%
polar 74 11,0%
SF/ fantasy 18 2,7%
essai/ témoignage/ document 71 10,6%
dico/ guide 49 7,3%
livre pratique 14 2,1%
beau livre 3 0,4%
doc jeunesse 1 0,1%
BD 98 14,6%
humour 16 2,4%
recueil de nouvelles 6 0,9%
TOTAL fiches 671 100%
16À propos du classement des ouvrages dans les différents genres, nous nous sommes fondée sur le choix des éditeurs, c’est-à-dire que seront classés en littérature générale des romans publiés dans des collections de littérature “blanche” sans tenir compte de leur contenu éventuellement plutôt fantastique (Et si c’était vrai… de Marc Levy) ou policier (Un avion sans elle de Michel Bussi ou La vérité sur l’affaire Harry Québert de Joël Dicker). Ce choix a été fait afin de rester en conformité avec les autres sources disponibles (Statistiques de l’édition du SNE, Electre) ainsi que dans un souci de simplicité et d’objectivité.
17Comme le montre le tableau ci-dessus, les best-sellers sont avant tout et très largement des romans adultes à 42,5%, puis des BD à 14,6%, des romans policiers à 11%, des essais/témoignages/documents à 10,6%, les dictionnaires et guides à 7,3% et enfin des romans jeunesse à 5,4 %. Les catégories les moins représentées sont les romans de SF et de fantasy à 2,7%, les livres d’humour à 2,4% et les livres pratiques qui ne représentent que 2,1% des best-sellers. Il faut considérer ici la prise en compte insuffisante des livres jeunesse, des BD et des romans de genre au tout début de la période étudiée.
18Si l’on compare ces chiffres avec la représentation des différents genres dans la production éditoriale globale en 2015-2016, on constate que les romans contemporains ne représentent que 10,7% des titres produits, les policiers 2,7% pour les grands formats mais 22,9% des poches, les essais 6,4%, les livres jeunesse 14,4%, les BD 6,4% et les livres pratiques 9,5%. Ainsi les romans contemporains et les BD (dont, rappelons-le, le nombre de titres a augmenté de manière exponentielle au cours de la période étudiée) sont beaucoup plus représentés dans les best-sellers que dans l’ensemble de la production éditoriale en nombre de titres, alors que les autres genres littéraires sont proportionnellement moins présents dans les best-sellers qu’ils ne le sont dans l’ensemble de la production.
19La “littérature de genre” est avant tout représentée par les romans policiers. Comme cela a déjà été dit, le genre a été déterminé en fonction du choix de l’éditeur, ce qui ne correspond pas toujours au contenu de l’ouvrage. Malgré tout, la suprématie en nombre de titres, d’exemplaires produits et vendus comme de lecteurs déclarés du roman policier parmi ce que l’on a longtemps nommé la littérature de gare est indéniable.
Tableau 3 : Répartition des best-sellers par genre et par période
Année meilleure vente
Genre
1984-1994 1995-2005 2006-2016 TOTAL
roman adulte 39,7% 27,0% 59,8% 42,5%  
jeunesse 0,5% 10,4% 4,5% 5,5%  
polar 3,8% 12,9% 14,6% 11,0%  
SF/ fantasy 0,5% 7,1% 0,0% 2,7%  
essai/ témoignage/ document 18,5% 8,3% 6,9% 10,6%  
dico/ guide 20,7% 4,6% 0,0% 7,3%  
livre pratique/ beau livre 2,2% 2,1% 3,3% 2,5%  
BD 10,3% 24,9% 7,7% 14,6%  
humour 3,8% 1,2% 2,4% 2,4%  
recueil de nouvelles 0,0% 1,7% 0,8% 0,9%  
20Si nous nous intéressons maintenant à l’évolution au cours des trois dernières décennies, nous pouvons remarquer que les romans contemporains adultes sont plus présents dans la période la plus récente. Les romans jeunesse sont plus présents à partir de la sortie des Harry Potter. Les BD étaient plus présentes au cours de la période 1995-2005. Cela est sans doute dû principalement à la présence plus importante de BD jeunesse dont la série des albums de Zep mettant en scène Titeuf et sa bande de copains qui se sont exceptionnellement bien vendus et dont la publication a été la plus intense et la plus régulière entre 1995 et 2005 (3 titres entre 1992 et 1994, 7 entre 1995 et 2005, 4 après 2005). Ajoutons à cette série d’autres titres de BD jeunesse qui se vendent toujours, mais à des niveaux moindres, peut-être en raison de l’augmentation du nombre de titres disponibles. Les dictionnaires et les guides qui se vendaient très bien dans les années 80 et 90 ont cessé d’accéder à ce niveau de vente depuis, l’émergence du web, du web collaboratif (surtout de Wikipédia), des smartphones, de TripAdvisor et des GPS les ayant rendus obsolètes pour une partie toujours croissante de la population. C’est ainsi que le Quid (qui a d’ailleurs définitivement arrêté de paraître depuis 2007, année de la dernière édition), Le Petit Larousse, les Guides Michelin, les atlas routiers mais aussi les Livres Guiness des Records sont sortis de ce niveau de vente alors qu’ils y accédaient, pour certains régulièrement, à des périodes antérieures.
21La SF/fantasy, peu représentée dans notre base, subit à plein l’influence de Bernard Werber et du Seigneur des anneaux, quasi seuls pourvoyeurs de meilleures ventes au cours de la période 1995-2005 qu’aucun titre de cette catégorie n’est venu remplacer. Pour les nouvelles, même si Anna Gavalda n’est pas la seule auteure de cette catégorie à figurer ici, c’est le succès de Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part qui fait à lui seul varier ce taux dans cette catégorie de best-sellers très pauvre en nombre de titres.
Les éditions et les formats
22Gallimard, Gallimard jeunesse, Pocket, XO et Robert Laffont sont très présents. On voit l’émergence d’Actes Sud au cours de la période la plus récente avec le très gros succès de Millenium, mais aussi avec Le Charme discret de l’intestin de Guilia Enders ou Boussole de Mathias Énard, prix Goncourt 2015.
Tableau 4 : Répartition des best-sellers
en fonction de leur réédition
Réédition Nb. cit. Fréq.
Ø[16] 57 8,5%
non 199 29,7%
oui 415 61,8%
TOTAL fiches 671 100%
2361,8% des best-sellers recensés ne sont pas des rééditions. Généralement, les rééditions concernent des passages en livre de poche. C’est le cas pour les romans adultes qui se vendent souvent en poche et pour la littérature policière. Il existe quelques cas d’ouvrages parus directement en format poche (les 3 premiers tomes d’Harry Potter chez Gallimard Jeunesse, quelques titres de romans policiers). Enfin, il y a également des rééditions en grand format soit d’ouvrages anciens, soit d’ouvrages plus récents par exemple lors de la sortie d’une adaptation cinématographique.
Comme nous l’avons dit, le plus souvent, les rééditions correspondent à des passages en format poche. Quelle part a ce format dans l’ensemble des best-sellers recensés ?
Tableau 5 : Répartition des best-sellers en fonction de leur format
Broché/ Poche Nb. cit. Fréq.
Ø 8 1,2%
broché 441 65,7%
poche 222 33,1%
TOTAL fiches 671 100%
24On a fusionné avec les poches les ouvrages inclus dans la collection “livre à 10 F” (maintenant “livre à 2 euros”) de chez Librio. S’y trouvent quelques grands succès dont, par exemple, Paroles de poilus et, surtout, l’édition de La Ligne Verte de Stephen King sous la forme d’un feuilleton : un chapitre pour un Librio chaque mois pendant 6 mois. Nous pouvons noter le succès actuel de Calendar Girl sur un principe équivalent (un tome par mois pendant un an à un prix attractif : 9,95 euros par tome). Pour l’instant cette série rencontre le succès. Il sera intéressant de voir si cela tiendra jusqu’à la fin de l’année.
