Épuisement de l’exotisme et voyage en creux :
sur une redéfinition de l’ailleurs et de l’altérité dans les années 2010
La province dont je parle est sans côtes, plages ni récifs ;ni Malouin exalté
ni hautain Moco n’y entendit l’appel de la mer quand les vents d’ouest
la déversent, purgée de sel et venue de loin, sur les châtaigniers.
Pierre Michon, Vies minuscules (1984)
1 .La rêverie exotique ne cesse de perdre son objet. Les ailleurs lointains, systématiquement explorés, inventoriés, cartographiés, fixés dans des visions du monde rationnelles par des explications scientifiques (de la botanique aux traités ethnographiques) ces derniers siècles, ont vu leur part de mystère se réduire à une peau de chagrin. Le développement intensif du tourisme lié aux progrès techniques et à l’accessibilité croissante des moyens de transport, le quadrillage désormais systématique de la planète par les nouveaux moyens d’information, l’avènement du règne de l’image-écran ont bouleversé tout à la fois la notion d’inconnu et la conception spatio-temporelle. Parallèlement, les aléas de la mondialisation, concept au demeurant mal défini dans ses contours[1], ont entraîné des phénomènes d’uniformisation dans de nombreuses parties du globe, modifiant ainsi considérablement l’appréhension de l’altérité.
2 .Or, si nombre de critiques considèrent depuis longtemps que cette prétendue connaissance se limite à une perception de surface et n’est qu’une illusion de familiarité entretenue par la pratique du passage, elle suffit néanmoins à désenchanter le mystère de l’ailleurs et de l’autre. Dès lors, le discours exotique s’épuise dans une constatation désabusée, à l’instar de la recherche obsessionnelle d’authenticité, fonctionnant plus que jamais comme un point de cristallisation entre l’aspiration à la connaissance ethnographique et la satisfaction du fantasme exotique de l’autre construit et maintenu comme tel.
3 .Certes, ce constat n’est pas récent. L’on songera, entre autres, aux personnages du Supplément au voyage de Bougainville de Diderot (1772/1796) regrettant la réduction et la perte d’authenticité des “peuples naturels” sous les coups de boutoir de la colonisation et des lois artificielles de la “civilisation” européenne ; au motif récurrent au XIXe et au début du XXe siècle, de la perte d’un Orient qui tout à la fois se voit privé de sa puissance fantasmatique par la multiplication des récits de voyage et s’occidentalise au fur et à mesure que le “Grand Tour” devient phénomène de mode ; ou aux nombreux écrits sur la transformation du charme du voyage de découvertes et de la psychologie du voyageur par la pratique intensive du tourisme[2].
4 .L’épuisement de la rêverie exotique depuis le XXe siècle a été constaté depuis longtemps par de nombreux critiques et de nombreux auteurs. Jean-Marc Moura, dans La littérature des lointains, se référant à la notion de “pantopie” développée par Michel Serres dans Atlas mais aussi à la poésie d’Yves Bonnefoy[3], soulignait en 1998 la mutation de la réflexion sur l’exotisme dans le contexte des communications de masse. Certains, dans la lignée de cette réflexion, ont prôné une découverte ou redécouverte du proche qu’à force de regarder au loin l’on aurait transformé en tache aveugle. C’est par exemple ce que postule l’anthropologue Marc Augé lorsqu’il constate : “Le monde existe encore en sa diversité. Mais celle-ci a peu à voir avec le kaléidoscope illusoire du tourisme. Peut-être une de nos tâches les plus urgentes est-elle de réapprendre à voyager, éventuellement au plus proche de chez nous, pour réapprendre à voir”[4].
Voyages vers les ailleurs intérieurs : quête “endotique” ou alter-exotisme ?
5 .Face à un double sentiment, fait de lassitude par saturation et de constatation de la vacuité de la démarche viatique, nous assistons, semble-t-il, moins à une remise en cause de la vision exotique qu’à une redéfinition des ailleurs.
L’idée selon laquelle l’essentiel et l’inconnu désirable serait finalement plus à chercher dans la proximité spatiale que dans des lointains répertoriés, cartographiés, médiatisés trouve au demeurant déjà sa formulation dans les fragments Espèces d’espaces de Georges Perec en 1974. Dans ces textes courts, Perec amorçait une réflexion paradoxale sur la perception de l’ailleurs, proposant de ne plus se perdre dans l’illusion “des quêtes improbables”, dans “des minuscules incursions dans des vestiges désincarnés”, mais de (re)découvrir “le familier retrouvé”, “l’espace fraternel”, d’appréhender le monde “comme retrouvaille d’un sens, perception d’une écriture terrestre, d’une géographie dont nous avons oublié que nous sommes les auteurs”[5]. Il invitait dès lors, par ce simple rappel de l’auctorialité, à substituer à la pratique du passage superficiel, celle d’une inscription créatrice dans l’espace. Perec systématise par ailleurs cette idée dans L’infra-ordinaire (publié de façon posthume en 1989) au travers de la notion d’ “endotique”. Par ce néologisme sémantiquement opposé à exotique, l’auteur en appelait alors à “interroger l’habituel” auquel nous ne prêtons plus attention, pour y chercher notre propre sens :
