Déni de soi, aspirations à l’ailleurs.

Corina Crainic

Résumé


L’ailleurs, espace hors frontières, se définit à l’évidence comme ce qui ne relève pas de soi ou encore ce qui n’est pas conçu comme à soi, en un sens strictement géographique, national même, ou encore émotif, sensible, imaginaire. Il suppose une réalité autre et, peut-être surtout, la décision de la définir comme telle. Lors d’une discussion au sujet des frontières mythiques de l’Europe, Jean-Marc Moura  propose l’acception suivante : “Ces délimitations plus mentales que géographiques introduisent chaque fois la possibilité littéraire d’un espace à explorer et/ ou à rêver”. C’est cette possibilité d’investir l’ailleurs qui retient notre attention ici, un ailleurs qui permette en l’occurrence d’élaborer une vision de soi bonifiée ou, plus prosaïquement, de l’explorer afin de s’y créer ou de s’y recréer hors de la souffrance. Glissant décrit par exemple les anciens esclaves, de par la Caraïbe et ailleurs aux Amériques, qui rêvent d’un ailleurs où ils seraient enfin libres, enfin respectables et respectés.

La volonté d’accéder à un ailleurs délesté de ses composantes humiliantes – qu’il s’agisse des bidonvilles auxquels fait référence Édouard Glissant dans Poétique de la Relation et qui sont décrits entre autres par Patrick Chamoiseau dans Texaco, de l’Afrique ancestrale de Ti Jean L’horizon, de la Guadeloupe de Pluie et vent sur Télumée Miracle ou de l’Europe du Baobab fou – met en exergue la souffrance des hommes et les effets malsains découlant des diverses frontières érigées. Elle met en exergue également l’effort fait pour les dépasser ou encore pour créer une réalité meilleure à l’intérieur même des paramètres qu’elles tracent, les modifiant ainsi d’emblée. Il s’agit ici d’analyser les stratégies développées en ces contextes, relevant du passé et du présent, en accordant une attention particulière aux personnages féminins fuyant vers un ailleurs qui n’est pas toujours disposé à les recevoir ou qui aspirent à une réalité où les souffrances n’ont plus cours, où les exclusions ne se traduisent plus par un sentiment de déni de soi tous azimuts.


Mots-clés


Pélagie-la-Charrette;Texaco;Le Baobab fou;l'ailleurs;l'altérité

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2012 | Revue critique de fixxion française contemporaine |  (ISSN 2033-7019)  |  Habillage: Ivan Arickx |  Graphisme: Jeanne Monpeurt
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