25Qu’en est-il de la part des livres de poche dans l’ensemble de la production éditoriale ? En 1985, les livres de poche représentaient 19,2% de la production en titres[17]. Cela était toujours le cas en 2015-2016. Ce taux a atteint 26,7% en 1995[18] avant de baisser à 22,7% en 2004[19]. De 1990 à 2004, la production en titres et les ventes en exemplaires ont toutes deux augmenté. Seul le tirage moyen a baissé, passant de 13 515 à 10 755[20] exemplaires par titre. Dans l’ensemble de la production éditoriale en 2015-2016, les éditions en poche représentent 19,2% des titres produits, 23,3 % des exemplaires produits et 23,6 % des exemplaires vendus. Ces chiffres varient énormément en fonction de la catégorie éditoriale.
Il est intéressant de voir que nos best-sellers sont plus souvent en format poche que l’ensemble de la production éditoriale : 33,1% pour environ 22% sur l’ensemble de la période. L’image du best-seller comme étant avant tout un livre grand format qui se vend principalement lors de la sortie est donc en partie erronée. Les sorties en poche semblent, elles aussi, largement attendues et plébiscitées. Cela est à rapprocher d’un autre phénomène qui sera détaillé plus bas, celui des auteurs “abonnés” : certains lecteurs doivent ainsi attendre, tous les ans, la sortie en livre de poche du Levy, Musso ou Mary Higgins Clark de l’année précédente.
26Si nous détaillons en fonction des genres, nous pouvons voir que les romans adultes et les policiers best-sellers sont presque autant en poche qu’en grand format. Ces romans sont, par ailleurs, les catégories éditoriales les plus présentes dans l’offre globale dans ce format.
Tableau 6 : Répartition des best-sellers en fonction de leur genre et de leur format
Broché/ Poche
Genre
Ø broché poche TOTAL
roman adulte 1,4% 52,3% 46,3% 100%  
jeunesse 2,7% 62,2% 35,1% 100%  
polar 0,0% 51,4% 48,8% 100%  
SF/ fantasy 0,0% 22,2% 77,8% 100%  
essai/ témoignage/ doc. 1,4% 84,5% 14,1% 100%  
dico/guide 0,0% 100% 0,0% 100%  
livre pratique 0,0% 57,1% 42,9% 100%  
beau livre 0,0% 100% 0,0% 100%  
BD 1,0% 98,0% 1,0% 100%  
humour 6,3% 56,3% 37,5% 100%  
recueil de nouvelles 0,0% 33,3% 66,7% 100%  
TOTAL 1,2% 65,7% 33,1% 100%  
En revanche, les ouvrages jeunesse sont également un peu plus souvent dans la liste des best-sellers en format poche qu’en grand format. Notons que ce n’est pas le cas pour l’ensemble de la production éditoriale où les ouvrages jeunesse sont très majoritairement commercialisés en grand format ; mais cela correspond surtout à la présence, dans cette catégorie, des livres jeux, albums pour enfants, etc. Ici, les ouvrages jeunesse qui ont atteint le seuil de vente suffisant sont avant tout des romans adolescents (particulièrement Harry Potter) qui ont bien fait l’objet d’une édition au format de poche. Les BD n’existent quasiment pas en format poche et donc ne peuvent pas se vendre sous ce format. Quant aux essais/témoignages/documents, le format poche est plutôt plus représenté parmi les best-sellers que dans l’ensemble de la production éditoriale.
27Le prix n’a pas été pris en compte lors de la création de la base de données. Pourtant, le poids des livres de poche parmi les best-sellers tend à supposer son importance dans la décision d’achat. On peut également noter le succès de fascicules d’un prix limité et d’une lecture rapide dans nos meilleures ventes : Matin Brun de Franck Pavloff (6 francs, 10 p.) et Indignez-vous ! de Stéphane Hessel (3 euros, 29 p.). Nous ne suggérons pas ici que c’est parce que ces deux ouvrages étaient courts et peu chers qu’ils ont eu du succès mais seulement que leur format et leur prix ont pu contribuer à l’importance de celui-ci.
Les auteurs
28Nous avons rassemblé des données sur les auteurs des best-sellers recensés et les avons ajoutées à chaque fiche de livre. Nous avions ainsi l’intention de mieux les cerner. Les données portent principalement sur le sexe et la nationalité des auteurs. Nous avons également pris en compte un éventuel second auteur mais la rareté des ouvrages collectifs nous a conduit à ne pas en rendre compte. Dans presque tous les cas, les ouvrages concernés sont des BD et le second auteur est un homme, le plus souvent belge ou français.
Une question s’attachait à la profession de l’auteur mais elle ne présente pas de résultats très intéressants : les romanciers étant plus que fortement majoritaires, on trouve à leurs côtés des journalistes (comme Marc Benhamou), quelques “people” (comme Brigitte Bardot) et de rares médecins (comme David Servan Schreiber).
Sexe de l’auteur
Tableau 7 : Sexe de l’auteur en fonction du genre des best-sellers
Sexe auteur
Genre
Ø[16] Homme Femme TOTAL
roman adulte 0,0% 68,4% 31,6% 100%  
jeunesse 2,7% 32,4% 64,9% 100%  
polar 0,0% 52,7% 47,3% 100%  
SF/ fantasy 0,0% 100% 0,0% 100%  
témoignage 0,0% 50,0% 50,0% 100%  
essai 0,0% 80,6% 19,4% 100%  
document 4,0% 68,0% 28,0% 100%  
dico 56,3% 43,8% 0,0% 100%  
guide 94,1% 0,0% 5,9% 100%  
livre pratique 0,0% 90,0% 10,0% 100%  
beau livre 0,0% 100% 0,0% 100%  
BD 1,0% 99,0% 0,0% 100%  
autre 20,0% 60,0% 20,0% 100%  
humour 0,0% 54,5% 45,5% 100%  
recueil de nouvelles 16,7% 33,3% 50,0% 100%  
TOTAL 5,8% 67,7% 26,5% 100%  
Les auteurs de romans adultes sont très majoritairement des hommes (66,9 %) ainsi que les auteurs d’essais/témoignages ou documents (71,4 %). Les femmes sont majoritaires parmi les auteurs de romans jeunesse (attention à l’effet Harry Potter). Enfin, les auteurs de BD sont tous des hommes.
Nationalité de l’auteur
Tableau 8 : Nationalité de l’auteur en fonction du genre des best-sellers [21]
Nationalité auteur
Genre
Ø France États-Unis Angleterre autre Europe autre monde TOTAL
roman adulte 0,4% 75,8% 10,2% 2,5% 7,7% 3,5% 100%  
jeunesse 5,4% 13,5% 18,9% 56,8% 5,4% 0,0% 100%  
polar 0,0% 16,2% 68,9% 5,4% 9,5% 0,0% 100%  
SF 0,0% 41,7% 58,3% 0,0% 0,0% 0,0% 100%  
fantasy 0,0% 0,0% 0,0% 100% 0,0% 0,0% 100%  
essai/ témoignage/ document 2,8% 76,1% 7,0% 1,4% 7,0% 5,6% 100%  
dico/ guide 16,3% 83,7% 0,0% 0,0% 0,0% 0,0% 100%  
livre pratique 7,1% 85,7% 0,0% 0,0% 0,0% 7,1% 100%  
beau livre 0,0% 100% 0,0% 0,0% 0,0% 0,0% 100%  
BD 3,1% 37,8% 0,0% 0,0% 59,2% 0,0% 100%  
humour 6,3% 81,3% 0,0% 0,0% 6,3% 6,3% 100%  
recueil de nouvelles 16,7% 83,3% 0,0% 0,0% 0,0% 0,0% 100%  
TOTAL 2,8% 60,1% 14,8% 5,8% 14,2% 2,4% 100%  
29Les auteurs sont majoritairement français à 60,1% et ils sont presque aussi souvent américains ou “autre Europe”. Cette prédominance des auteurs français est particulièrement sensible au niveau des romans adultes pour lesquels 75,8 % des auteurs sont français. Pour les essais/témoignages/documents comme pour les dictionnaires/guides ou les livres pratiques la proportion d’auteurs français est encore plus importante. Pour la BD, il y a beaucoup d’auteurs belges et Zep, l’auteur de Titeuf, est suisse, ce qui explique le taux d’auteurs “autres Europe”. Pour la jeunesse, J.K. Rowling et le poids de Harry Potter compte toujours beaucoup. De la même manière, la fantasy correspond uniquement au Seigneur des anneaux de Tolkien qui est anglais alors que la SF est représentée par les livres de Bernard Werber (auteur français).
30Il est intéressant de voir qu’au niveau des romans policiers, près de 70 % des auteurs sont américains, cela correspond à la nationalité de Mary Higgins Clark, Patricia Cornwell, Harlan Coben ou Dan Brown. Cela semble un nombre d’auteurs limité pour influer ainsi sur les résultats généraux mais ils apparaissent de nombreuses fois : leurs romans en grand format comme en poche se placent régulièrement dans les meilleures ventes et parfois plusieurs années de suite. Les auteurs français présents dans cette catégorie sont surtout Jean-Christophe Grangé et Fred Vargas.
L’ “effet auteur”