Nous dormons notre vie d’un sommeil sans rêves. Mais où est-elle, notre vie ? Où est notre corps ? Où est notre espace ? Comment parler de ces ‘choses communes’, comment les traquer plutôt, comment les débusquer, les arracher à la gangue dans laquelle elles restent engluées, comment leur donner un sens, une langue : qu’elles parlent enfin de ce qui est, de ce que nous sommes. Peut-être s’agit-il de fonder enfin notre propre anthropologie : celle qui parlera de nous, qui ira chercher en nous ce que nous avons si longtemps pillé chez les autres. Non plus l’exotique, mais l’endotique.[6]
6 .Les écrits des années 2010 qui font l’objet de cette étude ne constituent donc pas, en la matière, une rupture fondamentale dans le discours général, mais bien au contraire la poursuite d’une réflexion initiée il y a plusieurs décennies face à la généralisation du mouvement et à l’inventorisation spectaculaire d’une altérité en voie de disparition[7], ainsi qu’en témoignent par exemple deux récits de voyage, Le dépaysement de Jean-Christophe Bailly (2010)[8] et Les chemins noirs de Sylvain Tesson (2016)[9]. Or, contrairement à ce que l’on pourrait supposer à une période marquée par un repli de plus en plus manifeste sur des valeurs identitaires, ces textes marquent moins un retour du motif de l’attachement au terroir empreint de conservatisme voire de nationalisme, souvent opposé à l’ouverture du voyage ou une célébration de “non-lieux”, que la représentation d’un voyage alternatif, d’un voyage en creux, à la découverte des derniers signes d’altérité.
7 .La démarche de Jean-Christophe Bailly dans Le dépaysement (2010) se rapproche en de nombreux points de celle de Georges Perec, à ceci près que c’est précisément l’éloignement spatial qui lui permet de porter ce regard en retour sur un espace français non véritablement perçu parce que relevant de l’évidence. C’est en effet de New York, par le biais d’un film de Jean Renoir, La règle du jeu, que Bailly fait la découverte d’une “émotion de la provenance(LD 8)[10]. Il prend alors conscience que tout ce que l’on considère comme acquis parce qu’inventorié dans l’imaginaire comme autant d’éléments essentiellement français, échappe de fait à la perception consciente, donc à la connaissance. Dès lors, Bailly entreprend un voyage “intérieur” et parcourt diverses régions de France, cherchant à combler cette méconnaissance empirique en s’interrogeant en particulier sur l’espace et l’histoire ainsi que sur les relations intimes que ces deux composantes entretiennent. A priori, la démarche pourrait s’inscrire dans une perspective de repli sur une conception étriquée de l’identité nationale. Or, c’est précisément la perspective inverse que Bailly va développer dans son texte, définitivement conçu comme une fin de non-recevoir aux discours identitaires qui envahissent la politique française à cette période. En effet, l’auteur conçoit clairement son approche comme un contre-discours, comme une réfutation sans appel opposée aux velléités répétées de définir une identité française marquée par la pensée de la limite, de la clôture et de l’exclusion[11].
Si un pays, ce pays, est tellement lui-même, au fond nous ne le savons pas. Ce qui s’impose dès lors c’est d’aller y voir, c’est de comprendre quelle peut-être la texture de ce qui lui donne une existence, c’est-à-dire des propriétés, des singularités, et de sonder ce qui l’a formé, informé, déformé. C’est justement parce que certains croient que cela existe comme une entité fixe ou une essence, et se permettent en conséquence de décerner des certificats ou d’exclure (dans le temps de l’écriture de ce livre sera apparu un ‘ministère de l’Identité nationale, aberration qui entraînerait, on allait le voir, tout un train de mesures strictement xénophobes), qu’il est nécessaire d’aller par les chemins et de vérifier sur place ce qu’il en est. Tâche qui prenait place pour moi au sein d’une curiosité plus simple ou plus ample venant d’un autre constat qui est que ce pays, qui était donc selon toute apparence le mien, je le connaissais en fait plutôt mal, ou en tout cas de façon trop générale ou générique, ou brouillonne. (LD 9)
8 .Reconstituant “une histoire des traces dont le présent serait l’affleurement” (LD 13), Bailly ne clôt pas un espace mais bien plutôt l’ouvre paradoxalement sur le monde, notamment en opposant une conception essentialiste de l’identité – propre à ce qu’il appelle la “fièvre patrimoniale” – à une vision de la construction par sédimentation (LD 382). Tout au long de son ouvrage, il ne cesse de redéfinir une nouvelle notion d’espace intérieur, non pas du repli mais de l’accueil, un espace polymorphe aux racines multiples, enrichi de toutes sortes d’apports extérieurs désormais intégrés. Il donne alors à lire non pas l’image d’un ici fixe et immuable donné à percevoir, mais un “ailleurs qui est ici” (LD 409), sondant infatigablement “les étranges et imprévues bifurcations qui survenaient toujours, qui toujours emmenaient le pays au-delà de lui-même, le rendant en quelque sorte infini” (ibid.). L’épuisement des ailleurs lointains se voit dès lors opposer l’infini des ailleurs proches. Par la re-sémantisation opérée, “ici” et “ailleurs” ne sont plus contradictoires, mais bien au contraire deux notions invitant à repenser notre imaginaire spatio-temporel.
9 .Filant la métaphore de l’insularité à travers l’image chère à l’exotisme des îlots et des archipels, Bailly, dans le chapitre final de son récit intitulé “Point de fuite”, ne peut que constater “en chaque point du territoire abordé comme sur la carte dépliée, l’immense réseau latent des destinations non suivies” (ibid.). Dès lors, l’ici n’est plus à comprendre comme une injonction à l’enracinement mais comme une invitation renouvelée au voyage.
10À l’instar de Jean-Christophe Bailly, Sylvain Tesson place son expérience du voyage et des ailleurs lointains au principe même de sa réflexion sur l’espace proche. En effet, l’auteur, jusque-là plus connu pour ses récits de voyage en Russie ou en Extrême-Orient, intègre à son récit viatique nombre de repères issus de ses précédents parcours des lointains. Tout au long de son périple sur ces “chemins noirs”, Sylvain Tesson procède tout à la fois à une inversion de la relation exotique et à une reproduction de ses structures intrinsèques : tandis que dans la tradition du récit de voyage les auteurs parcourant les lointains ne cessent de chercher des correspondances entre les expériences de l’inconnu et leur propre sphère culturelle, Tesson, procédant lui aussi par analogie, convoque la Chine, la Russie, le Japon, etc. pour appréhender les réalités de la France profonde rencontrées au fil de ses pérégrinations. Il inverse dès lors les pôles de valeurs, le lointain devenant la donnée familière à l’aune de laquelle on mesure l’étrangeté de la proximité.
11En revanche sa motivation diffère fondamentalement de celle de Bailly. Moins politique, moins générale, elle est surtout personnelle. Plus nostalgique aussi, elle est aussi moins ouverte : “Les chemins noirs dont je tissais la lisse avaient cette haute responsabilité de dessiner la cartographie du temps perdu” (CN 71). En effet, victime d’une chute, grièvement blessé, Tesson entreprend son voyage comme une double rééducation (physique et psychique après le sevrage de l’alcool) et le conçoit comme une renaissance au monde[12]. Profondément marquée par la noirceur de la dépression, – les chemins noirs ne sont pas seulement ceux de la carte IGN, mais aussi ceux de l’errance intérieure – sa démarche s’inscrit néanmoins, ne serait-ce qu’au travers de la référence intertextuelle, dans l’ethos de l’échappée. Le titre du récit renvoie en effet au roman de René Frégni, Les chemins noirs (1988), comme l’auteur le signale explicitement, roman retraçant, nous dit-il, “la traque d’un conscrit réfractaire que l’autorité militaire poursuivait sur les routes d’Europe” (CN 34).
Tesson définit donc son entreprise comme une échappatoire à l’enfermement du corps et du psychisme, et comme acte de résistance contre les structures, comme rupture, à l’instar du personnage principal du roman de Frégni : “Partir sur les chemins noirs signifiait ouvrir une brèche dans le rempart” (CN 42), rempart du corps social et du dispositif[13] qui l’enserre.
12Comme Bailly, ce que Tesson recherche – et c’est assurément là aussi la grande différence avec l’ “endotique” que Perec appelle de ses vœux –, ce n’est pas une meilleure connaissance du familier et de l’ “infra-ordinaire”, mais la découverte de l’ailleurs inconnu et extraordinaire des interstices. Une altérité qui, là aussi, n’est pas sans rappeler l’évocation idéalisante d’une authenticité des zones encore intactes propre à la rêverie exotique d’un état de nature qui, au demeurant, risque de se perdre devant l’avancée programmée des technologies. Ainsi Tesson fustige-t-il l’aspiration politique à réduire les espaces encore épargnés par l’hyper-connectivité, celle qui entre autres se traduit dans le rapport sur l’hyper-ruralité présenté au Sénat en 2014 : “Ce que nous autres, pauvres cloches romantiques, tenions pour une clef du paradis sur Terre – l’ensauvagement, la préservation, l’isolement – était considéré dans ces pages comme des catégories du sous-développement” (CN 28). Avant tout, comme dans la démarche exotique, ces nouveaux ailleurs ont pour fonction première de servir de surfaces de projection et donc de support, a contrario, à une critique des dérives de sa propre société, en l’occurrence la société mondialisée des nouveaux médias et de l’ultra-libéralisme.
Fiction et exotisme en creux / Creuse
13En toute logique, cette évolution du motif exotique que l’on constate dans les récits de voyage, s’inscrit parallèlement dans le régime fictionnel de représentation. En lieu et place du motif exotique ou de l’appel du monde, se substitue alors une plongée dans la “France profonde”, dont le département de la Creuse est souvent le nom. Les textes de Michel Houellebecq, La carte et le territoire (2011)[14] et de Jean Echenoz Envoyée spéciale (2016)[15] témoignent de cette tendance.
