Si proche, si loin. La France périphérique
comme ailleurs de la littérature française contemporaine
On a tous dans l’cœur un morceau d’fer à user
Un vieux scooter de rêve pour faire le cirque dans l’quartier.
Laurent Voulzy
Unsere Stadt ist weder groß noch klein
wir haben ein Kino, ein paar Banken
ein paar Eisenbahnschranken
so gemütlich, so gemein
doch stumme Tränen, stummer Haß
davon erfährt niemand was
und unsere Fußgängerzone ist so sauber
man kann fast darin wohnen
Bernd Begemann, Deutsche Hymne ohne Refrain
1 Depuis une dizaine d’années la géographie humaine et électorale, ainsi que la sociologie, s’intéressent à ce que l’on nomme tour à tour espace périurbain ou nouvelle périphérie, dépeints habituellement comme autant d’espaces délaissés par les dirigeants, peuplé par les laissés-pour-compte des nouvelles dynamiques mondialisées, les “petits Blancs” auxquels Aymeric Patricot consacre son livre éponyme[1]. Le terme France périphérique a été popularisé par le géographe Christophe Guilluy, notamment par ses publications de 2010 et 2013 respectivement, Fractures françaises et La France périphérique. Comme on va le voir par la suite, les deux espaces regroupent des réalités diverses et représentent la construction d’un espace autre par rapport à Paris. Le discours sociologique privilégie le terme France désindustrialisée[2]. Cette nébuleuse conceptuelle n’est dissipée qu’à moitié par Guilluy lorsqu’il suggère une subdivision tripartite de l’espace français[3]. Les centres urbains dynamiques, mondialisés, aisés (Paris, Lyon, Bordeaux, Toulouse, Lille, Strasbourg, Metz/Nancy) produisent à peu près 80% du PIB national mais sont également l’espace le plus inégalitaire :
C’est le paradoxe : les territoires les plus inégalitaires de France, les métropoles sont ceux qui réussissent le mieux économiquement mais aussi socialement grâce à une forte mobilité d’en haut (les couches supérieures) et d’en bas (les couches populaires immigrées).[4]
2 Il faut noter par ailleurs que ces villes ne sont plus à envisager aujourd’hui comme des entités stables. Grâce notamment au TGV, un formidable réseau interurbain s’est constitué. L’on parle de plus en plus de ville-réseau et la dynamique économique d’une ville dépend largement de sa capacité à s’inscrire dans cette dynamique[5]. Plus une ville se trouve éloignée des réseaux TGV et des axes autoroutiers, plus elle court le risque de décrocher face au dynamisme économique des réseaux nationaux et internationaux.
3 Deuxième catégorie de l’espace français, les banlieues. En effet, Guilluy déconstruit notre imaginaire des banlieues en mettant en avant leur importance pour le bon fonctionnement des centres urbains mondialisés ainsi que leur potentiel d’assurer une ascension sociale à ses habitants. Car, loin de notre image américanisée de la ZUS forgée en grande partie par des films comme La haine, la banlieue, telle que l’envisage Guilluy, est une fabuleuse machine à créer des ascensions sociales :
Le contexte urbain a pourtant radicalement évolué. Les quartiers de banlieue, hier situés à l’extérieur des grandes villes, se retrouvent aujourd’hui au centre des aires urbaines les plus importantes. Cette centralité nouvelle est rarement prise en compte. Le contexte économique a lui aussi totalement changé. Hier insérés dans un tissu économique et un marché de l’emploi diversifié où les emplois peu qualifiés et industriels étaient encore nombreux, les quartiers de logements sociaux sont maintenant immergés dans un marché de l’emploi métropolitain très qualifié.[6]
4 À côté de ces deux espaces, ville et banlieue, Guilluy en identifie un troisième, aux contours flous, qu’il nomme France périphérique ou périurbaine. Il s’agit d’un ensemble hétéroclite de territoires qui regroupent, selon le géographe, une forte concentration des catégories socio-professionnelles fragilisées par la mondialisation, “ouvriers, employés, petits paysans, jeunes, actifs occupés, chômeurs et retraités issus de ces catégories”[7]. Des exemples seraient alors la plus grande partie du bassin minier du Pas-de-Calais, comme Hénin-Beaumont, Lens, le bassin houiller en Lorraine (Forbach, Stiring-Wendel), la vallée de la Fensch entre Metz et Luxembourg, des villes comme Chaumont, Agen, l’ancien bassin industriel de la Creuse, pour n’en mentionner que quelques-uns. Il procède, qui plus est, à une différenciation entre périurbain choisi et périurbain subi selon que la personne choisit de s’y installer de son plein gré ou décide de vivre à l’écart des centres urbains par manque de moyens pour payer un loyer en ville. D’aucuns insistent davantage sur la nature éminemment hybride de l’espace périurbain, “ce dernier étant caractérisé par la discontinuité du tissu construit et considéré comme la forme ultime de l’expansion urbaine” qui résulte en “l’implant d’une forme citadine (l’habitat citadin) dans une structure socio-économique et un environnement rural”[8].