31Une étude plus qualitative des résultats montre que concernant les romans adultes, les romans policiers et, dans une moindre mesure la SF et la fantasy, ce qui est frappant, au-delà des résultats purement statistiques, c’est le poids de l’auteur dans les meilleures ventes. Les lecteurs sont fidèles à leurs auteurs préférés et cela peut perdurer pendant des années à condition, bien sûr, que lesdits auteurs publient. L’importance du phénomène est indéniable, majeure, écrasante. Il suffit pour s’en convaincre de consulter les listes de meilleures ventes. Cette donnée est très importante car elle constitue pour les éditeurs l’assurance du passage d’un ouvrage dans les meilleures ventes, ce qui leur permet non seulement d’anticiper l’importance des tirages mais aussi de mettre en œuvre des opérations de marketing et de publicité en étant certains des retombées de leurs investissements.
Les éléments extérieurs qui contribuent au succès
32Lors de la constitution de cette base de données de best-sellers, des informations extérieures à l’ouvrage lui-même ont été ajoutées afin de pouvoir mesurer leur éventuelle influence sur la présence des livres parmi les best-sellers : l’attribution d’un prix littéraire, un lien avec l’actualité, le fait que le livre a fait l’objet d’une adaptation cinématographique, l’inscription du titre cité dans une série et, au-delà de la notion de série, son appartenance à un “univers transmédiatique”[22].
Les prix littéraires
33Les ouvrages ayant obtenu le prix Goncourt ont intégré très souvent la même année la liste des meilleures ventes. En revanche, les autres prix littéraires ont un poids qui semble assez limité, plutôt que l’attribution du prix lui-même c’est, éventuellement, la couverture médiatique accordée à l’ouvrage ou à son auteur qui peut avoir une influence sur les ventes mais rien n’est systématique. Le Goncourt des lycéens est également souvent cité. Ce prix bénéficie sans doute de la notoriété du prix Goncourt et il est possible qu’une partie du lectorat soit attirée par ce prix qui évoque des textes moins difficiles et plus en prise avec l’air du temps, mais cela n’est qu’une hypothèse[23].
Les liens avec l’actualité
34Dans 5% des cas le best-seller est en lien avec l’actualité. Le plus souvent, il s’agit de lien avec une actualité politique mais aussi, par exemple, avec la vie de l’auteur ; ainsi l’obtention du prix Nobel par Patrick Modiano en 2014 a entraîné la vente de Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier à presque 300 000 exemplaires, ou la mort de J.D. Salinger a fait passer dans les meilleures ventes L’attrape-cœur en 2010. On peut également penser ici au passage dans les meilleures ventes en 1984 de… 1984 de G. Orwell. Enfin, dans certains cas, c’est le livre lui-même qui fait l’actualité comme dans le cas de la publication de Soumission de Michel Houellebecq en 2015.
Les adaptations cinématographiques
Tableau 9 : Proportion des best-sellers ayant fait
l’objet d’une adaptation cinématographique
Adaptation cinéma Nb. cit. Fréq.
oui 181 27,0%
non 490 73,0%
TOTAL fiches 671 100%
35Ce tableau montre que 27 % des best-sellers recensés ont fait l’objet d’une adaptation cinématographique, ce qui est beaucoup si l’on songe aux nombreux ouvrages qui ne peuvent être adaptés dans notre liste (guide, dictionnaires, livres pratiques), il est à noter que le seul beau livre présent plusieurs fois dans notre liste : La Terre vue du ciel de Yann Arthus-Bertrand, a, quant à lui, été adapté au cinéma.
Concernant les adaptations, une donnée importante était de voir quand cette adaptation a eu lieu par rapport à l’année de présence de l’ouvrage parmi les meilleures ventes.
Tableau 10 : Répartition des best-sellers en fonction de
la période de leur adaptation cinématographique
Adaptation même année Nb. cit. Fréq.
Ø 490 73,0%
oui 52 7,7%
non plus tard 110 16,4%
non 19 2,8%
TOTAL fiches 671 100%
36Ce tableau montre donc que les best-sellers adaptés l’ont été surtout “plus tard” par rapport à leur placement dans les meilleures ventes, ce qui fait supposer que les producteurs du film ont souhaité adapter un best-seller afin de profiter de la notoriété du livre. Le “oui” du tableau ci-dessus sert à identifier ceux dont la présence dans les meilleures ventes se situe la même année que la sortie du film (ou l’année n+1) ce qui peut laisser supposer que leur accession aux meilleures ventes découle de la popularité du film. Il est parfois arrivé qu’un même livre soit recensé dans ces deux catégories pour des inscriptions différentes dans la liste des meilleures ventes. Un long dimanche de fiançailles de Sébastien Japrisot était best-seller au moment de sa sortie en 1991 (l’adaptation a alors été mentionnée comme plus tardive). Le livre a retrouvé la liste des meilleures ventes en 2004, l’année de la sortie du film (“oui” adaptation la même année). Enfin la catégorie “non” signifie que l’adaptation était antérieure de plus d’un an. Il a parfois été difficile de faire la part des choses dans le cas des ouvrages inclus dans une série qui a fait elle-même l’objet de plusieurs adaptations, car la sortie d’une adaptation conduit très souvent les tomes postérieurs de la série dans la liste des meilleures ventes.
L’ “effet série”
37On notera ici l’importance du nombre de best-sellers inclus dans une série ; cela se vérifie surtout pour les BD et les romans jeunesse, mais aussi pour un certain nombre de romans adultes, de La Bicyclette bleue à la série After. Il est difficile de comparer ce résultat avec le reste de la production éditoriale, cette donnée n’étant pas relevée.
Tableau 11 : Proportion de best-sellers inclus dans une série [24]
Titre inclus dans une série Nb. cit. Fréq.
Ø 100 14,9%
oui 203 30,3%
non 368 54,8%
TOTAL fiches 671 100%
38Précisons que l’existence d’un personnage récurrent (le commissaire Adamsberg dans de nombreux romans de Fred Vargas par exemple) n’a pas été retenu comme critère suffisant pour inscrire le roman dans une série. En revanche, La Valse lente des tortues de Katherine Pancol a bien été considérée comme le tome 2 des Yeux jaunes des crocodiles. Il semble donc clair que les lecteurs qui ont été séduits par un ouvrage en plusieurs tomes continuent d’acquérir les tomes suivants. L’existence d’une série est un facteur important de “best-sellerisation”. Dans de nombreux cas, le succès s’amplifie au fil des parutions, chaque sortie entraînant un regain des ventes pour l’ensemble de la série.
Les univers transmédiatiques
39Nous entendons ici par “univers transmédiatiques” des ouvrages qui sont pris dans un ensemble incluant des films et/ou des séries tv, des livres annexes (livres tirés du film, livres jeux, livres de décryptage...) ainsi que, éventuellement, des jeux vidéo, des jeux, jouets, vêtements, bibelots, des offres touristiques…. Ces “univers” sont toujours internationaux (Harry Potter, Twilight, Fifty Shades of Grey, Da Vinci code, Astérix, Blake et Mortimer...). Si seulement 4,2 % des romans sont concernés, et cela touche uniquement des ouvrages récents, ce taux monte à 66,7% pour la littérature jeunesse et à 34,7 % pour les BD. Notons d’ailleurs que la catégorie BD vise avant tout un public jeune (Titeuf bien sûr mais aussi Largo Winch ou XIII). Les plus grands best-sellers à destination des jeunes lecteurs sont donc presque toujours inclus dans un ensemble plus vaste qui dépasse l’œuvre imprimée originelle et s’étend à un niveau transnational. Ce phénomène est en pleine expansion. Il sera intéressant de voir son évolution au cours des années à venir.
40L’ “effet série” comme facteur de meilleure vente avait été clairement identifié en 2005 ; les années les plus récentes montrent une mutation de celui-ci vers ces univers transmédiatiques internationaux maintenant si présents dans la culture populaire. En 2005 il y avait des livres et des films, éventuellement des dessins animés télévisés, maintenant il y a aussi des livres tirés du film, des livres tirés du livre, des jeux, jouets, voyages... tout un monde de marketing croisé devenu incontournable.
