L’écriture translingue et la question de l’ailleurs. Réflexions à partir de la pratique littéraire d’Andreï Makine

Alain Ausoni

Résumé


Cet article se propose de partir du cas particulier de la production littéraire d’Andreï Makine pour penser, plus généralement, la part particulière qu’ont jouée les écrivains translingues (Kellman 2000, Jouanny 2000, Delbart 2005, Porra 2011, Allard et De Balsi 2015, Ausoni 2018) dans la reconfiguration contemporaine des rapports à l’ailleurs dans la littérature d’expression française. Le coup de force de Makine a été de ne pas se contenter de faire souffler sur le lecteur français le vent des steppes qui a bercé sa jeunesse russe mais de montrer comment la culture française, et notamment la littérature du 19e et du début du 20e siècles, s'est épanouie dans cet ailleurs au point de devenir un miroir pour les artistes russes. Comme cela fut particulièrement manifeste dans son récent discours de réception à l’Académie française, Makine se fait l’héritier de cette fructueuse période de globalisation culturelle, laquelle devait une bonne partie de son pouvoir au sacre qu’y ont connu en France les écrivains. Fortifié par sa “greffe” culturelle française et “protégé” par l'effet du rideau de fer des évolutions du littéraire en France, et notamment de l'autofiction contre laquelle il n'a pas de mots assez durs, Makine se forge une posture d'écrivain transplanté à même de renouer par son écriture translingue avec le but prométhéen qui a porté la grandeur de la littérature française. Or, dans l’œuvre de Makine, cette scène fondatrice de l’ailleurs, qui est aussi un avant, nourrit l’intérêt pour l’exploration romanesque d’un autre ailleurs, figuré lui aussi comme une préservation. Dans L’Archipel d’une autre vie (2016), le premier roman porté par son statut d’Immortel, Makine explore l’extrémité orientale de la Sibérie des années 1950 qui apparaît, par contraste avec les descriptions de la Russie du 20e siècle qu’on trouvait jusqu’ici dans son œuvre, comme un espace naturel, indemne des effets de la globalisation économique qui a tant transformé son pays d’enfance, où il est encore possible que l’homme se révèle à lui-même. Qui d’autre que l’écrivain transplanté, grandi ailleurs et nourri d’une certaine idée de la culture française, pour faire littérature de cette révélation ?


Mots-clés


Makine; translinguisme; ailleurs

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2012 | Revue critique de fixxion française contemporaine |  (ISSN 2033-7019)  |  Habillage: Ivan Arickx |  Graphisme: Jeanne Monpeurt
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