14Incarnation de la France profonde depuis longtemps, rivale en cela de la Lozère dans l’imaginaire français, la Creuse comme motif littéraire connaît un regain d’intérêt dans la littérature de l’extrême contemporain que l’on peut expliquer par divers facteurs. La première raison est sans aucun doute liée à ses caractéristiques géographiques. Dans une conception modifiée de la spatio-temporalité, où l’éloignement se mesure moins en terme de distance spatiale qu’en temps de parcours et en termes d’accessibilité, la Creuse présente les principales caractéristiques d’un nouvel ailleurs lointain. Et elle peut d’autant plus servir de surface de projection à une rêverie exotique en creux que la toponymie invite l’imaginaire dans les profondeurs insondables de la France. Le nom du département parle de lui-même, tout comme sa porte d’accès géographique lorsque l’on “descend” de Paris en train ou en voiture : La Souterraine, village à proximité duquel le protagoniste de Houellebecq, Jed, s’arrête pour acheter une carte du département lors de son premier séjour. Par ailleurs, département rural très dépeuplé, enclavé au nord du Massif central et isolé des grandes métropoles, la Creuse est un pays rude de lacs et de forêts, offrant encore de nos jours une nature intacte et dense, mais aussi son corollaire, de vastes zones de désertification (landes) et la persistance de zones dites “blanches” (non connectées aux réseaux de communication dans lesquelles l’utilisation de téléphones portables ou d’internet n’est pas toujours possible), en somme, l’incarnation de ces zones d’hyper-ruralité précédemment évoquées, que les progrès et aléas de la mondialisation (notamment des communications) n’ont atteint que partiellement. La description qu’en donne Echenoz reprend ces éléments tout en en accentuant le trait jusqu’à la caricature.
Nous revoici dans le département français de la Creuse. Avant-dernière dans le classement national des densités de population, la Creuse compte de vastes pans inoccupés voire, dans le sud, quasiment déserts. Les landes y alternent avec les hauts-plateaux, les forêts avec les tourbières. Il n’y a personne, rien à manger pour personne que des champignons en automne, mais nous ne sommes pas en automne et nous méfions des champignons, ainsi que des baies que seuls savent aussi choisir les partisans du retour à la nature. En forêt, hormis quelques bêtes sauvages – loups sans affect, cerfs ombrageux, sourcilleux sangliers – qui cherchent elles aussi de quoi manger, vous-mêmes à l’occasion, il est d’autant plus rare de croiser une présence humaine que la région se dépeuple à vue d’œil. Et moins il y a de monde, on le sait, plus il y a de forêt. (ES 71)
15.Cette inscription parodique voire ludique, qui inscrit au sein de la représentation la peur primitive de la dévoration – celle-là même qui dans bien des textes exotiques prend la forme du cannibalisme – commence comme une notice Wikipedia avant d’être lentement envahie par l’écriture d’Echenoz, entre autres au travers de son maniement atypique des adjectifs. Si l’évocation des sangliers sourcilleux ne semble pas forcément se nourrir de référence, tel n’est pas le cas des “loups sans affect”, remarque sans doute ironique sur le Parc à Loups de Chabrières élaboré en argument touristique majeur par la ville de Guéret, ou plus encore des “cerfs ombrageux”, empruntés aux Vies des hommes illustres de Plutarque, hypotexte principal des Vies minuscules de Pierre Michon[16].
16En effet, le second facteur essentiel, qui fait aussi que la Creuse est préférée par exemple à la Lozère dans ces romans, est assurément à chercher dans l’héritage littéraire de Pierre Michon[17]. Les Vies minuscules ont en effet joué un rôle fondateur dans l’émergence du motif, le faisant sortir, dans les années 1980, de son ancrage dans la tradition du régionalisme[18]. Or, l’hommage de Houellebecq et d’Echenoz au prosateur creusois s’inscrit de façon plus ou moins explicite au sein même de leur roman : tous deux installent leurs protagonistes principaux à Châtelus-le-Marcheix, village de naissance de Pierre Michon. Chez Echenoz, l’évocation devient explicite (même si bien peu réaliste) lorsque Constance, entraînée contre son gré dans une aventure d’espionnage et préalablement séquestrée en Creuse, poursuit ses aventures en Corée du Nord et nous est présentée regardant sur TV5-Monde la rediffusion d’une émission consacrée à Pierre Michon dans une chambre d’hôtel à Pyongyang (ES 238-239).
17Au-delà de ces simples mentions, le motif de l’ailleurs tel qu’il est décliné dans les deux romans ici étudiés entre en dialogue avec sa représentation chez Michon. Plusieurs des Vies minuscules en effet, retracent l’évolution de protagonistes passant des vies enclavées dans la France profonde et plus singulièrement la Creuse, à des destins portés par l’aspiration vers des ailleurs lointains. La “Vie d’André Dufourneau”, qui ouvre le recueil, illustre parfaitement la tension permanente entre un enracinement problématique et mal vécu, et le désir de compensation des frustrations personnelles dans la projection vers des espaces lointains, où ces arpenteurs de forêts de châtaigniers vont, aux yeux d’un narrateur resté profondément enraciné, se perdre jusqu’à disparaître dans une illusion de réussite.
18Si le mouvement s’inverse dans les romans d’Echenoz et de Houellebecq, la structure de la dynamique reste. En ces temps de mondialisation, la Creuse apparaît dès lors aux espions parisiens sur le retour et à l’artiste à la vie mondialisée comme cette antithèse, cet ailleurs de refuge auquel on aspire, sans jamais pour autant, à l’instar des personnages de Michon, y trouver véritablement l’apaisement.