41En conclusion, nous pouvons donc dire que les best-sellers sont le plus souvent des ouvrages écrits par des “auteurs abonnés”[25] de littérature contemporaine ou policière, des BD de séries à succès, des romans jeunesse inclus dans un univers transmédiatique. Il faut y ajouter dans une moindre mesure des prix Goncourt, des œuvres adaptées au cinéma, des essais dont on parle. À ces meilleures ventes prédictibles, il faut ajouter des succès plus ou moins inattendus. Il serait faux de dire que ces succès surprise sont dus à des opérations marketing : le marketing et la publicité coûtent cher, ils accompagnent des titres dont l’éditeur sait d’avance qu’ils vont se vendre (les nouveaux romans de Guillaume Musso, le tome 4 de Harry Potter). Aujourd’hui encore, le succès peut être difficile à anticiper : les premiers tomes de Harry Potter ont été publiés en poche même si le succès s’est vite manifesté, L’élégance du hérisson a été réimprimé un très grand nombre de fois car les ventes continuaient à augmenter de semaines en semaines sans intervention publicitaire de la part de Gallimard. Les exemples sont nombreux. Bien sûr quand un livre se vend, les éditeurs tentent de profiter du mouvement, comme c’est le cas actuellement avec les “feel-good books”[26]. De la même manière, les œuvres mainstream[27] devenant de plus en plus internationales, le succès dans un pays peut sembler assurer de bonnes ventes dans un autre. Enfin, la promesse d’une adaptation, surtout par un réalisateur américain connu, peut permettre de prédire un succès voire de l’anticiper comme cela a été le cas pour Marc Levy. Pourtant, on voit bien ici que tout n’est pas prévisible : Et si c’était vrai… a été lancé sur la promesse d’une adaptation cinématographique qui a tardé à venir. Dans l’intervalle, le livre s’est imposé comme un très grand best-seller et c’est finalement la notoriété du livre qui a servi l’adaptation. Mais ce qui est le plus remarquable, c’est que ce succès s’est avéré durable puisqu’il s’est étendu aux autres romans de Marc Levy. Donc, malgré les conditions très exigeantes de la réalisation de cette liste de best-sellers, cela n’empêche pas l’examen détaillé des ouvrages recensés de conforter cette impression d’une écrasante majorité de succès annoncés voisinant avec des phénomènes qui viennent périodiquement s’inviter dans la liste des best-sellers, et, ce qui est sans doute le plus étonnant, parfois pour y installer leur auteur.
Après cette partie descriptive des résultats statistiques issus de la base de données réalisée, nous allons établir un panorama rapide par genre des titres recensés.
Rapide panorama par genres de l’évolution des best-sellers
au cours des 32 dernières années
Les romans adultes
42Le début de la période étudiée est marqué par le très grand succès de certains romans adultes : la trilogie de La Bicyclette bleue de Régine Desforges notamment dont la fin de la publication coïncide avec le début de la période étudiée. Concernant l’ampleur du succès, nous manquons de données précises mais cette citation laisse à penser qu’il s’est vraiment agi d’un formidable best-seller : “Globalement, les ventes des trois volumes s’élèvent aujourd’hui [1985] à plus de 5,5 millions d’exemplaires, toutes éditions confondues”[28]. L’Amant de Marguerite Duras dépassera le million et demi d’exemplaires, ainsi que Adieu Volodia de Simone Signoret, d’autant que l’auteure meurt peu de temps après la parution. On remarque également la présence dans les meilleures ventes de romans adultes d’un des premiers auteurs de best-sellers revendiqué comme tel : Paul-Loup Sulitzer. La polémique avait enflé au cours des années 90, épinglant le cynisme de l’auteur lors de la révélation de l’existence de collaborateurs et notamment d’un “nègre”[29], et propulsant de ce fait en 1987 l’ouvrage de Sulitzer et celui de Loup Durand, ledit “nègre”, dans les meilleures ventes. Paul-Loup Sulitzer restera encore plusieurs années dans les listes des meilleures ventes (jusqu’en 1990 dans notre base). D’autres auteurs ont également marqué cette période : Jeanne Bourrin, J.M.G. Le Clézio, Jean d’Ormesson (toujours présent aujourd’hui), Françoise Sagan, Tahar Ben Jelloun, Philippe Labro, Sébastien Japrisot, Michel de Grèce, Alexandre Jardin. Le Parfum de Patrick Süskind marque la fin des années 80. Au cours des années 90 de nouveaux auteurs deviennent récurrents : Bernard Werber, Christian Jacq, Paulo Coelho particulièrement avec L’Alchimiste, Patricia Cornwell et, surtout, à partir de 1992, Mary Higgins Clark qui gagne une place d’ “auteur abonné” aux meilleures ventes. À la fin des années 90 on voit apparaître Jean-Christophe Grangé et Michel Houellebecq pour Les Particules élémentaires, Alexandre Jardin et Daniel Pennac avec la série des Malaussène. L’année 1995 offre enfin un phénomène éditorial : Le Monde de Sophie de Jostein Gaarder qui s’est vendu à 700 000 exemplaires[30].
43Enfin, en 2000 tout change avec l’arrivée de Marc Levy et de son premier roman Et si c’était vrai… qui marque l’entrée de l’auteur dans les meilleures ventes en tant qu’auteur “abonné”. Il sera suivi en 2004 par un autre de ces auteurs : Guillaume Musso. Nous pouvons nous arrêter un peu sur ces “serials vendeurs”. Marc Levy : 17 romans publiés en seize ans, de 2000 : Et si c’était vrai… jusqu’en 2016 : L’horizon à l’envers. L’ensemble de ces titres est présent dans notre liste au moins deux fois (grand format et poche) voire davantage (Et si c’était vrai… est présent 7 fois), à l’exception de La première nuit seulement recensé en grand format.
44Guillaume Musso a écrit 14 romans de 2004 à 2017 (auxquels il faut ajouter un roman policier ésotérique écrit en 2001 qui n’a pas rencontré le succès). Le dernier de ces romans, Un appartement à Paris, qui ne peut être référencé ici puisqu’il est paru en 2017, a été tiré à 450 000 exemplaires par son éditeur XO. À la régularité de publication et de passage systématique dans les meilleures ventes pour chaque sortie en grand format et en poche (au moins, car certains titres apparaissent plusieurs années) il faut donc ajouter l’importance des ventes en nombre d’exemplaires[31]. Guillaume Musso est le plus gros vendeur de romans en France depuis 2011[32] (en 2016 : 1 833 300 exemplaires tous titres et éditions confondus[33]). Avant lui, ce classement était dominé par Marc Levy, qui est légèrement en perte de vitesse. Dans ces deux cas ce qui est remarquable est donc la régularité de l’écriture comme des ventes. La base de fans est solide et fidèle. Les achats se font sur le nom de l’auteur.
45Toujours pendant les années 2000, deux phénomènes internationaux occupent le haut des ventes : le Da Vinci Code de Dan Brown et Harry Potter de J.K. Rowling dont il sera davantage question par la suite. Il faut également ajouter l’émergence d’Anna Gavalda qui a remporté un succès inattendu avec Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part (un recueil de nouvelles écrit par un auteur inconnu et publié dans une petite maison d’édition), succès confirmé ensuite par tous ses romans, ce qui fera de cet auteur non seulement une valeur sûre pour l’édition mais aussi un auteur de long sellers particulièrement pour son recueil de nouvelles et le roman Ensemble c’est tout. Un autre succès surprise a été celui de Matin brun de Franck Pavloff en 2002. Soutenu par les libraires, L’élégance du hérisson de Muriel Barbery accède à la liste des meilleures ventes et y demeure. Durant cette même période, on peut remarquer la popularisation de l’univers du Seigneur des anneaux de Tolkien à la suite de la sortie des films de Peter Jackson[34]. La chik-lit[35] apparaît avec Le journal de Bridget Jones : L’âge de raison d’Helen Fielding, et Le diable s’habille en Prada de Lauren Weisberger. Amélie Nothomb prend la place d’ “auteur abonné” qu’elle continue à occuper avec ses romans autobiographiques notamment. Citons enfin, parmi d’autres, 99 francs de Frédéric Beigbeder, Rouge Brésil de Jean-Christophe Ruffin, Si c’est un homme de Primo Levi, les romans de Christian Jacq, auteur rarement médiatisé de séries romanesques situées en Égypte ancienne. Enfin, pour l’anecdote, notons la présence d’un ouvrage original au sein de nos best-sellers : Éloge des femmes mûres de Stephen Vizinczey.