5 Nous suggérons de déterritorialiser quelque peu ces définitions et partons de l’hypothèse que l’espace périphérique regroupe une multitude de réalités, de trajectoires de personnes qui se considèrent, à tort ou à raison, comme les perdants de la mondialisation. Et : on est toujours le périphérique de quelqu’un. Ainsi cet espace protéiforme est avant tout devenu l’emblème de ce mal français qui amalgame une multitude de symptômes : chômage de masse, misère rurale, désindustrialisation, métropolisation et surtout, la fin du modèle social-colbertiste qui a régenté l’économie française pendant des siècles[9]. Il convient d’insister sur la perception des habitants de cet espace comme perdants ainsi que sur sa dimension ethnique : il est essentiellement habité par des Français d’origine européenne ayant du mal à trouver leurs repères dans un monde hyper-capitaliste qui célèbre la diversité et le métissage. Comme le formule Aymeric Patricot dont l’approche est loin d’être dénuée de problèmes :
Il existe pourtant un trait susceptible de tenir lieu de définition ; le petit blanc serait ce Blanc pauvre prenant conscience de sa couleur dans un contexte de métissage et se découvrant aussi misérable que les minorités tenues pour être, a priori, moins bien traitées que lui [10]
6 La récente discussion sur les espaces périphériques peut être considérée comme une réactualisation des mythiques deux France, pays scindé en deux, sur les plans électoral, politique, sociologique, géographique et spatial. Déjà en 2005, aux alentours du référendum sur le traité de Nice, François Bayrou constatait l’existence de “deux France, de plus en plus éloignées l’une de l’autre. Celle de ceux qui se sentent bien, ouverte, diplômée, urbaine, celle de ceux qui ont une situation, un logement, et qui vivent le temps comme une chance, le monde comme une opportunité nouvelle. Et celle de ceux qui se sentent mal, celle des bas salaires, du chômage ou de l’exclusion, celle des commerces, de l’artisanat, la France rurale, celle des banlieues, de la fonction publique, la France qui se sent assiégée, qui a le sentiment que son temps s’achève et que le monde est dressé contre elle”[11]. Cette mythique duplicité de l’espace français est également mise en avant par des publications comme Le peuple de la frontière : 2000 km de marche à la rencontre des Français qui n’attendaient pas Macron par Gérald Andrieu qui oppose une France enracinée (il sillonne les frontières de l’Hexagone pendant plusieurs mois) mais décentrée par rapport à Paris, à la France de Macron, globalisée mais déracinée.
7 Nous cherchons à analyser dans ce qui suit comment la littérature française depuis 2000 s’approprie ce phénomène et comment elle participe à un discours sociétal qui construit ces espaces comme des espaces autres. Pareil travail littéraire sur l’espace, la géographie et les conditions matérielles qui façonnent notre quotidien, s’inscrit dans un phénomène littéraire que l’on pourrait nommer tournant documentaire dans la mesure où la recherche de soi est liée à une recherche de grande envergure[12]. À cela s’ajoute inévitablement la question du droit moral à la parole. Car, pour la plupart, ces auteurs parlent d’un espace qui leur est (devenu) étranger, d’un questionnement aussi sur l’assise morale de leur entreprise. Il s’agira dans un premier mouvement d’explorer l’aspect le plus patent, celui de l’espace. Dans un deuxième temps, il sera question de l’identité de celui qui évolue dans un espace considéré comme périphérique, identité souvent liée à une double marginalité.
Espaces
8 Dès 1993, Annie Ernaux partageait dans son Journal du dehors la sensation que la ville nouvelle, Cergy-Pontoise, à quarante kilomètres de Paris, ni ville, ni banlieue au sens classique du terme, dans laquelle elle s’était installée quelques années auparavant, lui inspire :
J’étais submergée par un sentiment d’étrangeté, incapable de voir autre chose que les esplanades vertes, les façades de béton rose ou bleu, le désert des rues pavillonnaires. L’impression continue de flotter dans un no man’s land. Mon regard était semblable aux parois de verre des immeubles de bureaux, ne reflétant personne, que les tours et les nuages.[13]
9 Et dans un autre texte, Les années, Annie Ernaux relate cette expérience nouvelle de l’espace, qui lance un défi à l’homme encore marqué par son inscription spatiale dans l’ancien monde :
Plus loin, il y avait des espaces herbeux, des immeubles de verre et des tours administratives, une dalle piétonne, d’autres lotissements reliés par des passerelles au-dessus des voies de circulation. Il était impossible de se figurer les limites de la ville. On se sentait flotter dans un espace trop vaste, l’existence se diluait.
Se promener là n’avait pas de sens, à la rigueur courir en survêtement sans rien regarder autour de soi.[14]
10Et dans ce même paragraphe, l’écrivaine conclut : “Habiter la région parisienne […], c’était ne pouvoir trouver un ordre heureux dans ce qu’on voyait”[15]. Sans doute l’essence même du péri-urbain réside-t-elle davantage dans les usages que nous en faisons que dans des caractéristiques géographiques strictes. On peut parier que le périurbain se soustrait aux usages habituels (qu’on pourrait nommer anthropologiques) que nous faisons de l’espace : le village pour les balades et la vie sociale immédiate et la ville pour les emplettes, la vie culturelle, les bars et les restaurants. Le malaise que produisent ces nouveaux espaces provient de leur nature hybride, incertaine, flottante. J’argumenterais volontiers que cette utilisation inhabituelle de l’espace fonctionnait tant qu’elle générait des revenus, faisait vivre ses habitants. Avec la crise de l’industrie française cet équilibre précaire s’estompe, il reste des espaces hybrides qui, dépourvus de leur fonction économique, et face à l’impossibilité de retourner à leur usage ancien, peinent à faire sens[16].
11La vallée de la Fensch souffre depuis de nombreuses années des répercussions de la crise économique déclenchée par la fin des industries lourdes, jadis les fleurons du tissu industriel français. À la suite des fermetures de hauts-fourneaux dans les années 1970 et 1980, d’autres industries s’y sont implantées, sans toutefois laisser une empreinte durable dans la région. Dans son livre Daewoo, François Bon s’attache à relater les répercussions humaines de l’affaire Daewoo, constructeur d’automobiles coréen qui avait profité de subventions abondantes de la France dans les années 1980, s’était installé en Lorraine et dans le cadre d’un plan de restructuration avait licencié en 2002 les 1200 ouvriers, avec des conséquences tragiques pour la région. Au début de son livre, Bon s’interroge sur les répercussions dans l’espace de ce plan social :
La disparition progressive de six lettres, d’abord comme on efface à la machine, enlevant les dernières lettres. Quand j’étais arrivé, c’était un O majuscule qui se promenait dans le ciel, soulevée par le bras jaune de la grue au-dessus du rectangle bleu de l’usine, et DAEWO, puis DAEW, puis AEW puis EW, enfin ce seul W […] écrit en géant sur l’usine.
Un instant il n’était donc plus resté que la lettre W mais ce W géant, hommage à un auteur qui m’est cher et aux financiers tripatouilleurs de DAEWOO, n’était rien, enfin l’encadrement de cornière presqu’invisible sur le haut du fronton bleu tout plat et maintenant vide, lui aussi soulevé par la flèche de la grue. L’usine ce matin-là avait perdu son nom.[17]
12La référence perecquienne est patente dans le passage en question. Le narrateur de Bon, dans une économie narrative remarquable, s’attache à relater les multiples disparitions : celle de l’enseigne lumineuse se fait synecdoque avec plusieurs strates significatives en ce qu’elle permet de penser tout d’abord la fin de l’usine, le chômage et les désastres familiaux qui l’accompagneront. Or cette disparition recèle autant d’autres disparitions, de drames personnels et humains, de plans sociaux et la quasi-impossibilité de retrouver du travail dans la région. Et, eu égard à la métaphore lumineuse utilisée par l’écrivain, on ne peut s’empêcher de penser au dicton du dernier qui s’en va et qui éteint la lumière. Or, l’auteur du texte est confronté à un monde qui n’est pas le sien :
Refuser. Faire face à l’effacement même. Pourquoi appeler roman un livre quand on voudrait qu’il émane de cette présence si étonnante parfois de toutes choses, là devant un portail ouvert mais qu’on ne peut franchir, le silence approximatif des bords de ville un instant tenu à distance, et que la nudité crue de cet endroit précis du monde on voudrait qu’elle sauve ce que béton et ciment enclosent, pour vous qui n’êtes là qu’en passager, en témoin ?[18]
13Cet incipit de Daewoo met en avant la pudeur du narrateur face à la violence d’un monde qui n’est pas le sien. Confronté à ce mur le séparant de ce monde qu’il entend dépeindre, il prend conscience, violemment, des limites de son entreprise. Comment rendre visible ce que la mondialisation et la désindustrialisation ont englouti, irrévocablement ? Comment parler avec justesse d’un monde dans lequel on ne fait que passer ? François Bon tente de résoudre le dilemme du droit moral à la parole et de son étrangeté par rapport au monde qu’il dépeint en avançant prudemment, en se questionnant, en cherchant à ne pas trahir la parole de ceux qui, de diverses manières, entrent dans le roman.
14Tout le monde n’a pas cette délicatesse. Télérama publia en février 2010 un article au titre racoleur de Comment la France est devenue moche qui épingle la périurbanisation de la France et les conséquences esthétiques qu’elle entraîne : omniprésence des pavillons, prolifération des zones commerciales à la périphérie des villes, destruction de la nature[19]. Eric Chauvier, anthropologue, écrivain et de toute évidence habitant d’une zone périurbaine non précisée (on peut deviner qu’il s’agit de la région bordelaise) publie un an après son Contre Télérama. Si ce titre suggère qu’il s’agit d’un violent réquisitoire contre la revue culturelle, le petit livre de Chauvier est un compte-rendu, organisé autour de quelques mots-clés, de la vie quotidienne dans son péri-urbain. Utiliser des mots-clés est une pratique qu’il utilise afin d’aiguiser son esprit d’observation. Comme il le note dans son premier chapitre :
Ceux qui observent le monde de façon professionnelle se servent de mots-clés pour faire autorité. Nous avons décidé de céder à cette habitude afin de consigner certaines impressions sur notre vie périurbaine. Nous refusions de continuer à vivre ici, dans ces lieux qui nous paraissent mutiques et inaudibles, sans tenter quelque chose, sans mener ce qu’il convient de nommer une enquête. Le fait même de consigner ces petits événements avec ces mots-clefs, sur un carnet, a agi sur nous comme un révélateur, nous faisant nous poser, chacun à notre mesure, certaines questions que la routine nous avait voilées, à moi comme aux autres.[20]