En effet, l’on peut constater que tant chez Houellebecq que chez Echenoz, la représentation de la Creuse s’inscrit, au moins partiellement, en lieu et place de la référence exotique. Aussi différents que soient ces romans, ils présentent cependant de nombreuses analogies, la première étant assurément la distance ironique voire délibérément caricaturale inhérente aux deux œuvres : parodie de roman d’espionnage chez Echenoz, désenchantement critique de la démarche artistique et remise en cause des catégories théoriques et esthétiques chez Houellebecq, et dans les deux cas, recours aux pires archétypes sur la France rurale. Ce faisant, tous deux inscrivent une modification de la relation entre ici et ailleurs au sein de leur roman.
19Dans Envoyée spéciale d’Echenoz, la Creuse occupe une place ordinairement réservée, dans le roman ou le film d’espionnage, à des ailleurs lointains, inquiétants, dépeuplés ou denses en nature : des îles désertes et hostiles, des jungles, un Extrême-Orient luxuriant ou ses villes “grouillantes”, bref, des zones désertiques ou surpeuplées dans lesquelles toute communication s’avère impossible, ne serait-ce qu’à cause du barrage de la langue ou de la culture. D’une manière générale, les kidnappings mènent les intrigues au bout du monde, permettant ainsi de mettre en œuvre une mécanique de suspense et de curiosité. Or, la protagoniste principale, Constance, est séquestrée en Creuse, précisément pour les raisons qui font que d’ordinaire, les victimes sont envoyées dans des zones reculées et hostiles. Outre qu’il s’agit pour le donneur d’ordres, du lieu idéal pour lui faire subir une “sorte de purge”, une “bonne cure d’isolement”, un “traitement dépuratif” (ES 12), l’enclavement et la désertification de la région font précisément de la Creuse ce lieu isolé et potentiellement hostile dans lequel il est périlleux de s’aventurer ou de chercher refuge :
Un tel environnement farouche et isolé rend aisée la séquestration d’une personne en milieu ouvert. Cette personne, si l’on choisit bien son emplacement, c’est à peine si l’on a besoin de s’occuper de ses mouvements, on peut même la laisser seule sans trop de surveillance. Si l’idée lui vient de s’échapper, démunie de guide, elle mourra de solitude, de peur, de désespoir et de faim. On réalise ainsi d’aimables économies de gardiennage. (ES 72)
20Dans La carte et le territoire de Michel Houellebecq, la Creuse apparaît à deux reprises et s’inscrit comme un motif d’encadrement. Tout à la fois image du ressourcement et de la rupture, elle est assurément l’expression même de l’isolement dans un monde soumis aux lois du marché[19]. Dans le premier tiers du roman, Jed, artiste traversant une phase de doute et donc en quête d’un nouveau souffle créateur, doit se rendre en Creuse à l’enterrement de sa grand-mère. C’est l’occasion pour lui de se livrer à des observations de nature quasi anthropologique sur le respect accordé aux morts lors des funérailles, et ce d’autant plus que les souvenirs d’une de ses anciennes amantes, d’origine malgache, lui reviennent en mémoire. Sans pour autant qu’une comparaison soit explicitement établie, les considérations sur les funérailles creusoises se trouvent juxtaposées aux souvenirs que Jed a gardés du récit des rites d’exhumation des morts à Madagascar. La Creuse, ou plus exactement la carte de la Creuse qu’il achète à cette occasion, sera alors à l’origine de toute une production artistique dont le succès va de nouveau le propulser dans le vaste espace mondialisé. L’épilogue, finalement, évoque le renoncement de Jed, qui décide de s’installer en Creuse après avoir mis un terme à sa carrière, quittant ainsi “le centre sociologique de son activité d’artiste” (CT 399). Dans un premier temps, Jed cherche moins le contact avec l’ailleurs que la rupture avec le monde dans lequel il vivait. Sa première initiative est donc de s’enfermer dans un parfait isolement, fuyant toute sorte de contact humain, transformant l’ancienne propriété de sa grand-mère et diverses terres achetées en gigantesque bunker.
21Cet épilogue est alors l’occasion de livrer des considérations sur les autochtones. Le narrateur établit systématiquement un discours binaire de l’altérité. Loin de la rencontre et de l’appréhension du divers, ces évocations relèvent plus de l’ordre du discours de l’altérité absolue, d’une étrangeté primitive et parfois inquiétante : en somme, la population locale se voit stigmatisée et affublée de certains traits qui, dans un monde globalisé, pourraient être ceux des derniers sauvages : envieux, soupçonneux, obtus, “les habitants des zones rurales sont en général inhospitaliers, agressifs et stupides” (CT 407).
22Tant Echenoz que Houellebecq mettent donc l’accent sur la primitivité et la sauvagerie, sur une altérité tout à la fois fascinante et effrayante, mais surtout sur une forme d’authenticité vouée à une disparition prochaine. Lorsque, dans Envoyée spéciale, l’un des instigateurs de l’enlèvement de Constance arrive pour la récupérer, celle-ci a trouvé refuge, avec la complicité de ses gardiens qui souffrent du “syndrome de la Creuse” (variante quelque peu inversée du syndrome de Stockholm), en haut d’une éolienne ; la maison typique dans laquelle elle avait été séquestrée a elle aussi été transformée : le tilleul a été abattu et transformé en bois de chauffage, l’ameublement rustique traditionnel a été remplacé par un “mobilier sommaire fleurant la grande surface, chez But ou Super-U plutôt que chez Ikea” (ES 180), la cheminée a cédé la place à un radiateur électrique. En somme, l’utilitaire synthétique et bon marché a été substitué à l’authentique, massif et naturel. Dans La carte et le territoire, l’uniformisation a aussi fait son œuvre par le truchement de l’hyper-connectivité. Lorsqu’à la fin de l’épilogue, Jed décide de mettre un terme à sa période d’isolement de vingt ans dans sa ferme, et avant de consacrer la fin de sa vie à “une méditation nostalgique sur la fin de l’âge industriel en Europe” (CT 428), il découvre une Creuse ayant subi une mutation radicale sous la double contrainte économique du tourisme de masse et de l’arrivée des nouvelles technologies, ayant drainé de nouvelles populations. Dès lors, l’authentique n’est plus qu’un bien marchand, qu’un produit dérivé dont le prix excessif fonctionne comme un catalyseur de désir, à l’instar du breakfast limousin à 23 euros par personne que déguste désormais un touriste chinois, ou des produits d’artisanat vendus dans une rue commerçante identique à celle qui traverse tout haut lieu du tourisme. En somme, ce que ce dernier îlot protégé que la Creuse (et avec elle les zones rurales) représentait a, lui aussi, subi le même sort que les ailleurs lointains et a été réduit à sa fonctionnalité dans un monde globalisé soumis à l’éternelle reproduction des modèles économiques et au formatage selon les attentes touristiques[20]. Dès lors, Châtelus-le-Marcheix n’est plus qu’un succédané de Koh Phi Phi ou Saint-Paul-de Vence (CT 412), lieu de merchandising d’une pseudo-authenticité côtoyant les cafés devenus les lieux de connexion internet, “le conseil général ayant financé le lancement d’un satellite géostationnaire afin d’améliorer la rapidité des connections internet dans le département” (CT 413). Tout comme la Thaïlande de Plateforme[21], Châtelus-le-Marcheix devient un espace réinvesti par les signes “sémiotiques” du tourisme et de la mondialisation. Comme à son habitude, Michel Houellebecq inscrit dans ce roman toutes sortes d’éléments d’hyper-actualité, donnant à son texte une touche d’anticipation à court terme[22]. En effet, ce que l’épilogue nous décrit du quadrillage communicationnel de cette région pourrait précisément être l’une des conséquences de la mise en œuvre du rapport sénatorial sur l’hyper-ruralité dénoncé par Sylvain Tesson cinq ans plus tard[23].
23Dans le contexte d’une nouvelle spatio-temporalité, les années 2010 voient émerger, dans la fiction et le récit de voyage, la représentation d’un retour vers l’intérieur. Mais celui-ci ne se charge pas des valeurs dont ont pu se charger, jadis, les représentations identitaires du retour au terroir. Moins qu’un repli identitaire, celles-ci convoquent un nouvel ailleurs pour interroger le sens du monde, développant en quelque sorte un alter-exotisme venant combler l’évidement imaginaire des ailleurs lointains. En effet, l’on trouve dans les quatre textes qui nous ont servi d’exemples les grands axes discursifs de la représentation exotique : nostalgie d’un état primitif, contre-modèle opposé aux dérives de sa propre société avec ce que cela implique d’oppositions binaires, réflexions quasi anthropologiques sur cet autre absolu qui nous est maintenant proche ; notons aussi la fascination pour la cartographie comme support à la rêverie d’inconnu, à l’imaginaire de la découverte, la carte au 1/25000[24] ou au 1/150000e (Houellebecq) ayant définitivement pris la place de la mappemonde, la caractérisation de ces espaces proches comme espaces d’ouverture et de fuite. En somme, ces auteurs inscrivent la représentation de ces ailleurs de la proximité géographique dans ce que le géographe Jean-François Staszak désigne du terme de “domaines géo-sémantiques de l’exotisme”[25], avec ce que cela implique de clichés : les stéréotypes de la sauvagerie (nature sauvage, hommes rustres), de l’état de nature (motifs de la chasse, cueilleurs, arpenteurs), côtoient les évocations de l’étrangeté, d’une lenteur naturelle opposée à la vitesse de la vie mondialisée, du désert culturel et infrastructurel (routier, urbain, informatique), de l’isolement, de la solitude et des ténèbres, suscitant tout à la fois de la fascination et une inquiétude pouvant aller jusqu’à l’angoisse (en particulier chez Sylvain Tesson).
24Tous ces éléments laissent dès lors à penser que ces représentations, qui sans aucun doute posent la question des repères dans un monde désormais sans limites, nous interrogent fondamentalement sur ce qu’est l’ailleurs et sur qui est l’autre. Ces ailleurs ultimes (et ces autres disséminés qui les peuplent, sortes d’indigènes de l’intérieur), ces négatifs de la mondialisation que l’on ne perçoit plus depuis des siècles, ne seraient-ils pas au fond la dernière part préservée, l’ultime altérité ? Et le seul autre encore à identifier ne serait-il pas, au bout du compte, celui que nous aurions relégué dans une tache aveugle à force de contempler et de remodeler le lointain à notre image ou selon nos besoins ? Dans cette hypothèse, ce décalage de la représentation exotique serait alors à considérer comme un signe supplémentaire de la mutation profonde et du changement de paradigme en train de s’accomplir, et qui, dans un premier temps, comme dans toutes les transitions civilisationnelles, procéderait d’une inversion des motifs s’inscrivant dans une reprise des structures discursives.
Véronique Porra
Université de Mayence

Notes


[1] On consultera à ce propos l’étude du sociologue allemand Ulrich Beck, Was ist Globalisierung ?, Francfort sur le Main, Suhrkamp Edition Zweite Moderne, 1997. Sur la modification de l’appréhension du temps et donc de la spatio-temporalité dans le contexte de la mondialisation, cf. entre autres Zygmunt Baumann, Liquid Times: Living in an Age of Uncertainty, Cambridge, Polity, 2007.

[2] Sur la transformation de la psychologie du voyageur à l’heure du tourisme, cf. Jean-Didier Urbain, L’idiot du voyage. Histoires de touristes, Paris, Payot, 1993.

[3] Jean-Marc Moura, La littérature des lointains. Histoire de l’exotisme européen au XX siècle, Paris, Honoré Champion, 1998. Voir notamment la cinquième partie de l’étude consacrée à “La littérature exotique à l’âge des communications de masse” (p. 383-423).

[4] Marc Augé, L’impossible voyage. Le tourisme et ses images, Paris, Payot, 2013, <Rivages Poche>, p. 15.

[5] Cf. Georges Perec, Espèces d’espaces, Paris, Éditions Galilée, 1974, “Le monde”, ici p. 104-105.

[6] Georges Perec, L’infra-ordinaire, Paris, Éditions du Seuil, 1989, p. 11.

[7] Un excellent exemple de cette spectacularisation de l’altérité en voie de disparition se calquant sur les grandes lignes du discours exotique tel que l’a connu le XVIII siècle nous est fourni par l’émission à grand succès de Frédéric Lopez, Rendez-vous en terre inconnue. La grande diffusion de l’émission engendre une dynamique paradoxale, puisqu’elle finit d’épuiser une rêverie qu’elle aspire à ranimer, en révélant à grande échelle les dernières zones intactes et les derniers “peuples authentiques” de la planète. Conjuguant tout à la fois l’idéalisation de l’autre comme contre-modèle à nos sociétés de la superficialité, du matérialisme et de la vitesse et une réduction de la représentation à une posture pseudo-ethnographique pour grand public, cette émission ne cesse d’annoncer la précarité voire la destruction prochaine des cultures appréhendées et donc à terme la disparition de la surface de projection de la rêverie exotique.