46Les années 2010 semblent se caractériser par la continuation du phénomène Harry Potter, et par l’arrivée de Michel Bussi et de Gilles Legardinier (pour ses romans humoristiques) en littérature générale. Nouvellement arrivés et n’atteignant pas encore de manière systématique le seuil des 200 000 exemplaires vendus en une édition et pour une année civile, ces auteurs suivent le même schéma que Marc Levy et Guillaume Musso. Michel Bussi avait déjà publié plusieurs romans mais c’est Les nymphéas noirs, sorti en 2011, qui lui permet d’accéder aux meilleures ventes. Si les recueils de nouvelles auxquels il a participé n’ont pas atteint ces niveaux, ses autres romans se sont bien inscrits dans une logique d’ “auteur abonné” jusqu’à son dernier titre paru en 2016, Le temps est assassin. Gilles Legardinier, auteur reconnu de romans policiers, a lui aussi atteint des sommets de vente avec ses romans humoristiques et il les publie avec la même régularité. Laurent Gounelle marque également cette période. Il se place en 2016 parmi les meilleurs vendeurs de livres en France, ses 5 romans, publiés de 2008 à 2016, sont tous des best-sellers.
47D’autres grands succès marquent cette période tels que La vérité sur l’affaire Harry Québert de Joël Dicker qui sera rejoint par le deuxième roman de l’auteur, les romans de Tatiana de Rosnay, les sagas de Katherine Pancol, particulièrement les trois romans reprenant les personnages de Les yeux jaunes des crocodiles qui occupent le haut des classements, mais également avec la suivante : Muchachas. La carte et le territoire et Soumission de Michel Houellbecq, les romans de David Foenkinos, notamment La délicatesse qui s’est vendu à plus de 770 000 exemplaires en 2011, La couleur des sentiments de Katherine Stockett, suite à la sortie de son adaptation cinématographique, Le royaume d’Emmanuel Carrère, les romans de Delphine Le Vigan, L’amie prodigieuse d’Elena Ferrante … : ce ne sont que des exemples parmi d’autres.
48Cette période se caractérise également par l’émergence d’un type de littérature quasiment inexistant dans les listes de meilleures ventes auparavant : la romance érotique[36] avec la série Fifty Shades of Grey d’E. L. James, suivie par la série After d’Anna Todd. Ces romans américains sont à l’origine des fanfictions. Pour Fifty Shades nous sommes dans un univers transmédiatique : aux livres et aux films s’ajoutent de nombreux produits dérivés notamment éditoriaux (50 secrets de volupté : le guide des plaisirs selon 50 nuances de Grey d’Elsa Zimmerman chez City par exemple). La romance envahit donc les classements dans une déclinaison érotique. Ce mouvement semble se poursuivre avec le succès actuel de Calendar Girl[37].
49Enfin, signalons la présence dans notre liste de best-sellers de “feel-good books”[38] ce néologisme à la définition encore floue, désigne des romans que l’on lit pour se sentir bien. Peuvent être placés dans cette catégorie des romans comme Le mec de la tombe d’à côté de Katarina Mazetti, Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire de Jonas Jonasson, Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates de M.-A. Shaffer et A. Barrows, La liste de mes envies de Grégoire Delacourt, Mémé dans les orties d’Aurélie Valognes ou les romans humoristiques de Gilles Legardinier. On peut également y trouver des livres tels que L’homme qui voulait être heureux de Laurent Gounelle ou Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une de Raphaëlle Giordano, qui mêlent fiction et conseils d’épanouissement personnel. Si la catégorie, avant tout commerciale, des “feel-good books” est récente, des titres que l’on pourrait y placer figurent dans notre liste depuis le milieu des années 2000. L’avenir dira si cette catégorie trouvera sa place dans les genres de littérature populaire ou si elle disparaîtra en tant que telle.
50Les romans que l’on pourrait classer en fantastique ont finalement été classés en littérature générale. En effet, il est délicat de les distinguer, leur édition ne rendant pas compte généralement de cette spécificité : La ligne verte de Stephen King par exemple est publiée en littérature générale, ainsi que les romans de Guillaume Musso, malgré un contenu souvent fantastique.
Les romans policiers
51Pour les romans policiers, on peut noter des nuances dans les plus grands succès : aux thrillers psychologiques générateurs d’angoisse de Mary Higgins Clark et de Patricia Cornwell s’ajoutent les romans d’Harlan Coben faisant une assez large part à l’humour, pour la série des Myron Bolitar en tout cas. Dans ces cas, il s’agit d’ “auteur abonnés” aux meilleures ventes même si tous les titres ne passent pas les 200 000 exemplaires pour chaque édition. Jean-Christophe Grangé est également très présent, ainsi que Douglas Kennedy. Enfin, Fred Vargas montre la montée d’un auteur qui se vend de mieux en mieux de roman en roman et surtout de plus en plus rapidement après la sortie de ses livres. Elle n’essaie pas d’effrayer son lecteur, et la présence d’éléments historiques[39] marque l’originalité de ses romans. Ainsi, au sein même de la catégorie restreinte des meilleures ventes de romans policiers on trouve des romans assez différents. Il semble donc que les lecteurs (si ce sont les mêmes) ne recherchent pas le même type de romans, mais s’attachent à des auteurs ayant chacun leurs particularités. Enfin, certains titres se détachent comme La fille du train de Paula Hawkins (avant et après son adaptation) ou Une putain d’histoire de Bernard Minier. Enfin, nous pouvons citer Franck Thilliez.
52La question du genre peut se montrer légèrement problématique. Si Gilles Legardinier publie, et rencontre le succès, avec des romans issus de genres différents de manière affirmée (d’une part romans policiers publiés comme tels dans des collections dédiées, romans humoristiques de l’autre), on peut noter l’ambiguïté présente chez Guillaume Musso et surtout chez Michel Bussi. Si, pour certains des romans de Guillaume Musso (par exemple Central Park), les 4es de couverture annoncent un thriller ou reprennent des critiques parlant de roman policier, ces livres sont publiés dans des collections de littérature générale. Cela est encore plus vrai pour Michel Bussi dont les livres sont publiés dans des collections de littérature “blanche” à l’exception des Nymphéas noirs, alors même que leur résumé les place davantage dans le genre policier. Ambiguïté ressentie par les libraires qui hésitent sur le placement physique de ces livres. Il serait intéressant de savoir si ce classement a un retentissement sur les lecteurs : les lecteurs de Guillaume Musso recherchent-ils avant tout des livres de romance et seraient-ils déstabilisés par un classement parmi les policiers ? Ces lecteurs, et ceux de Michel Bussi, sont-ils par ailleurs des lecteurs de romans policiers ? On sait que les lecteurs de littérature policière ont parfois tendance à se cantonner à ce genre, comment jugent-ils ces romans policiers par leur contenu mais pas dans leur édition ?
53Concernant la littérature policière, deux phénomènes éditoriaux sont incontournables au cours de la période étudiée : le Da Vinci Code et Millenium.
Le Da Vinci Code est un véritable phénomène ; il s’est vendu 857 300 exemplaires de l’édition en grand format en 2004 année de la sortie, puis plus d’un million d’exemplaires (ce qui en fait l’un des romans les plus vendus au moment de sa sortie) de l’édition en poche l’année suivante, le grand format se vendant encore à plus 500 000 exemplaires. La sortie du film a relancé de nouvelles ventes en 2006. Sur trois ans le titre se sera donc vendu à près de 3 millions d’exemplaires. Cet incroyable succès semble se confirmer avec les romans suivants de Dan Brown qui se vendent certes de moins en moins bien mais atteignent encore des scores importants. On peut poser l’hypothèse ici d’un tel attachement au roman originel que le public continue à acheter sur le nom de l’auteur, même si les titres suivants semblent un peu décevoir. Il est enfin à noter que ce sont les romans dont le héros est le professeur Langdon qui se vendent le mieux (Da Vinci code, Anges et démons, Le symbole perdu, Inferno). Cela évoque plus le succès d’un titre que le succès d’un auteur. L’univers transmédiatique, notamment les adaptations cinématographiques, a également contribué au succès.
Millenium est une surprise par l’ampleur de son succès. Les ventes cumulées des quatre tomes – dans notre base – dépassent largement les 2 millions d’exemplaires de 2006 à 2015. L’existence de deux adaptations cinématographiques et d’une série TV situe l’ensemble dans un univers transmédiatique. Il est intéressant de constater que Millenium 4 : ce qui ne me tue pas remporte dès sa sortie un fort succès alors qu’il a été écrit par un auteur différent. Dans ce cas, on peut supposer que les lecteurs sont restés attachés à la série et ont sans doute été frustrés par le décès prématuré de l’auteur.
La littérature jeunesse et la BD
54Concernant les autres genres éditoriaux : Harry Potter propulse les ouvrages jeunesse à des niveaux de vente autrement inconnus dans cette catégorie éditoriale et excessivement rares pour un roman quel qu’il soit. Si les ventes exceptionnelles de la série et l’enchevêtrement des sorties des livres avec celles des films étaient déjà remarquables en 2005, la décennie suivante a définitivement marqué la naissance d’un univers. Aux livres, aux films, aux livres tirés de la saga (Les contes de Beedle le barde, Les animaux fantastiques, les livres d’activités pour enfants), aux jeux, légos et autres déguisements, se sont ajoutés une offre touristique, une pièce de théâtre (dont le texte est bien sûr une meilleure vente)[40], ainsi qu’un nouveau film (Les animaux fantastiques) issu du même univers, mais dans lequel n’apparaît pas Harry Potter lui-même. Ce film, premier d’une trilogie, a fait l’objet de nombreuses sorties de livres (livres d’activités, livres du film) et son scénario a été édité (Les animaux fantastiques : le texte du film de Johanne Rowling publié chez Gallimard Jeunesse le 30 mars 2017) et il a directement intégré le classement hebdomadaire des meilleures ventes de Livres Hebdo.
55Hormis cette série, quelques autres romans jeunesse ont atteint le niveau de vente suffisant pour intégrer notre base de données : la série des romans Twilight où, là encore, le poids des adaptations cinématographiques est fort, ainsi que cela a été le cas pour Nos étoiles contraires de John Green, Charlie et la chocolaterie de Roald Dahl, ou Le monde de Narnia de Clive Staples Lewis. On voit également dans les meilleures ventes Les histoires du petit Nicolas de Goscinny, Eragon de Christopher Paolini. Enfin, apparaissent certains ouvrages pour les plus jeunes parus suite à la sortie d’un dessin animé (Hercule de Walt Disney par exemple). Il nous faut signaler que si ces “livres tirés du film” ne sont pas plus nombreux dans notre base, c’est que beaucoup de titres différents sont édités, entraînant une dispersion des ventes. Par exemple les ouvrages issus de La reine des neiges de Disney sont en nombre pléthorique (plus de 380 titres y compris les titres épuisés ou à paraître en mai 2017[41]).
56Une dernière remarque : la notion de romans pour adolescents ou pour jeunes adultes est récente, et des ventes phénomènes tels que Harry Potter ou Twilight ont pu contribuer à entraîner un public adulte (éventuellement un public fan d’Harry Potter par exemple qui a tout simplement vieilli) vers des ouvrages classés en littérature jeunesse[42].
Les seules BD qui visent particulièrement un public adulte recensées dans notre base sont des épisodes du Chat de Philippe Geluck. Concernant les autres BD, ce sont les mêmes héros qui reviennent encore et toujours : Astérix gagnant toutes catégories, Titeuf, Lucky Luke et, plus récemment les séries XIII, Largo Winch et Blake et Mortimer sont régulièrement vendues à plus de 200 000 exemplaires à chacune de leurs sorties. Titeuf est la série de BD la plus présente en nombre de titres : les ventes sont énormes et ne se démentent pas même quand l’auteur s’aventure dans le documentaire avec Le guide du zizi sexuel. Ce succès est vraiment exceptionnel et s’inscrit dans la durée, de la fin des années 1990 au dernier tome en date paru en 2015. Malgré tout, la plus vendue de ces séries, en nombre d’exemplaires, demeure Astérix. Si l’on regarde la liste de la vingtaine d’ouvrages qui se sont vendus à plus d’un million d’exemplaires aux conditions difficiles de notre sélection au cours des 32 dernières années, on voit apparaître tous les albums d’Astérix depuis Le fils d’Astérix en 1984 jusqu’au Papyrus de César en 2016. Cette série est particulièrement bien placée ici car les albums d’Astérix et Obélix se vendent massivement dès leur sortie. Si chaque sortie peut inciter à l’achat d’autres titres des aventures du gaulois, c’est surtout le dernier opus qui est vendu et ce, souvent, à plus de 2 millions d’exemplaires en quelques mois. D’ailleurs, le livre le plus vendu en une année de notre sélection : La galère d’Obélix, flirte avec les 3 millions d’exemplaires lors de sa sortie en 1996.
Les autres genres éditoriaux
57Pour les essais et documents, on peut remarquer l’importance des ventes des ouvrages qui touchent à la figure du président de la République, et ce dès 1991 avec Le pouvoir et la vie de Valéry Giscard d’Estaing, jusqu’au best-seller de Valérie Trierweiler Merci pour ce moment paru en 2014. Jean Montaldo a eu un grand succès avec Mitterrand et les 40 voleurs en 1994, la figure du président de la République fait vendre. Dans un autre genre, en 1994 toujours, l’ouvrage de Jean-Paul II Entrez dans l’espérance se vend à 600 000 exemplaires. On rencontre également parmi les essais de grands succès éditoriaux tels que Toujours plus de François de Closets en 1984. En 1991 paraît la Guerre du Golfe : le dossier secret d’Éric Laurent ; Rendez l’argent ! de Jean Montaldo marque l’année 1995. La série Les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus s’inscrit dans les best-sellers de 2000 à 2003. Devenez sorciers, devenez savants de Georges Charpak passera le seuil des 200 000 exemplaires en 2002. Indignez-vous ! de Stéphane Hessel chez Indigènes, meilleures ventes en 2010 et 2011, vendu à près de 2 millions d’exemplaires au cours de cette période, reste le plus gros best-seller de cette catégorie, la taille originale du livre et la médiatisation de l’auteur y auront sans doute contribué. Le suicide français d’Éric Zemmour sera meilleure vente en 2014. Cette période verra aussi le succès de Trois amis en quête de sagesse de Christophe André, Alexandre Jollien et Matthieu Ricard en 2016. Jusqu’au phénomène totalement inattendu du Charme discret de l’intestin de Giulia Enders, meilleures ventes en 2015 et 2016, qui transcende les âges, les classes sociales et les genres (“tout le monde a un intestin”[43]).
58Dans cette catégorie, il faut également noter l’existence de très bonnes ventes de livres de “célébrités” : La valise en carton de Linda de Suza en 1984, Cent familles de Jean-Luc Lahaye vendu à pratiquement 1 million d’exemplaires en 1986, Initiales B.B. de Brigitte Bardot en 1996, la même année que Une vie de Simone Veil, Le ruisseau des singes de Jean-Claude Brialy en 2000, Ma fille Marie de Nadine Trintignant en 2003 ou encore Confession d’une religieuse de Sœur Emmanuelle en 2008. On peut penser que les acheteurs des publications les plus récentes ne sont pas très jeunes. Si les stars du Web comme Enjoyphénix publient des ouvrages imprimés sous leur véritable nom (Marie Lopez) et provoquent des mini-émeutes lors des salons littéraires, ceux-ci n’atteignent pas un niveau de vente suffisant pour être recensés ici.
59Pour les livres pratiques, ce sont avant tout des livres sur les régimes et la santé qui atteignent de forts niveaux de vente, ils sont presque toujours écrits par des médecins et pour les méthodes d’amaigrissement se déclinent souvent en plusieurs ouvrages (la méthode, un livre de recettes) : les plus connus sont la méthode Montignac au début des années 90 et la méthode Dukan à la fin des années 2000. Un autre livre de régime a particulièrement rencontré le succès : Manger, maigrir de Demis Roussos en 1984. Il faut y ajouter Ma médecine naturelle de Rika Zaraï en 1985 et 1986, vente exceptionnelle de plus d’un million d’exemplaires par an. Quelques ouvrages de praticiens sur la santé se situent à la frontière entre essais et livre pratique comme l’ouvrage de David Servan Schreiber en 2003 Guérir le stress, l’anxiété, la dépression sans médicaments et psychanalyse et, récemment, Vivez mieux et plus longtemps de Michel Cymes.
60On peut également noter l’existence de livres d’humour qui cumulent de très fortes ventes, de l’Almanach Desproges en 1988, à Jean Roucas à peu près à la même période, en passant par les Ta mère 1 et 2 d’Arthur dans les années 90 jusqu’à La femme parfaite est une connasse, tomes 1 et 2 tout récemment. Hormis ces titres catégorisés en humour, il faut également penser aux bonnes ventes des romans humoristiques.
61Ce petit catalogue de best-sellers est assez représentatif des éléments identifiés : qu’il s’agisse de “l’effet auteur”, notamment de l’effet “auteur abonné”, de “l’effet série” qui montre l’attachement à un personnage ou à une série de personnages, de l’émergence, particulièrement en littérature jeunesse, des univers transmédiatiques, de la place de la littérature policière parmi les best-sellers, de la part d’éléments contextuels dans quelques grands succès et de l’émergence de titres surprenants. Dans ces derniers cas, on peut supposer une spirale vertueuse : quand un livre emporte un succès inattendu, les médias s’en emparent, ce qui conduit à renforcer ce succès.
Conclusion
62“Les caractéristiques du ‘best-seller’ […] délimitent donc un champ précis et ces ouvrages sont ainsi au cœur d’un triangle composé d’un rapport au temps très particulier, de l’inscription dans une certaine littérature et de l’adoption de certaines méthodes de diffusion et de communication. Les ‘best-seller’ seraient effectivement un certain type de livres de ‘grand format’, s’inscrivant dans une ‘littérature populaire’ et faisant l’objet d’un certain type de ‘lancement’. On pourrait ainsi tout à fait imaginer des ‘best-seller’ qui ne marchent pas, des livres programmés pour des ventes rapides et bénéficiant d’un appui commercial et logistique conséquent mais ne rencontrant pas leur public”[44] écrit Benoît Berthou lors de sa participation aux Ateliers du livre de la BNF. Il nous semble plus positif de prendre le contrepied de cette définition : un best-seller est un ouvrage qui se vend beaucoup et rapidement, en grand format ou en poche, quelle que soit sa catégorie éditoriale ou sa qualité littéraire, que ce succès ait été anticipé et accompagné par l’éditeur (nouveau roman de Guillaume Musso, livre de Valérie Trierweiler) ou qu’il constitue une surprise pour son auteur comme pour son éditeur. Il y a plusieurs raisons qui nous font préférer cette définition : d’abord son usage dans le cadre de travaux d’études sur les best-sellers : face au flou entourant cette notion, il est indispensable de pouvoir définir ce qui est et ce qui n’est pas un best-seller d’une manière simple et facilement mobilisable. Ensuite, parce que ce qui, pour nous, caractérise un best-seller, au-delà de ses chiffres de ventes, c’est son impact, la marque laissée sur le public, sa capacité à participer à la construction de la culture populaire simplement par l’importance de sa diffusion (dont les médias se font généralement la caisse de résonance). Nous avons tous lu une BD d’Astérix, au moins entendu parler de Marc Levy ou de Fifty Shades of Grey, nous pouvons reconnaître Harry Potter ou Titeuf. Ils font partie de notre culture commune, que nous soyons, ou non, des amateurs de meilleures ventes.
63Parmi les best-sellers, les plus visibles sont les romans, particulièrement les romans adultes. Si l’on prend en compte la liste établie ici, on peut dire que, bien que pouvant être d’une qualité littéraire reconnue (les prix Goncourt sont aussi des best-sellers), ces romans sont souvent classés dans le domaine protéiforme de la “littérature populaire”. Cela a toujours été le cas de ces romans qui se caractérisent notamment par leur capacité à rassembler de nombreux lecteurs, d’Eugène Sue à Guillaume Musso. Si certains veulent y voir une littérature facile, il nous semble qu’il faut également y chercher la motivation des lecteurs : ils ne cherchent peut-être tout simplement pas à être interpellés ou dérangés par ce qu’ils lisent, mais plutôt distraits voire consolés[45]. Des entretiens non publiés avec des lecteurs de best-sellers montraient que la plupart d’entre eux recherchaient avant tout dans leur lecture une forme d’apaisement avant de s’endormir.
À ces considérations sur le contenu, il faut ajouter l’importance des best-sellers qui donnent aux maisons d’édition la liberté économique de pouvoir tenter d’autres publications plus risquées en termes de ventes. L’édition est une industrie, certes culturelle, mais une industrie tout de même et la recherche de nouveaux best-sellers demeure sans doute l’un des aspects les plus intéressants et les plus artisanaux de ce métier.
64Quant à l’évolution des best-sellers au cours des 32 dernières années vue à travers le prisme des évolutions technologiques et économiques, nous pouvons dire que c’est au cours de la période la plus récente que les changements les plus importants sont apparus : de la disparition des dictionnaires et autres guides des listes de nos meilleures ventes au développement d’univers transmédiatiques internationalisés, jusqu’au passage récent de fanfictions dans les listes de best-sellers, tout donne à penser que, quelles que soient les transformations du monde, la multiplication des médias et l’émergence de la possibilité pour tous de devenir auteur[46], le phénomène des best-sellers, loin de disparaître, s’adapte et perdure.
Lylette Lacôte-Gabrysiak
CREM – Université de Lorraine

Notes

[1]Pour une histoire de ce type d’ouvrages, on pourra consulter : Frédéric Rouvillois, Une histoire des best-sellers, Paris, Flammarion, 2011.

[2]Edistat: statistiques de ventes de livre en France (consulté le 31 mai 2017).

[3]Lylette Lacôte-Gabrysiak, “‘C’est un best-seller!’ : meilleures ventes de livres en France de 1984 à 2004”, Communication, vol. 27/2, 2010.

[4]Pour un panorama général de l’édition, voir Pascal Fouché (dir.), L’édition française depuis 1945, Paris, éd. du Cercle de la Librairie, 1998.

[5]Inclus dans jeunesse.

[6]Les chiffres sont issus des Données statistiques de l’édition du SNE pour les années 1985, 1995, 2004, 2015-2016.

[7]Site de l’Observation de la société (consulté le 2 mai 2017).

[8]Si le nombre de personnes ayant lu au moins un livre au cours de l’année a peu évolué (70 sur 100 en 1981 comme en 2008), on note un accroissement des petits lecteurs (de 1 à 9 livres par an) qui passent de 28 à 38 au détriment des gros lecteurs (20 livres ou plus) qui passent de 26 à 16 pour la même période. Voir Olivier Donnat, Les pratiques culturelles des Français, Paris, La Découverte/Ministère de la Culture et de la Communication, 2009.

[9]Vincent Chabault, Librairies en ligne : sociologie d’une consommation culturelle, Paris, Presses de Sciences Po, 2013.

[10] Chris Anderson, La longue traîne, Paris, Pearson, 2009.

[11] Chiffre obtenu en interrogeant Electre la base de données des livres disponibles, avec le filtre “Disponible en version non numérique” (interrogée le 25 avril 2017). Ce chiffre recouvre 250 509 ouvrages de fiction, 527 379 ouvrages de “non fiction” ; enfin, 99 647 de l’ensemble de ces livres sont en format poche.

[12] Ce chiffre de 200 000 conduit à construire plus de 670 fiches, ce qui représente un travail important étant donné que ces fiches impliquent des recherches annexes et sont saisies par nos soins.

[13] SNE, Les repères statistiques du Syndicat national de l’édition en France : 2014-2015, Paris, SNE, 2016, p. 26, dorénavant abrégé en SNE.

[14] Selon Electre, consultée le 25 avril 2017.

[15] Voir Delphine Peras, “Dans le secret des long-sellers”, L’Express, 12 décembre 2013 (consulté le 25 mai 2017).

[16] Le symbole “Ø” représente les cas pour lesquels la base de données Electre n’a pas fourni de réponse.

[17] SNE, p. 22.

[18] SNE, p. 26.

[19] SNE, p. 32.

[20] SNE, p. 33.

[21] Précisons que dans la catégorie “Autre Europe” on trouve très souvent des auteurs francophones écrivant en français tels que des Belges ou des Suisses.

[22] Henry Jenkins, La culture de la convergence. Des médias au transmédia, trad. Christophe Jacquet, Paris, Armand Colin, 2014.

[23] Voir Sylvie Ducas, La littérature à quel(s) prix ? Histoire des prix littéraires en France, Paris, La Découverte, 2013 ; Sylvie Ducas et Maria Pourchet (dir.), De la prescription : comment le livre vient au lecteur, dans Communication et langages, n° 179, mars 2014.

[24] On entendra par série un ouvrage en plusieurs tomes (Twilight) ou une série de BD (Titeuf, Astérix).

[25] Nous désignerons ici sous l’expression “auteur abonné” des auteurs qui publient au moins un livre par an et gagnent quasiment systématiquement les meilleures ventes chaque année généralement avec la sortie d’un grand format original et la sortie en poche du grand format de l’année précédente.

[26] On entend par là des livres qui “font du bien” à leur lecteur. Il sera question plus en détail de ce type par la suite.

[27] Voir à ce sujet : Frédéric Martel, Mainstream : enquête sur cette culture globale qui plaît à tout le monde, Paris, Flammarion, 2010.

[28] Les meilleures ventes de 1985, Livres Hebdo, n° 2, 6 janvier 1986, p. 83.

[29] Raphaëlle Rerolle, “Loup Durand : un romancier efficace”, Le Monde, 21 avril 1995.

[30] Sans autre précision, ces chiffres sont toujours à considérer comme le nombre d’exemplaires vendus en une édition et au cours d’une année civile.

[31] Anne-Laure Walter, “Nouveau doublé pour Guillaume Musso dans le top 20”, livreshebdo.fr.

[32] Selon le classement établi par Gfk – Le Figaro. Ce classement est le résultat des ventes sorties de caisse. Il inclut la vente en ligne. Les ventes sont cumulées tous titres et toutes éditions confondus.

[33] Mohammed Aisssaoui, “Et les plus gros vendeurs de romans de 2016 sont…Le Figaro.fr.

[34] La trilogie de Tolkien fait partie des ouvrages les mieux vendus de tous les temps (voir par exemple Lire, juillet-août 2016, p. 41). Même si ces listes sont nombreuses et ont tendance à se contredire, Le seigneur des anneaux y est quasiment toujours présent, et de nombreux jeux de plateau et communautés de fans existaient avant les films de Jackson. Néanmoins, ceux-ci ont popularisé la série, entraîné la mise en place de très nombreux produits dérivés, et relancé fortement les ventes de livres.

[35] Selon le dictionnaire de Cambridge, “stories written by women, about women, for women to read” c’est-à-dire “des histoires écrites par des femmes, sur des femmes, pour être lues par des femmes”. En français, on parle parfois de “littérature de poulettes”.

[36] À ce sujet, on pourra consulter : “Les dessous de la romance”, Lire, juillet-août 2016, p. 45.

[37] Voir Daniel Garcia, “Le triomphe caché du roman rose”, Lire, n° 345, mai 2006, p. 42-43.

[38] Voir Marion Guyonvarch, “La déferlante feel-good”, Livres Hebdo, n° 1121, 17 mars 2017, p. 53.

[39] Le public français est connu pour son amour des romans historiques ou ayant une composante historique.

[40] Une seule autre pièce de théâtre avait atteint ce niveau de vente au cours d’une période aussi limitée, il s’agit d’Électre de Jean Giraudoux, au programme scolaire.

[41] Electre (consultée le 24 mai 2017).

[42] Concernant ce sujet : Laurence Houot, “‘Young adult’, ‘Dark romance’ ou ‘New adult’, littérature ou marketing ? : Enquête au salon du livre de Paris” (consulté le 12 mai 2017).

[43] Merci à Olivier Huguenot de la Librairie Le Neuf à Saint-Dié pour ses remarques de libraire avisé.

[44] Benoit Berthou, “Le best-seller : la fabrique du succès”, conférence donnée aux “Ateliers du livre” de la Bibliothèque Nationale de France, le 16 mai 2006 (consulté le 23 mai 2017).

[45] Voir à ce sujet : Delphine Peras, “Gavalda, Barbery et compagnie… : les romancières de la consolation”, Lire, avril 2008, p. 37.

[46] Particulièrement grâce aux plateformes de publication des fanfictions comme Wattpad, à l’autoédition sur des sites tels que Blurb ou à des sites communautaires comme In Libro Veritas.







2012 | Revue critique de fixxion française contemporaine |  (ISSN 2033-7019)  |  Habillage: Ivan Arickx |  Graphisme: Jeanne Monpeurt
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