15Les contraintes lui permettent de mieux saisir les spécificités de l’espace pavillonnaire qui l’entoure : ses habitants, ses absurdités, ses lois tacites, ses beautés cachées. Mais c’est surtout remettre en question un discours qui réduit le périurbain à des centres commerciaux, des panneaux publicitaires, et des restaurations rapides d’un goût douteux. Son entrée Laideur prend clairement position par rapport à Télérama.
Un journal hebdomadaire de la capitale a consacré un article qui se référerait explicitement au monde périurbain de ce pays en relevant sa mocheté. Nous avons compris, bien sûr, que l’usage de l’adjectif “moche” renvoyait, pour ce journal humaniste, à une provocation destinée à remuer les consciences assoupies, trop habituées à vivre au milieu de ces enseignes publicitaires, bâtiments commerciaux informes, couleurs criardes, ronds-points, hypermarchés, etc. […] Qui sont-ils, ces journalistes centralisés pour décréter la laideur de notre périurbanité ? Qui sont-ils pour porter ce jugement qui, en suggérant de raser notre cadre de vie pour construire je ne sais quel Éden, le rend indigne d’être étudié comme une tribu amazonienne ou une secte dangereuse ?[21]
Voici que Chauvier s’en prend à un discours qui perçoit le paysage français à travers la seule matrice parisienne et de sa perception de la beauté. Contre Télérama s’attache à rendre justice à un espace trop souvent réduit à ses signes distinctifs visibles, sans jamais soulever la question de ses habitants, sans rendre compte de la diversité de cet espace. Pour lui, le périurbain “ne désigne rien de précis si ce n’était, étymologiquement, la périphérie de la ville, il s’agissait par conséquent d’une boîte noire”[22].
16Le déclin des petites villes en France, autre volet de la crise de la France périphérique, fait l’objet de polémiques en France depuis un certain nombre d’années. Ce déclin semble lié à la périurbanisation, aux centres commerciaux en périphérie, à l’exode rural, à la métropolisation. Un article paru en mars 2017 dans le New York Times, “En France, le déclin des villes de province est celui d’un marqueur de son identité”, a, parmi d’autres, déclenché un vif débat sur l’état et l’avenir des petites villes françaises face à la concurrence des zones commerciales[23]. Saint-Yrieix-la-Perche est une petite ville de 10 000 habitants située dans le sud de la Haute-Vienne. C’est ici qu’est né Éric Chauvier. La petite ville s’attache non seulement à décrire mais encore à analyser la décrépitude des petites villes en France. S’inspirant de la psychogéographie de Guy Debord, notamment en pratiquant la technique de la dérive, il tente de déchiffrer les strates de signification de sa ville natale et, de comprendre par ce truchement son déclin[24]. La petite ville se fait synecdoque du déclin urbain français. L’enjeu de Chauvier est de taille : il s’agit d’objectiver une expérience personnelle (il a vécu dans cette ville entre sa naissance et 1989) tout en portant un regard personnel sur une expérience objective qu’il ne partage plus : pendant son absence, la ville qui fut la sienne a subi, à l’instar de beaucoup de petites villes françaises, des changements importants. En effet, il sillonne la ville accompagné par Nathalie, starlette de la piscine en plein air des années 1980, aujourd’hui électrice du Front National. Le procédé narratif auquel il recourt consiste à insérer entre parenthèses dans son enquête les paroles échangées entre le narrateur et Nathalie, en italique quand c’est Nathalie qui prend la parole, en romain quand il s’agit du narrateur. Il s’agit en somme d’établir un dialogue avec l’électorat du FN (électorat dont on parle souvent mais auquel on accorde rarement le droit à la parole), mais aussi d’inscrire ses paroles dans la plus longue durée des événements socio-économiques ayant défait le tissu urbain des petites villes françaises. Leur échange tourne essentiellement autour d’un centre vide :
La destruction d’une vie commerçante centrale est compensée par la concentration, en périphérie, de produits de marques en quantité illimitée, asseyant de la sorte le triomphe de l’espace sur les situations : de la marchandise sur les visages. (Je ne les vois même plus) Je ne sais de quoi elle parle. (Des magasins perdus…) mais relève des contradictions manifestes : ne plus voir ce qui a disparu du champ de vision. Autrefois (Mais quand ? Il y a pas si longtemps), la rue marchande tressaillait de stimuli marchands (Les commerçants ? Des voleurs, oui ! Mais ça faisait de la vie) Voici cet acte de perception qu’elle ne sollicite plus avec le temps. Nathalie m’évoque un amputé qui ressent encore son membre absent.[25]
17En effet, la tâche que Chauvier s’est assignée est d’envergure. Il s’agit de rendre visible ce qui irrévocablement appartient au passé, il s’agit aussi de réconcilier deux langages différents, celui de l’anthropologue et le langage populaire de ceux qui sont, souvent malgré eux, contraints de rester dans la France périphérique. Il est ardu également d’assumer qu’au fil des ans, la starlette de la piscine jadis admirée (Mais quand tu avais 14 ou 15 ans, allongée sur le gazon de la piscine municipale…) (bon Dieu que tu étais belle) (J’allais à la piscine juste pour te voir)[26] a subi des changements importants et fait partie désormais de ce que le discours sociologique nomme couches populaires. Elle pratique, qui plus est, un discours que le chercheur trouve simplet. L’écueil d’un certain paternalisme et d’un certain mépris de classe est patent. Nous verrons que la fin du livre soulève avec acuité cette question.
18Avec sa tentative de rendre compte des changements de sa ville natale, Chauvier relate également la plénitude, la fierté de la bourgeoisie locale lorsqu’elle introduit les trottoirs en 1909, tout en modernisant la voirie de la ville. Éric Chauvier passe en revue le développement socio-économique de la ville, jadis haut-lieu de l’imprimerie Morin. L’usine Cablim qui produit des câbles et la manufacture de la Seynie y étaient également présentes. Naguère haut-lieu du capitalisme paternaliste version française, Saint-Yrieix-la-Perche est représenté comme un cas d’école pour la montée du Front National. Avec la désindustrialisation des années 1990 et 2000 que les vieux patrons n’ont pas vue venir, s’est créé un vide référentiel que le Front National a fini par combler. L’anthropologue établit un lien de cause à effet entre le capitalisme paternaliste, la disparition de ce dernier et l’émergence du Front National qui fournit une identité paternelle de substitution. À cela s’ajoute le relatif isolement géographique de l’endroit, entériné par Giscard d’Estaing dans les années 1970, lorsque les deux axes routiers principaux seront rétrogradés à des routes nationales compliquant désormais l’accès au travail dans d’autres communes avoisinantes.
Identités
19Retourner dans sa ville n’est jamais une mission aisée. Retourner dans sa ville natale, c’est faire le deuil de ce qui n’est plus, c’est souvent aussi tenter de saisir les transformations (sociales, économiques, au niveau de l’habitat) qui rendent étranger un espace jadis familier. Le retour vers l’espace de l’enfance (dès lors qu’on l’a quitté il y a longtemps) entraîne de manière quasi automatique un dédoublement dans la structure narrative. Chauvier tente de résoudre le dilemme de la voix en introduisant Nathalie, chargée de rendre compte des modifications qu’a subies la ville. Elle incarne un Chauvier bis, celui qui est parti mais qui aurait très bien pu rester sur place. Elle prend la mesure de l’éloignement tant géographique que socio-économique de Chauvier, elle sert aussi de séismographe pour mesurer l’ampleur de la secousse provoquée par cet éloignement. Nathalie, en quelque sorte, c’est Chauvier au conditionnel du passé, j’aurais dû, pu, pas pu. Or, à la suite de quiproquos et de malentendus, les deux finissent par se brouiller et l’artifice anthropologique, douloureusement, s’effondre ; effondrement qui, sur le plan grammatical, s’exprime à travers le conditionnel passé :
Mais je me retrouve seul et inexcusable, à me dire que je ne peux décidément pas m’échapper de ma petite ville. Elle se rappelle toujours à moi sous ce monde pathétique qui me l’a fait quitter en septembre 1989 – lorsque je fuyais son étroitesse d’esprit et son conformisme. Je rêvais de grandes villes, de formes culturelles raffinées, exigeantes, libres. Tout ce que Saint-Yrieix n’était pas. Mais elle se rappelle aujourd’hui à moi en me signifiant qu’elle m’avait assigné une position de classe et que je n’ai pu m’en extraire qu’au prix d’une fuite – un choix artificiel. Revenir ici, c’est se confronter de nouveau à celui que j’étais, à celui que j’ai fui : un fils d’enseignant, “le fils de l’instit” qui aurait bien voulu s’extraire de sa classe sociale. Je repense à ce qu’elle m’a dit (Tu te prends pour qui monsieur l’écrivain ?), à Stéphane G., à Barbara. Tout s’éclaire de cette lumière nouvelle. La petite ville subsiste en moi (Tu l’as pas baisée, Barbara ?) comme une blessure rouverte (Je pleure pas pauv’con).[27]
20Cette dernière phrase, magnifique, rend compte de la précarité du projet auto-ethnographique. Impossible de porter un regard neutre sur un espace qui fut le sien, impossible de se défaire de l’implication émotionnelle forte qui frappe de plein fouet quiconque effectue des recherches sur l’endroit de sa naissance. L’auteur prend conscience du fait que son approche n’est pas très éloignée de celle qu’il avait reprochée quelques années auparavant à Télérama. Face à l’inéluctabilité de reconnaître que l’on ne peut s’extraire d’une certaine condition, que toute fuite en avant reste artificielle, se rouvre la plaie. Et à partir de cette plaie béante, d’autres manières d’envisager cette périphérie qui nous a faits peuvent être pensées.
21L’espace périphérique est souvent dépeint par rapport au sujet marginalisé qui évolue en lui, comme si cette double marginalité allait faire ressortir les particularités des deux, de l’individu ainsi que de l’espace. Les lecteurs du Retour à Reims de Didier Éribon (œuvre sur laquelle nous avons décidé de ne pas nous attarder dans le cadre de ce texte) ont pu apprécier ce mélange d’autobiographie et d’ethnographie qui interroge le monde, devenu étranger, dont on provient. Dans une veine similaire le projet littéraire d’Édouard Louis interroge “la question gay […] à partir de sa condition actuelle dans le contexte d’espaces sociaux périphériques”[28]. Dédié à Éribon, son premier roman En finir avec Eddy Bellegueule relate l’enfance picarde du jeune homosexuel Eddy Bellegueule dans un milieu défavorisé, les humiliations subies de la part de ses camarades de classe, la misère de classes populaires. À la fin de la narration, après un long processus d’émancipation favorisé par une scolarité à Amiens et ensuite à Paris, il abandonne son nom à forte consonance populaire et devient Édouard Louis, nom bourgeois s’il en est (et du même coup personnage principal de la pièce Juste la fin du monde de Jean-Luc Lagarce, récemment portée à l’écran par Xavier Dolan). C’est ainsi que la citation en exergue du Ravissement de Lol V. Stein de Marguerite Duras révèle tout son sens “Pour la première fois mon nom prononcé ne nomme pas”. Afin de rompre définitivement avec le milieu qu’il considérait comme oppressant, étouffant, humiliant, il fallait changer de nom. Le fait que le nom ne nomme plus, constitue le stade ultime de sa libération. Or en même temps, c’est aussi s’émanciper d’une double appartenance : sociale et familiale. Il s’extrait d’une généalogie mais se libère (du moins provisoirement) de sa position de classes[29].
22Dans un article paru dans le New York Times au moment du second tour des élections présidentielles en France en 2017, Édouard Louis présente son village natal en Picardie dans les termes suivants :
I grew up in Hallencourt, a tiny village in Northern France where, until the 1980s, nearly everyone worked for the same factory. By the time I was born, in the 1990s, after several waves of layoffs, most of the people around me were out of work and had to survive as best they could on welfare. My father left school at 14, as did his father before him. […]
My father had felt abandoned by the political left since the 1980s, when it began adopting the language and thinking of the free market. Across Europe, left-wing parties no longer spoke of social class, injustice and poverty, of suffering, pain and exhaustion. They talked about modernization, growth and harmony in diversity, about communication, social dialogue and calming tensions.[30]
23Hallencourt, en effet, qui hébergeait pendant de longues années une fonderie de laiton, peut en effet être envisagé comme emblématique de cette campagne investie par des pratiques citadines caractéristique de l’espace périurbain. Sa brutalité, l’ignorance des habitants, le manque de perspectives sont autant d’éléments qui ne manquent pas de choquer le lecteur, tout comme les jeux sexuels entre garçons traduisant une misère sexuelle masculine en milieu rural qui ne dit pas son nom. Le roman se termine par la libération du sujet narrant. Son inscription au lycée d’Amiens lui permet alors d’envisager sa sexualité avec plus de légèreté, et elle clôt un cycle perecquien amorcé par la première phrase De mon enfance je n’ai presque pas de souvenirs heureux qui résonne avec l’incipit de W : Je n’ai pas de souvenirs d’enfance. La fin du roman semble être calquée sur Ellis Island, texte dans lequel Georges Perec parvient à avouer son implication émotionnelle dans la judéité[31]. En effet, le défi relevé consiste à écrire un roman sur une double marginalité : d’abord, celle du sujet homosexuel, Eddy Bellegueule, dans sa différence qui se manifeste jeune. Or celle-ci, seconde forme de marginalité, est représentée en adoptant la perspective de ses parents dépourvus tant de capital symbolique que social, horrifiés par le spectacle qui s’offre à leurs yeux :
À mesure que je grandissais je sentais leurs regards de plus en plus pesants de mon père sur moi, la terreur qui montait en lui, son impuissance devant le monstre qu’il avait créé et qui, chaque jour, confirmait un peu l’anomalie qui était en lui.[32]
Ou bien :
C’est à ce moment, au moment où ils faisaient des commentaires sur l’homosexuel de la télévision que je suis rentré du collège. Il s’appelle Steevy. Mon père s’est tourné vers moi, il m’a appelé Alors Steevy, ça va, c’était bien l’école ? Tito et Dédé se sont esclaffés, un véritable fou rire, les larmes qui coulent, le corps qui se tord, comme soudainement possédé par le démon, la difficulté à reprendre sa respiration Steevy, oui c’est vrai maintenant que tu le dis, ton fils a un peu les mêmes manières quand il parle. L’impossibilité encore de pleurer. J’ai souri et je me suis précipité dans ma chambre.[33]
24Afin de se narrer et d’analyser, dans une approche proche de Bourdieu, les conditions matérielles et objectives du monde qui l’a vu naitre, le narrateur doit prendre ses distances avec son personnage, Eddy se scinde en deux. Eddy Bellegueule reste le sujet picard qui appartient à la classe ouvrière et dont un”moi dédoublé”, Édouard Louis, après avoir réussi son ascension sociale fulgurante, tente d’analyser les conditions de son milieu d’origine, mais depuis sa perspective d’autre, de Parisien ayant acquis un nouveau statut ontologique. Il sait. Cette duplicité du sujet Édouard/Eddy se fait jour dans un tweet publié le soir des élections régionales 2015, largement emportées par le Front National dans son village natal. Il publie les résultats avec la mention”Pendant ce temps dans le village d’Eddy Bellegueule”[34]. Ainsi, du moins en apparence, le dédoublement d’auteur s’impose comme la condition sine qua non permettant à Édouard Louis de mener à bien son projet littéraro-sociologique. Demeure le problème de la langue. Le texte littéraire est rédigé dans un français académique, il n’en tente pas moins d’incorporer le langage populaire utilisé par ses parents et sa famille en Picardie en employant une typographie en italique. Didier Éribon, dans sa critique dithyrambique, constate :
Le livre est écrit en deux langues : celle, très travaillée, que manie le narrateur et celle que parlent tous les autres, populaire et souvent vulgaire, toujours en italique parce que ce sont des citations. Tenir ensemble, imbriqués l’un dans l’autre, ces deux registres linguistiques relève de la prouesse.[35]
25Il convient de noter que son projet littéraire n’est pas sans soulever des questions d’ordre éthique. Louis dépeint son milieu d’origine comme un milieu vaguement arriéré, son père comme un alcoolique raciste qui bat sa femme, sa mère comme un moulin à paroles rabâchant des histoires insignifiantes dans un français approximatif, son frère comme une boule de graisse sur deux jambes. Le souci de pareille représentation réside dans son caractère parfaitement stéréotypé ; le Nord d’Édouard Louis se situe à mi-chemin entre Germinal et Bienvenue chez les ch’tis. Pour ce qui est du dernier, on pense notamment à la scène où les amis reconstituent un Nord fantasmé qui corresponde à l’imaginaire des sudistes. La Chti (la bière) coule à flots dans des estaminets miteux, villages abandonnés, appartements insalubres, violence quotidienne, patois inintelligible, aucun stéréotype sur un espace n’est omis – et ce dans un film déjà largement basé sur un imaginaire régional figé.
L’on voit donc les limites de l’approche sociologique de Louis, se réclamant de Bourdieu : dès lors qu’il s’agit de parler de sa famille et d’un endroit dont inéluctablement (et ô combien douloureusement) on porte des empreintes en soi. Changement de nom ou non, il restera inéluctablement Eddy.
26 En finir avec Eddy Bellegueule porte la mention générique “roman”, laissant d’emblée plus de liberté à l’écrivain concernant la véracité des faits relatés et excluant, du moins dans l’approche dogmatique de Lejeune, tout pacte autobiographique[36]. Or Louis a multiplié les interventions médiatiques qui ne permettent aucun doute sur le fait que c’est bien de son histoire, de son changement de nom, de ses parents qu’il s’agit. Il existe donc bel et bien un pacte autofictionnel qu’il conclut avec son public[37]. Lorsque des journalistes sont allés voir à Hallencourt, ils ont constaté que Louis a sans doute forcé le trait. Tous les articles des journalistes qui se sont rendus sur place font état du désarroi des habitants et de la famille qui ne semble rien avoir d’extraordinaire. Au lieu de la misère noire proche de Germinal narrée dans ce roman, ils ont trouvé les pavillons proprets de la France périphérique[38].
27Le texte et son énorme succès en librairie témoignent de l’ambivalence de cet espace que l’on nomme France périphérique, qui est à la fois un espace réel avec des personnes qui peinent à s’approprier le discours de la mondialisation heureuse, de la start-up nation, mais qui est aussi constitué de gens confrontés à la déréliction sociale et économique des petites villes, à la métropolisation et plus exposés au risque de chômage. Il ne faut pas oublier cependant que cette notion escamote une multitude de réalités diverses. Or en même temps, c’est un espace fantasmatique qui se substitue essentiellement à un imaginaire parisien de la Province, lieu de toutes les marginalités.
Retour dans ma ville – Pour conclure
28Avec la mondialisation et une certaine sociologisation du discours public, la France périphérique a fait une entrée fracassante dans le discours public. En même temps, à une époque où le débat public se constitue autour de certains mots-clés rarement questionnés, il convient de rester prudent. Car la France périphérique escamote une double dimension : spatiale, mais surtout sociale. La France périphérique se caractérise par une double transformation de l’espace français : émergence d’une nouvelle périphérie des villes, désertification des centres-ville, mais aussi concentration des emplois dans un certain nombre d’aires urbaines dynamiques. Et il semble légitime de se poser la question de savoir s’il ne s’agit pas simplement d’une réactualisation des mythiques deux France.
29La littérature réagit de maintes manières à l’émergence de ce nouvel espace, mais une certaine pudeur semble toujours s’imposer. Imaginaire d’un monde dans lequel il n’a pas le droit de pénétrer chez Bon, contrainte dans Contre Télérama et surtout dédoublement du discours dans La petite ville. Le désir de laisser derrière soi un monde qui nous a infligés de la peine est particulièrement virulent chez Édouard Louis qui décide de changer de nom, une fois prise la décision de laisser derrière lui cet univers. Qu’en est-il de ce monde ? Est-il réellement aussi violent, aussi périphérique que la description qu’en fait Louis ? Or, nous déchiffrons ce monde par le truchement de ce que nous sommes devenus : le retour vers nos racines est parfois douloureux, il semble si compliqué des fois qu’il faut devenir autre pour le penser. Et cet autre s’approprie parfois un discours dominant (qu’on appelle provisoirement parisianiste). Or ce discours, face à ce qu’on aurait pu devenir, parfois s’effondre. Toute mue est condamnée à rester partielle. La ville, ni grande ni petite, résonne encore en moi.
Timo Obergöker
University of Chester, UK