[8] Jean-Christophe Bailly, Le dépaysement. Voyages en France, Paris, Éditions du Seuil, 2011 ; dorénavant LD.

[9] Sylvain Tesson, Sur les chemins noirs, Paris, Gallimard, 2016 ; dorénavant CN.

[10] En italique dans le texte.

[11] Jean-Christophe Bailly y prend à plusieurs reprises position contre ce qu’il considère comme une dérive identitaire qui se traduit dans l’instauration d’un ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire en 2007 et dans le débat sur l’identité nationale lancé par le ministère d’Éric Besson en 2009.

[12] Sur la dimension intime de cette démarche, on consultera également son journal : Sylvain Tesson, Une très légère oscillation. Journal 2014-2017, Éditions Équateurs, 2017.

[13] À l’instar de Houellebecq, Tesson a ici explicitement recours au discours sociologique, le dispositif étant défini comme “la somme des héritages comportementaux, des sollicitations sociales, des influences politiques, des contraintes économiques qui déterminaient nos destins” (CN 84-85).

[14] Houellebecq Michel, La carte et le territoire, Paris, Flammarion, 2010 ; dorénavant CT.

[15] Jean Echenoz, Envoyée spéciale, Paris, Éditions de Minuit, 2016 ; dorénavant ES.

[16] Pierre Michon, Vies minuscules, Paris, Gallimard, 1984.

[17] Signalons par ailleurs que la Creuse est aussi connue des auteurs de l’extrême contemporain au travers des rencontres littéraires de Chaminadour, organisées à Guéret chaque année en septembre depuis 2006 en référence au grand auteur creusois Marcel Jouhandeau. Jean Echenoz en a été l’invité d’honneur en 2009.

[18] Ce régionalisme s’incarne, pour le Limousin, entre autres dans l’École de Brive. Au-delà, deux auteurs ont considérablement contribué, par la qualité de leur prose, à imposer le motif dans la littérature de l’extrême contemporain. Pierre Michon bien sûr, mais aussi Richard Millet, avant qu’il ne se perde dans des polémiques identitaires très éloignées de l’expression littéraire. Citons notamment son cycle romanesque “limousin”, La gloire des Pythre (1995), L’amour des trois sœurs Piale (1997) et Lauve le pur (2000).

[19] Pour une étude plus approfondie des enjeux de la spatialité dans l’œuvre de Michel Houellebecq, cf. Sylvain Montalbano, “Redistribuer la cartographie du sujet houellebecquien : écopoétique et ‘groupe sujet’ dans La possibilité d’une île et La carte et le territoire”, FiXXIon, n° 11, 2015.

[20] Sur la critique des déviances néo-libérales dans le roman de Houellebecq, cf. Wolfgang Asholt, “La carte et le territoire de Houellebecq : une déconstruction du néo-libéralisme ?”, Lendemains, 41, n° 161, 2016, p. 74-81.

[21] À propos de la valeur paradoxale de la Thaïlande dans le discours exotique chez Michel Houellebecq, voir Anne Effmert, ‘Les queues de siècles se ressemblent…’ Paradoxe Rhetorik als Subversionsstrategie in französischen Romanen des ausgehenden 19. und 20. Jahrhunderts, Francfort sur le Main, Peter Lang, 2016.

[22] Sur cet aspect de l’écriture houellebecquienne, cf. Christophe Meurée et Myriam Wathee-Delmotte, “Écrivains et postures prophétiques au regard de l’histoire immédiate. I- L’écrivain, par-delà le prophète empêché”, in : Yolaine Parisot et Charline Pluvinet (dir.), Pour un récit transnational. La fiction au défi de l’histoire immédiate, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2015, p. 123-135.

[23]Voir l’intégralité de ce rapport, établi par Alain Bertrand, sénateur de Lozère (consulté le 20 septembre 2017). On notera que l’auteur contribue aussi partiellement à construire une image marquée par les structures sémantiques et plus généralement discursives de l’exotisme ou de l’anthropologie, singulièrement lorsqu’il évoque l’Hinterland, le maintien des traditions et du patrimoine, l’opposition entre habitants et résidents de passage (cf. entre autres p.18-19).

[24] “La carte était le laissez-passer de nos rêves” (CN 33) ; voir également chez Echenoz (ES 182).

[25] Staszak Jean-François, “Qu’est-ce que l’exotisme ?”, Le Globe, Tome 18, 2008, p. 7-30, ici p. 18.







2012 | Revue critique de fixxion française contemporaine |  (ISSN 2033-7019)  |  Habillage: Ivan Arickx |  Graphisme: Jeanne Monpeurt
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