No 11 (2015)

Écopoétique


Écopoétiques

dirigé par Alain Romestaing, Pierre Schoentjes et Anne Simon

Les enjeux environnementaux, à commencer par le réchauffement climatique qui vient de recevoir une attention médiatique toute particulière du fait de l’organisation à Paris de la COP21, se sont imposés au premier plan de la réflexion contemporaine. La prise de conscience dans ce domaine s’est amorcée progressivement au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, avant de connaître une accélération dans les années quatre-vingt. Portée initialement par un courant protestataire dont témoigne toujours en France le positionnement politique des partis qui se réclament de l’écologie, la problématique environnementale s’est imposée aujourd’hui au plus grand nombre. À une époque de méfiance envers les idéologies politiques, l’écologie constitue sans doute la plus grande utopie fédératrice… d’autant que sous un même label elle se décline des manières les plus diverses.

Notre regard sur la nature a profondément changé dans la seconde moitié du XXe siècle, notamment du fait de la disparition de la société rurale que la France a été pendant des siècles. Pour le plus grand nombre, “l’environnement” est venu remplacer ce qui un jour avait été des lieux où vivaient des communautés paysannes. Le lien est désormais plus lâche avec le “pays”, espace arraché à un monde sauvage qui l’innerve encore ; mais ce relâchement permet un élargissement à une multitude d’espaces, villes comprises.

La transformation des paysages, l’épuisement des ressources naturelles, la pollution induite par notre consumérisme, la menace de disparition pesant sur de nombreuses espèces – voire la disparition de quelques-unes – et la remise en cause de la notion de nature opposée à la culture, sans oublier la mondialisation des enjeux : ce sont là autant de bouleversements ayant marqué les écrivains qui considèrent autrement, désormais, les lieux réputés sauvages et nos manières d’habiter le monde. Si Romain Gary, d’abord, et Jean-Marie G. Le Clézio, plus tard, apparaissent comme des précurseurs, nombreux sont les auteurs qui font résonner la problématique de l’environnement. