Le mythe de Robinson Crusoé à l’épreuve du monde global :
il n’y a pas d’ailleurs
Étude du motif de l’empreinte dans L’empreinte à Crusoé de Patrick Chamoiseau
1 Patrick Chamoiseau publie en 2012 L’empreinte à Crusoé, une réécriture du roman imaginé par Daniel Defoe en 1719 et considéré désormais comme “un mythe littéraire de la modernité”[1]. À l’instar des réécritures de la deuxième moitié du XXe siècle, L’empreinte à Crusoé propose un récit critique de la version originale, si tant est que cette longue parole seulement scandée par des points-virgules peut recevoir le nom de récit (l’auteur a lui-même récusé cette dénomination). Comme l’explique Patrick Chamoiseau dans l’atelier de l’empreinte, un recueil de réflexions personnelles et de “chutes” du texte achevé placé en fin d’ouvrage, “le récit cède devant le ‘dire’ qui saisit”[2]. La rupture avec le roman, et même avec le récit, expose déjà l’ambition séditieuse de l’ouvrage : le mythe est encore tout entier lisible, mais sa forme explose.
2 Dans son analyse, Jean-Paul Engélibert, identifie deux catégories de robinsonnades contemporaines, la première dans laquelle “l’île est perçue comme un ailleurs – un territoire d’exception, où l’ordre du monde peut être suspendu, où un devenir autre peut être expérimenté” ; la seconde au contraire dans laquelle “l’île n’est plus un ailleurs mais la scène où se représente le monde”, un “microcosme insulaire” qui “met en évidence, comme un dispositif de laboratoire, la nature du lien social et de l’expérience métaphysique humaine”[3]. Le récit de Patrick Chamoiseau semble quant à lui absorber ces deux catégories, dans la mesure où l’île prend d’abord la forme d’un ailleurs souscrivant aux projections exotiques de la pensée coloniale – une terre vierge à dominer – avant de devenir le lieu-monde, qui rend présente la multiplicité des lieux à l’origine de son identité métissée.
3 Or, l’empreinte de pas rencontrée sur la plage par le naufragé, qui n’était qu’un signe démoniaque dans la version originale, un épisode de plus dans la quête de pureté morale du héros, prend une place fondamentale dans l’œuvre de Chamoiseau (comme le suggère son inscription dès le titre du récit). C’est précisément à partir de cette empreinte que se formule et évolue la représentation de soi dans le monde chez le personnage qui se désigne comme Robinson Crusoé. En quoi l’empreinte révèle et remodèle-t-elle la perception de l’île à partir de la quête d’identité du naufragé ? Comment influe-t-elle sur la représentation d’une cartographie intime ? L’île de Robinson n’appartiendrait-elle donc pas à cet “ailleurs” aventureux imaginé depuis l’Europe ?
4 L’empreinte met à nu l’homme isolé, privé d’histoire et avide d’identité. L’homme sans mémoire se reconnaît d’abord colon et reconstruit l’ailleurs assujetti dans son imaginaire d’emprunt. Mais cette première phase, qui coïncide avec la partie intitulée “L’idiot”, est balayée par l’immersion de l’individu dans son environnement. L’écart entre soi et le lieu où l’on est n’est plus réductible à un rapport de domination. La transformation de l’empreinte dans le sable est à la fois le moteur de l’éveil du personnage et le produit de son regard déjà transformé. L’empreinte est un stigmate, la trace laissée par la part du colon en lui, qui permet à l’homme déraciné de se penser depuis le lieu qui lui est à présent donné. Plus encore, l’identité située, telle qu’elle est marquée par l’empreinte, est appelée à entrer en résonance avec tout ce qui l’a culturellement et naturellement constituée, de sorte que son expression ne permet plus de penser ni l’ailleurs, ni l’ici, mais un lieu-monde unique et partagé.
L’empreinte de l’ailleurs : un imaginaire colonisé
5 Le récit de Patrick Chamoiseau, ancré dans l’histoire, met en lumière l’origine obscure du voyage du capitaine Crusoé, la traite négrière. L’auteur le confie dans l’atelier de l’empreinte : “C’est triste : le Robinson de Defoe était un négrier” (EC 284). Comme le souligne Guillaume Pigeard de Gurbert dans sa postface de L’empreinte à Crusoé, l’activité négrière de Robinson Crusoé a une place capitale dans l’imaginaire de Patrick Chamoiseau qui fait de ce “résidu incontournable” (EC 303) la pierre de touche de son récit. Le déracinement initial, l’appropriation d’un lieu inconnu où tout est à inventer sont les étapes d’acclimatation du naufragé qui reproduisent celles vécues par l’esclave venu d’Afrique et voué à travailler en Amérique au profit des colons européens.
6 Selon le canevas initial, l’île déserte est conçue comme une terre vierge à maîtriser, pour que le naufragé devienne souverain de ce territoire devenu instantanément sa propriété. Ainsi Patrick Chamoiseau fait-il à son tour échouer un homme, “L’idiot”, qui va s’employer à dominer l’île, ses animaux et ses ressources, non pas seulement pour subvenir à ses propres besoins vitaux, mais pour devenir “un administrateur omniscient de cette île” (EC 172), immédiatement envisagée comme un espace à conquérir. La nouveauté de cette réécriture est qu’elle fait de l’île un ailleurs redoublé, puisque celui qui croit s’appeler Robinson Crusoé n’est en réalité pas un capitaine de navire européen mais un moussaillon dogon au service de celui dont il usurpe l’identité. Précisons que cette usurpation n’est pas délibérée (elle serait alors le signe d’une révolte), mais résulte de l’amnésie totale dont est victime le naufragé. Privé de ses racines profondes, modelé par un imaginaire occidental, Ogomtemmêli[4] – tel est son nom premier – investit cet espace inédit avec les mêmes réflexes que ceux qui l’asservissaient.
7 Son opiniâtreté à dominer l’île est renforcée par la découverte inopinée de l’empreinte orientée vers l’intérieur de l’île, signe d’une présence étrangère et hostile. Après un moment de terreur qui lui fait craindre l’assaut d’un ennemi redoutable (il pense alors à des sauvages cannibales), il imagine devoir affronter un rival, un homme qui, comme lui, voudrait régner sur l’île. Dès lors, “l’île était balisée par [ses] emprises ; la vision qu[’il] avai[t] d’elle consistait en une logistique d’utilités qui [lui] permettait de trouver n’importe où le gîte, la défense, le boire et le manger” (EC 68). L’espace est lu à travers une obsession unique, celle de la traque de l’Autre. Il s’agit de mener une véritable course à l’armement pour que l’étrangeté du lieu soit ajustée à la volonté du colon et devienne son territoire défendu et gardé.
8 Mais il faut prendre en compte la confusion initiale de l’identité du personnage pour prendre la pleine mesure de ce qui est en jeu dans cette lutte d’assujettissement. En effet, Ogomtemmêli évoque à maintes reprises la souffrance qu’il éprouve à ne pas se souvenir de son nom, de ses origines et de la mésaventure qui l’a conduit là. Il “avai[t] eu beau fouiller les vestiges mémoriels – livres parchemins registres qui au fil des ans sont tombés en poussière – [il] n’avai[t] rien trouvé qui eût pu [lui] expliquer ce qu[’il] faisai[t] là, ni pourquoi [il] y étai[t], d’où [il] venai[t] et surtout qui [il] étai[t]” (EC 23). Paradoxalement, le personnage est d’autant plus acharné à réduire l’île et ses éventuels intrus qu’il ne peut s’appuyer sur d’autre lieu habitable dans sa mémoire. En somme, l’urgence de conquête de l’ailleurs est d’autant plus impérieuse qu’il n’y a la compensation d’aucun “ici”, aucun monde-racine auquel se rattacher. Cette amnésie d’Ogomtemmêli reproduit métaphoriquement le processus de colonisation de la mémoire par lequel les peuples soumis finissent par adopter la culture des colons et enfouir la leur, jusqu’à la nier et la dénigrer. Patrick Chamoiseau, dans la première partie de son essai autobiographique Écrire en pays dominé, en fait lui-même le constat : “toute domination (la silencieuse plus encore) germe et se développe à l’intérieur même de ce que l’on est. […] insidieuse, elle neutralise les expressions les plus intimes des peuples dominés”[5].
9 L’île déserte décrite par Defoe n’était qu’une nature à ordonner, il n’y avait guère de place à la séduction ou à l’accueil. Ce n’est pas le cas du récit de Chamoiseau qui, dès la première partie, celle de “L’idiot”, offre des passages dignes des plus grands récits d’explorateurs :
je fus surpris par cette incroyable variété de microclimats dans un espace aussi réduit ; je traversai des savanes broussailleuses, pétillantes de bourgeons et d’abeilles, et de chaleurs vitreuses qui inventaient des spectres troubles de part et d’autre de mon passage ; je dus frayer à travers les mangroves, peuplées de veuves végétales, maigrelettes et tortueuses, en train de se laver dans une eau obscurcie ; […] j’explorai des clairières diaphanes, pleines d’arbrisseaux chargés de fruits, et dont l’atmosphère si tranquille imposait une envie de s’asseoir... (EC 69-70)
10La frénésie d’exploration de l’île lui fait parcourir des paysages encore jamais vus qui suscitent son émerveillement. Mais elle est aussi mue par le besoin de traquer l’ennemi, le paysage est donc perçu dans sa beauté inédite et cependant vécu comme le lieu d’une compétition, d’une lutte pour la domination. Une telle représentation de l’ailleurs rejoint la critique de l’exotisme conventionnel que faisait Victor Segalen dans son Essai sur l’exotisme, cité en épigraphe de L’empreinte à Crusoé. Élisabeth Mudimbe-Boyi explicite clairement le point de vue du poète en mettant en opposition l’exotisme conventionnel marqué “par une idéologie coloniale et européocentrique, aussi bien que par le développement du tourisme”[6] avec un exotisme conçu “comme à la fois une poétique et une ontologie”[7], qui vise à préserver le divers sans jamais le réduire. C’est précisément ce que contient la citation liminaire de Segalen dans L’empreinte à Crusoé, laquelle forme une sorte de projet pour le naufragé : il s’agit d’abord de désapprendre à être colon pour atteindre l’exotisme ontologique[8]. Si le colon peut être lui-même un exote, c’est à une autre expérience de l’ailleurs qu’invite Victor Segalen.
L’empreinte de l’Autre en soi : un imaginaire créolisé
11Dans L’empreinte à Crusoé, l’empreinte se présente comme un commutateur, un élément déclencheur dont l’existence est indécidable, dans la mesure où elle apparaît, ainsi isolée sur la plage, comme une œuvre autonome, un produit sans origine. Est-ce une forme, un lieu, une présence ? Elle est d’abord décrite, au moment où Ogomtemmêli la découvre, comme “une forme insolite, faisant partie du sable mais solidifiée comme si on avait voulu la préserver” (EC 47). Après un temps que le narrateur évalue à “sans doute bien des saisons”, l’empreinte “à force de se voir fixée, [...] se transformait sous [s]es yeux fiévreux en une face sans traits : celle de l’intrus ; dans une volte hallucinatoire, elle devenait soudain sa voix ; ou alors elle s’érigeait en un signe que l’intrus avait laissé à [s]on endroit : une mise en garde, ou un appel, une balise de frontière ou un emblème de possession” (EC 78). Cependant, quoique figée, l’empreinte agit positivement sur Ogomtemmêli et s’incorpore littéralement à lui pour le faire basculer vers un état de conscience neuf qui n’est plus enfermé par un regard unique et unidirectionnel : il reçoit “l’impact irradiant de l’empreinte ; elle n’avait pas seulement marqué le sable ; elle s’était vraiment fichée en [lui], démultipliée dans [s]es cellules, et [l’]assaillait d’une marée de possibles-impossibles jusqu’alors insoupçonnables” (EC 122). L’appropriation de l’empreinte par une méduse qui s’y est incrustée indique la fonction matricielle de l’empreinte dans le récit et révèle l’impossibilité de lui assigner un sens stable et définitif. L’empreinte existe en elle-même, elle se développe par les existences qui la rencontrent et produit une œuvre cosmogonique :
l’argile tenait la forme dans une fixité que les pluies, les écumes et les volées du vent n’arrivaient pas éroder ; cette persistance était un vrai prodige ; la regardant de près, je vis que les gélatines de la méduse s’étaient diffusées dans l’argile ; sa surface était grisâtre, hantée de concrétions blanchâtres ou bleutées ; je souriais en la regardant ; je riais sans doute aussi ; vraiment heureux qu’elle soit là, qu’elle rayonne d’une intensité qui n’arrêtait pas de se répandre en moi ; elle était une fêlure du réel que j’avais alors décrété sur cette île ; des fêlures de ce genre, j’en avais rencontré au pied de vieux volcans d’où filtraient, dans de vifs rougeoiements, des atmosphères de fin du monde ; l’empreinte procurait la même sensation ; elle subsistait sur une intensité de forge ; elle ruminait des forces ; et mieux : elle devenait le cratère d’une éruption que j’étais le seul à recevoir, dans le ventre, dans le cœur, dans l’esprit ; elle me bouleversait profond, alertait l’invisible, désorganisait possibles et impossibles ; je riais au déroulé d’une image qui ne cessait pas de tournoyer dans mon esprit : l’île accouchait-là, et m’accouchait aussi... (EC 156-157)
12L’état nouveau dans lequel se trouve Ogomtemmêli correspond à un moment particulier de son parcours, le temps “des présences”. Ce temps abat toute démarcation entre les vivants, les forces élémentaires et les composantes du paysage. L’horizontalité des relations et la rupture avec un ordre chronologique déterminé lui permettent de se soustraire à une pensée de l’exploitation et d’envisager l’expansion du monde par des processus d’accumulation[9]. Ogomtemmêli tend alors vers une forme d’animisme mieux capable que le fonds chrétien qu’il charrie (bien qu’étant musulman d’après le capitaine) de prendre en compte l’ampleur des existences qui composent l’univers. Le Robinson de Patrick Chamoiseau décrit une ontologie nouvelle, régénérée par une spiritualité réappropriée par l’individu. L’empreinte, dès lors qu’elle n’est plus désignée comme la trace laissée par un pied humain, et que ce pied humain n’appartient à aucun homme identifiable, cesse d’être une emprise et prend une dimension nouvelle. L’empreinte se fait creuset, symbole de la créolité chère à Patrick Chamoiseau[10]. Ouvrant une brèche dans le réel composé par des siècles de domination, elle révèle l’interpénétration des mondes dans l’univers. Voilà le nouveau Robinson désormais face à “une étendue, sans commencement ni fin, où l’échange était possible, et où l’échange allait bon train ; on s’y constituait en présence par la densité des liaisons que l’on était capable de susciter à travers soi et de répercuter autour” (EC 187-188).
13Ajoutons que la relation qu’Ogomtemmêli entretient avec les êtres non-humains de l’île prend la forme d’une reconnaissance désintéressée. Les animaux sont d’abord identifiés par Ogomtemmêli comme des alter-ego involontaires, puisque à deux reprises l’homme solitaire se méprend et croit trouver un congénère. Si la rencontre d’un bouc ou d’un vieux lamantin épuisé est décevante, ce n’est que parce que c’est toujours l’humain qui est recherché à travers les êtres vivant sur l’île. Avec le temps des présences, Ogomtemmêli prend connaissance de l’altérité animale sans la juger ni chercher à en tirer profit. Au-delà d’un rapport de prédation ou de domestication, Ogomtemmêli parvient ainsi à installer “avec chaque arbre, chaque espèce de bestiole […] des rapports dont l’évidente continuité restait indéfinissable”, au point d’être “devenu l’ami-pas-ami de cette île tout entière” (EC 191). Progressivement s’installe une reconnaissance mutuelle des êtres sans qu’ils ne soient portés à fusionner leurs existences. Après une communion émue avec un groupe de tortues marines, “avançant entre elles, sur elles, avec elles, avide d’une telle proximité avec ces créatures insondables” (EC 139), Ogomtemmêli comprend que “le temps de ces tortues n’était pas le [s]ien” (EC 140). Seulement, heureux de cette expérience gratuite, il plonge dans une contemplation muette et immobile de la vie mouvante qui l’entoure. Hors de la destination forcée par une logique utilitaire et efficiente, l’individu se reconnecte à un ailleurs qui s’expose en tout lieu.
14La reconnaissance des existences juxtaposées dans un même biotope fait ressortir les distinctions entre les êtres et révèle combien chacun d’eux est déterminé par l’autre, comme dans un jeu de miroir infini. La prolifération de l’altérité dans le paysage mental d’Ogomtemmêli abolit la séparation symbolique entre ici et ailleurs. La concaténation des vivants réalise l’avènement d’un lieu-monde. Celui-ci se présente à la fois comme singulier et relié à tous les autres lieux qui interagissent avec lui. L’île de ce nouveau Robinson ne serait alors pas la représentation d’un ailleurs (de l’Occident) ni la réduction expérimentale d’un ici (occidental) mais plutôt le point de cristallisation d’un échange entre tous les ailleurs à l’origine de l’ici incommensurable. Le motif de l’empreinte dans l’œuvre de Patrick Chamoiseau, soulignons-le, se justifie par une nécessité poétique et éthique : elle informe le récit et lui donne sens, puisqu’elle inscrit la trace au principe et à la fin du voyage immobile du naufragé. Le mot “trace” fait résonner le vœu d’Édouard Glissant, celui “que la pensée de la trace s’appose, par opposition à la pensée de système, comme une errance qui oriente. Nous connaissons que la trace est ce qui nous met, nous tous, d’où que venus, en Relation”[11].
15L’explosion d’une infinité d’existences possibles qui communiquent entre elles épouse le mouvement de créolisation[12] du monde. Dans un processus de résilience naturel et culturel, le métissage des êtres et des lieux exprime toute la vitalité d’un monde heureusement désordonné. L’auteur le constatait déjà en 1988, “Le monde va en état de créolité. […] Tout se trouvant mis en relation avec tout, les visions s’élargissent, provoquant le paradoxe d’une mise en conformité générale et d’une exaltation des différences”[13]. Mais cette rencontre de l’autre ne crée pas seulement une identité multiculturelle humaine, elle inaugure un processus ontologique, en ce qu’elle requalifie l’existence à partir du divers et de la différence, au-delà même de l’espèce humaine. “Quand on a élu en soi l’idée de la Créolisation, on ne commence pas à être, on se met soudain à exister, à exister à la manière totale d’un vent qui souffle, et qui mêle terre, mer, arbre, ciel, senteurs, et toutes qualités...”[14].
L’empreinte en devenir : la fin de l’ailleurs
Mais si vous désirez de profiter dans ce lieu qui vous a été donné, réfléchissez que désormais tous les lieux du monde se rencontrent, jusqu’aux espaces sidéraux.
Ne projetez plus dans l’ailleurs l’incontrôlable de votre lieu.
Concevez l’étendue et son mystère si abordable. Ne partez pas de votre rive pour un voyage de découverte ou de conquête.
Laissez faire au voyage.
Ou plutôt, partez de l’ailleurs et remontez ici, où s’ouvre votre maison et votre source.[15]
16L’empreinte est le mémorial de l’exploitation humaine étendue à la planète, à l’instar de l’empreinte carbone que l’on mesure pour prendre conscience de la dépense énergétique induite par l’activité humaine. L’empreinte à Crusoé rejoint sur ce point plusieurs robinsonnades contemporaines qui, selon le constat de Jean-Paul Engélibert, font de l’écologie une préoccupation majeure : “Les derniers Robinsons en date maudissent l’empreinte (écologique) de l’homme qu’ils voient partout; ils ont cru lui échapper grâce à leur naufrage, mais la civilisation les rattrape toujours. Les cannibales, désormais, sont parmi eux”[16]. Le témoignage d’Ogomtemmêli est aussi le récit d’une prise en considération du prix de la terre enfin reconnue comme chez soi – tout ailleurs n’étant qu’une illusion.
17Avant tout, la redécouverte de l’espace naturel à habiter n’est possible qu’à rebours de l’entreprise de conquête, y compris celle opérée par le langage. Les mots referment leur définitions sur le réel et participent à le limiter, cédant au désir de reconnaître, au besoin de comparer l’inconnu au connu pour le cerner. Or, Ogomtemmêli sent combien la désignation du monde dans lequel il vit est un piège qui le reconduit à une pensée exotique conventionnelle. Il crée artificiellement un espace rêvé, fantasmé par un ancien monde d’où il s’efforce de penser. Dans la deuxième partie, celle de “La petite personne”, Ogomtemmêli, en anti-Adam, repousse les mots qui lui servaient à dominer son environnement : “nommer avait sans doute été l’activité la plus orgueilleuse de [s]on esprit ; mais là, maintenant, dans ce maelström que cet Autre déclenchait, [il] ne trouvai[t] rien à nommer, ni même comment nommer ; [il] ne pouvai[t] même plus envisager de nommer ; [il] [s]e contentai[t] de regarder, de deviner des flux d’apparitions plus ou moins bienveillantes, et de communier vaille que vaille avec elles ; [il] éprouvai[t] le sentiment d’être en face de puissances dont l’origine surpassait la mienne de plusieurs millénaires, et qui sans doute se trouveraient encore en cet endroit bien des siècles éperdus après [lui]... ; [il] étai[t] devenu infime“ (EC 114). Ogomtemmêli découvre là un monde vivant au-delà de l’être humain et des lignes de partage géographiques ou lexicales.
18C’est pourtant un texte qui va aider “la petite personne” à grandir pour mûrir et devenir un artiste-philosophe. Dans la version originale de Daniel Defoe, il s’agit de la Bible, le Livre de tous les livres. Le Robinson de Chamoiseau est quant à lui assidu à la lecture des fragments de Parménide et d’Héraclite, qui lui parviennent sous la forme d’un “étrange petit livre”, “un-quelque-chose-qui-était-là(EC 196). L’état fragmentaire du livre aussi bien que l’obscurité des propos, loin de toute morale transparente, lui laissent assez de place pour poser sa voix et trouver sa place dans le monde, comme une “errance naturelle” (EC 252). Les fragments des écrits présocratiques lus inlassablement permettent à Ogomtemmêli de penser la totalité du monde par morceaux indéfiniment combinés. C’est la somme des fragments, séparés par les lacunes de l’œuvre disparue, obscurcis par leur origine incertaine (les auteurs sont désignés par “voix une” et “voix deux”), qui fait cohérence dans la bouche du narrateur. Le livre énigmatique s’éclaire par l’épuisement de l’intention de comprendre :
je le lus malgré tout et le relus encore, abandonnant toute idée de “comprendre”, juste en vivant son rythme, ses sensations et ses couleurs, et les laissant aller en moi par les connexions que je tissais sans cesse avec le vivant d’alentour (EC 209)
19Ogomtemmêli remarque combien l’île se montre “attentive” à la récitation du livre, “les fragments dans leur continuité renforçaient ses lignes, ses crêtes, sa densité, sa profondeur, son étendue ; chaque fragment achevait de la révéler en une immense présence elle aussi, protéiforme et composite” (EC 210). La parole issue d’un temps et d’un lieu inconnus, disloquée dans l’immémorial des civilisations poreuses, révèle l’île “dans une nouvelle et très mouvante totalité ; chacune des présences contenait la quintessence d’une totalité qui lui était plus vaste ; elle ne commençait nulle part, ne s’étirait dans aucune perspective, paraissait tout entière dans chacune de ses présences, et tout autant bien au-delà d’elles” (EC 210-211).
20La deuxième partie du récit, “La petite personne”, se clôt sur un violent tremblement de terre qui laisse le naufragé plus désœuvré que jamais, privé des présences. La nature reprend ses droits tandis qu’Ogomtemmêli doit réinventer le sens de sa vie de nouveau isolée. La nature s’adapte, repousse spontanément tandis que lui est aspiré par une angoisse métaphysique. Ogomtemmêli comprend le monde insoumis dans lequel il évolue à travers le miroitement des multiples vies redéployées après le chaos. C’est donc presque instinctivement qu’il retourne à la plage de l’empreinte, pour “rejoindre ce lieu de l’origine” (EC 227). L’empreinte demeure, malgré la dévastation, intacte : “par quel mystère le point de commencement ne se voit-il jamais dépassé ?...” (EC 228) s’interroge rétrospectivement le naufragé assagi. L’empreinte est la marque d’une identité première et inaliénable qui constitue le lieu de la fondation. Pourtant, cette empreinte s’altère et se déforme, au point d’avoir “tout autant de raisons de ne pas être humaine” (EC 230), elle subit les infinis mouvements de l’univers. L’empreinte perdure en se décomposant et se recomposant sans cesse, elle rend visible une planète recommencée ou à recommencer. Elle invite la “petite personne” à devenir un artiste, l’être qui assemble les choses du monde en devenir. De même qu’au temps des présences les fragments jointoyés dans la parole vive rendaient compte de l’unité du monde, au temps d’après la catastrophe les choses éparses réunies en collections proposent une lecture aléatoire et cohérente de la diversité du monde. Ogomtemmêli se met en effet à accumuler “des centaines de coquillages merveilleux, des basaltes somptueux, des écorces noires polies, des silices d’un bleu profond” (EC 255) autour de l’empreinte. L’idiot qu’il était avait d’abord amassé les matériaux pour s’en servir à tous types d’usage, l’artiste qu’il est devenu admire seulement la variété des ressources trouvées et les expose gratuitement, inutilement. La médiation de l’art établit une distance entre l’être et son milieu tout en exprimant un lien de continuité entre l’un et l’autre. L’art est un soin plus qu’une théorie, un geste plus qu’un projet. Le dégagement de ce geste artistique est l’ultime voie qu’il est possible de se frayer pour résister d’une part à l’illusion de toute-puissance (qui détruit et provoque la mort) et d’autre part à la mélancolie (qui conduit à l’abandon de soi et donc à la mort). Avec l’artiste, le régime d’exploitation prend fin, et si l’homme “tombé en connaissance” continue de souffrir de ne pas savoir ce qu’il est vraiment, il comprend cependant, par l’enseignement d’Héraclite, que “la santé de l’homme est le reflet de la santé de la terre” (EC 257).
21L’empreinte est un motif évolutif dans le récit de Patrick Chamoiseau, elle accompagne le réveil d’une conscience qui n’est pas seulement celle d’Ogomtemmêli. La narration bâtie autour de l’empreinte progresse de façon spiralaire, elle recommence toujours du même point et se déploie chaque fois plus largement. L’empreinte, l’emprise de l’humain sur la planète est l’héritage et la responsabilité de toute l’humanité. La narration écrite comme un flux continu est portée par une voix longtemps indistincte, une “saisie qui ne raconte pas” (EC 282). L’écriture sans segmentation des phrases par l’usage typographique (majuscules et points) et l’insertion d’apostrophes “seigneur” signalant un énigmatique interlocuteur contribuent à dissoudre les contours de cette parole. Ce n’est qu’à la fin du roman que nous comprenons qu’il s’agit probablement du récit d’Ogomtemmêli à son sauveur et maître, l’authentique Robinson. À cette voix en surplomb s’oppose celle du capitaine qui écrit dans son journal sa propre histoire, factuelle, ancrée. Ce dernier reçoit le témoignage d’Ogomtemmêli avec incrédulité, il identifie “comme un fond de délire” l’affirmation du naufragé qui prétend qu’”en cet endroit il était au cœur de lui-même et du monde, et dans tous les lieux du monde à la fois” (EC 271). La parole propre à chacun des personnages permet de reconnaître deux emprises différentes sur le monde : Ogomtemmêli est l’homme que le monde a formé, déformé, instruit et détruit, et qui lui appartient ; Robinson est l’homme qui a fabriqué son monde et à qui le monde appartient.
22Le premier est tué par le second, et cependant Robinson lui-même doit devenir le naufragé que fut son moussaillon, et donc prendre sa place, vivre sa vie. Sous l’apparence d’une chute ironique, le récit de Patrick Chamoiseau rappelle à chacun que les rôles sont inégalement répartis entre les individus, mais que tous sont appelés à vivre sur la même terre.
23Par la circularité du point de vue du naufragé – qui est d’abord celui d’Ogommtemêli puis celui de Robinson Crusoé lui-même – et le retour à la diégèse originelle inventée par Daniel Defoe (à partir d’un fait divers authentique), Patrick Chamoiseau inscrit son récit dans une filiation littéraire et choisit de le placer en amont chronologiquement. Ogommtemêli précède le véritable Robinson, qui devient désormais le dépositaire de l’expérience de ce pseudo-Robinson premier et l’héritier d’une histoire dont il doit tirer enseignement. Par ce court-circuit chronologique et l’échange des rôles des personnages de la tradition, Chamoiseau restitue à Robinson toute la responsabilité d’une histoire niée par les peuples dominants dont il est le parangon. Détail essentiel et significatif, Robinson Crusoé explore lui-même l’île pour découvrir l’empreinte tant décrite par Ogommtemêli, mais en vain. L’absence de trace peut s’interpréter comme le refus, de la part de Robinson, de donner crédit au témoignage de son ancien mousse : c’est la perpétuation de l’attitude de déni qui caractérise la pensée néocoloniale. Il est possible que l’empreinte ne soit effectivement plus visible à ceux qui n’envisagent la nature que comme une matière première, sans distinction entre les formes et les êtres. L’humain, en niant la responsabilité que la marque de l’empreinte lui rappelle, risque de perdre sa propre trace.
24Avec Patrick Chamoiseau, Robinson Crusoé peut réécrire le mythe, guidé par l’histoire de son prédécesseur, et refuser de céder à la résignation devant une dette historique et écologique insurmontable. Comme l’explique Guillaume Pigeard de Gurbert, l’empreinte prend le sens d’une “tache”, car le Robinson de Chamoiseau est “le remords vivant du Robinson de Defoe” (EC 305), néanmoins la fiction de Patrick Chamoiseau engage une réflexion sur le cheminement vertueux de l’allègement de l’empreinte, ce qui implique sa reconnaissance impérative et urgente, et ne condamne pas l’humanité à demeurer enfermée dans son péché originel. Parce que l’île de Robinson n’est plus un ailleurs symbolique tel qu’imaginé par Daniel Defoe ou Michel Tournier[17], elle peut devenir le terrain d’un engagement concret, situé, marqué. Finalement, l’empreinte-stigmate affleurant sur la plage s’est probablement enfoncée dans l’esprit et les chairs d’Ogomtemmêli avant de disparaître dans l’inconscient d’un Robinson nouveau, sa présence s’est rendue invisible par un processus d’incorporation-mémoire de la dette contractée, détruisant l’illusion d’un ailleurs lointain et assujetti au profit d’un lieu-monde unique et divers dont chacun est appelé à être responsable. La réversibilité de l’action humaine, qui sonne comme une parole d’espoir, tient peut-être dans les paroles de regret écrites par le capitaine dans son journal alors qu’il est à son tour livré à lui-même sur une île déserte[18]. Loin d’oublier l’histoire, Patrick Chamoiseau au contraire insiste sur l’appropriation des données culturelles, naturelles et géographiques qui font l’histoire pour en orienter la trajectoire future. Il s’agit de comprendre que nous vivons dans un monde qui n’est pas ordonné selon un seul schéma directeur, une idéologie dominante, mais dans un “plurivers”, selon le mot de Jean-Clet Martin :
[…] il y a bien une voie de frayage, une voie de passage entre des morphologies très différentes, un plurivers de possibles qui se réalisent d’après des ordres de voisinages subissant des élongations comme si la Création entière pouvait se laisser entraîner sur le fil d’un échange universel, une espèce de barque de Noé où les sauriens et les hommes jouent le jeu d’une variation continue.[19]
25Les modes d’existences multiples impliquent une appropriation singulière de l’environnement pour chacune, et la responsabilité humaine est de faire preuve de l’agilité nécessaire pour reconnaître l’égale dignité de ces modes d’existence et prendre en compte l’impact qui en résulte. La créolité est une affirmation culturelle et politique de cette agilité, tout comme le biocentrisme serait une réponse écologique pour atteindre “l’horizontale plénitude du vivant”[20].
26Dans un monde contemporain ouvert à la globalisation et dans lequel le paysage même est une valeur marchande, le récit de Patrick Chamoiseau prend le parti d’exposer la vie d’un homme seul, perdu sur une île, sans mémoire, pour briser l’illusion des frontières et des différenciations discriminantes : le lieu où habiter n’est pas ici ni ailleurs, mais ce lieu-monde qui fait coexister l’un et l’autre. L’empreinte à Crusoé est un récit polymorphe, à l’image de l’empreinte qui en est le motif central. L’histoire, ou plutôt cette “saisie qui ne raconte pas” (EC 282), ne se limite pas à la terre insulaire mais convoque la diversité des lieux allogènes qui l’ont fondée. La terre de celles et ceux qu’on a conduits là de force, la terre de celles et ceux qui sont venus pour domestiquer un espace de ressources, la terre de celles et ceux qui avaient toujours vécu là. L’empreinte se recompose au gré de la nature humaine et non-humaine, elle instruit l’humanité de son passé, l’éclaire de son devenir, construit une conscience collective dont l’échelle n’est plus locale mais planétaire. Elle est le point d’intersection entre les trajectoires de vie, signe tantôt d’altérité, tantôt d’identité. Elle rend désirable la rencontre et enregistre notre présence au monde. Avec L’empreinte à Crusoé, Patrick Chamoiseau nous rappelle avec force que le lieu préside à notre existence, qu’il n’y a qu’une planète à habiter, et de toutes les façons possibles.
Martine Bataillé
Université d’Angers
Blandine Charrier
Université d’Angers

Notes


[1] Jean-Paul Engélibert, La postérité de Robinson Crusoé. Un mythe littéraire de la modernité 1954-1986, Genève, Droz, 1997.

[2] Patrick Chamoiseau, L’empreinte à Crusoé, Paris, Gallimard, 2013, Folio, p. 290 ; dorénavant EC.

[3] Jean-Paul Engélibert, op. cit., p. 336-337.

[4] Le choix de ce nom souligne fortement la filiation de ce récit avec un essai publié en 1997 intitulé Écrire en pays dominé. Cet essai retrace le cheminement de l’auteur dans son engagement en tant qu’écrivain créole. Tout au long de l’ouvrage, Patrick Chamoiseau donne la parole à Ogotemmêli, aussi appelé “le vieux guerrier”, dont les propos guident l’auteur dans l’affirmation d’une identité héritée de la traite négrière et toujours en lutte pour donner voix à ceux qui résistent à la “mise sous-relations” induite par l’héritage colonial.

[5] Patrick Chamoiseau, Écrire en pays dominé, Paris, Gallimard, 1997, p. 21.

[6] Elisabeth Mudimbe-Boyi, Essais sur les cultures en contact : Afrique, Amériques, Europe, Paris, Karthala, 2006, p. 56.

[7] Ibid., p. 57.

[8] L’environnement de la phrase citée en épigraphe donne mieux à comprendre la perspective de Victor Segalen : “L’Exotisme n’est donc pas une adaptation ; n’est donc pas la compréhension parfaite d’un hors soi-même qu’on étreindrait en soi, mais la perception aiguë et immédiate d’une incompréhensibilité éternelle. Partons donc de cet aveu d’impénétrabilité. Ne nous flattons pas d’assimiler les mœurs, les races, les nations, les autres, mais au contraire réjouissons-nous de ne le pouvoir jamais, nous réservant ainsi la perdurabilité du plaisir de sentir le Divers”. Victor Segalen, Essai sur l’exotisme, une esthétique du divers, Paris, Fata Morgana, 1978, <Explorations>, p. 25.

[9] Il s’agit de procéder au “lent effacement des absolus de l’Histoire”, comme l’affirme Édouard Glissant dans son Traité du tout-monde. Poétique IV, Paris, Gallimard, 1997, p. 16.

[10] Patrick Chamoiseau réaffirme son attachement à la créolité notamment dans Écrire en pays dominé : “Nous voulûmes préserver d’originelles puretés mais nous nous vîmes traversés les uns par les autres. L’Autre me change et je le change. Son contact m’anime et je l’anime. Et ces déboîtements nous offrent des angles de survie, et nous descellent et nous amplifient. Chaque Autre devient une composante de moi tout en restant distinct. Je deviens ce que je suis dans mon appui ouvert sur l’Autre. Et cette relation à l’Autre m’ouvre à des cascades d’infinies relations à tous les Autres, une multiplication qui fonde l’unité et la force de chaque individu : Créolisation ! Créolité !” (op. cit., p. 202).

[11] Édouard Glissant, Traité du tout-monde. Poétique IV, Paris, Gallimard, p. 18.

[12] Appuyons-nous sur la note explicative de Patrick Chamoiseau pour définir la créolisation : “Il faut appeler ‘créolisations’ les mécanismes évolutifs de la mise-sous-relations, enclenchés de manière complexe et accélérée dans le monde américain, répercutés aujourd’hui dans l’ensemble du monde”. Écrire en pays dominé, op. cit., p. 201.

[13] Jean Bernabé, Patrick Chamoiseau, Raphaël Confiant, Éloge de la créolité, Paris, Gallimard, 1993, éd. bilingue, p. 51.

[14] Patrick Chamoiseau, Écrire en pays dominé, op. cit., p. 204.

[15] Édouard Glissant, op. cit., p. 59.

[16] Jean-Paul Engélibert, “L’empreinte de l’homme. Robinson et le désir de l’île déserte”, Écologie & politique 2008/3 (n° 37), p. 181-194 ; p. 194.

[17] Dans le roman de Daniel Defoe, l’île où échoue Robinson Crusoé est située au large du Chili, dans l’Océan Pacifique, tout comme l’île de Speranza chez Tournier, ce qui rompt avec l’historicité du naufragé. En réimplantant Ogommtemêli sur une île de l’Océan Atlantique, quelque part dans les archipels antillais, Patrick Chamoiseau renoue avec l’histoire de la traite négrière.

[18] “Maintenant que je me retrouve comme lui, seul, et perdu dans une île similaire, ces premiers mots de reprise dans mon pauvre journal sont pour lui, pour lui demander pardon, mais aussi pour placer ma survie sous le signe de son étrange expérience” (EC 274).

[19] Jean-Clet Martin, Plurivers. Essai sur la fin du monde, Paris, PUF, 2010, <Travaux pratiques>, p. 117.

[20] Pierre-Michel Forget, Martine Hossaert-McKey et Odile Poncy (dir.), Écologie tropicale. De l’ombre à la lumière, Paris, Le Cherche midi, 2014 , p. 11 (préface de Patrick Chamoiseau).







2012 | Revue critique de fixxion française contemporaine |  (ISSN 2033-7019)  |  Habillage: Ivan Arickx |  Graphisme: Jeanne Monpeurt
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