Notes


[1] Aymeric Patricot, Les petits blancs. Un voyage dans la France d’en bas, Paris, Seuil, 2015, p. 12.

[2] Stéphane Béaud et Gérard Mauger (éds), Une génération sacrifiée ? Jeunes de classes populaires dans la France industrialisée, Paris, Éditions de la Rue d’Ulm, 2017.

[3] En effet, les travaux de Guilluy ont connu un énorme retentissement en France. Jeremy Ahearn nous rappelle que ses travaux participent d’une stratégie plus globale d’entrepreneuriat discursif . Il s’agit en somme de fournir au débat politique des mots-clés : “Jeremy Ahearne, Cultural insecurity and its discursive crystallisation in contemporary France”, Modern & Contemporary France, août 2017, p. 265-280.

[4] Christophe Guilluy, La France périphérique. Comment on a sacrifié les classes populaires, Paris, Flammarion, 2015, <Champs>, p. 45.

[5]Voir ce lien. Page consultée le 16 novembre 2017.

[6] Christophe Guilluy, Fractures françaises, Paris, Flammarion 2013, <Champs>, p. 38.

[7] Christophe Guilluy, La France périphérique, p. 19.

[8] Jean Bernard Racine et Micheline Gosinschi, “De la ville à l’urbain”, dans Jean-Bernard Racine et Claude Raffestin (éds), Nouvelle géographie de la Suisse et des Suisses, Lausanne, Payot, 1990, tome 2, p. 378-385. Cité d’après : Filipo Zanghi, Enfreindre le pacte. Jacques Réda dans le périurbain, dans Articulo. Journal of Urban Research, no. spécial 2, 2009, Esthétiques et pratiques des paysages urbains.

[9] Michel Gueldry, “La France face à la mondialisation”, The French Review, 80, 2 (Dec. 2006), pp. 422-435.

[10] Aymeric Patricot, Les petits blancs, p. 12.

[11] François Bayrou devant l’Assemblée Nationale, 8 juin 2015, page consultée le 4 décembre 2005.

[12] Dominique Viart, “Écrire le travail : Vers une sociologisation du roman contemporain ?”, Raison publique, 15, 2011, p. 13-34.

[13] Annie Ernaux, Journal du dehors, Paris, Gallimard, 1996, p. 7.

[14] Annie Ernaux, Les années, Paris, Gallimard, 2008, p. 132.

[15] Ibid., p.123.

[16] Dans le sens que Michel Certeau, Luce Giard et Pierre Mayol donnent à ce terme dans Les arts de faire 2. Habiter. Cuisiner, Paris, Gallimard, 1994.

[17] François Bon, Daewoo, Paris, Fayard. 2005, p. 90-91. À consulter aussi : Timo Obergöker, “Une littérature délocalisée ? Représentations de l’usine dans la littérature française contemporaine : François bon, Franck Magloire”, dans Roberto Ubbidiente/Marie-Hélène Rybicki, Luoghi du rappresentazione sociale nella litteratura francese (‘800-’900)/Lieux de représentation sociale dans les littératures italienne et française (19-20 siècle), Florence, Franco Cesari editore, 2010, p. 101-115.

[18] Daewoo, p. 9.

[19] Xavier de Jarcy et Vincent Remy, “Comment la France est devenue moche”, Télérama, 2 février 2010.

[20] Éric Chavier, Contre Télérama, Paris, Éditions Allia, 2011, p.9.

[21] Ibid., p. 44.

[22] Ibid., p. 58.

[23] Voir ce lien , page consultée le 4 décembre 2017.

[24] Une ou plusieurs personnes se livrant à la dérive renoncent, pour une durée plus ou moins longue, aux raisons de se déplacer et d’agir qu’elles se connaissent généralement, aux relations, aux travaux et aux loisirs qui leur sont propres, pour se laisser aller aux sollicitations du terrain et des rencontres qui leur correspondent. Guy Debord, Théorie de la dérive , page consultée le 30 novembre 2017.

[25] Éric Chauvier, La petite ville, Paris, Éditions Amsterdam, 2017, p. 33.

[26] Ibid., p. 24-25.

[27] Ibid., p. 106.

[28] Raffaello Rossi, “Écrire le roman du sujet minoritaire : le cas d’Édouard Louis”, dans Albertazzi, F. Bertoni, E. Piga, L. Raimondi, G. Tinelli (éds), L’immaginario politico. Impegno, resistenza, ideologia, Between vol.10 (2015).

[29] Les tenants sociologiques et les aboutissants identitaires sont analysés avec beaucoup de finesse par Nicole Lapierre, Changer de nom, Paris, Seuil, 1995.

[30] Voir ce lien , page consultée le 3 décembre 2017.

[31] Georges Perec, W ou le souvenir d’enfance, Paris, Denoël, 1974. Georges Perec, Ellis Island, Paris, POL, 1981.

[32] Édouard Louis, En finir avec Eddy Bellegueule, Paris, Seuil, 2014, p.28.

[33] Ibid., p. 116-117.

[34] Message publié le 5 décembre 2015.

[35] Didier Éribon, “C’est toi le pédé ?”, BiblioObs, 14 janvier 2014.

[36] Philippe Lejeune, Le pacte autobiographique, Paris, Seuil, 1996 (édition augmentée).

[37] Thierry Laurent, L’œuvre de Patrick Modiano – une autofiction (Lyon, Presses Universitaires de Lyon, 1997) nous rappelle l’importance de l’épitexte (paratexte non matériellement lié au livre pour le pacte autofictionnel).

[38] Laurence Huot, “La famille d’Eddy Bellegueule blessée par le livre d’Édouard Louis”, Culturebox, France TV, 20 mars 2014, page consultée le 3 décembre 2017. Fabrice Julien, “Avec la sortie de Marvin, adapté d’Eddy Bellegueule, la gêne refait surface à Hallencourt”, Courrier picard, 21 novembre 2017, page consultée le 4 décembre 2016.







2012 | Revue critique de fixxion française contemporaine |  (ISSN 2033-7019)  |  Habillage: Ivan Arickx |  Graphisme: Jeanne Monpeurt
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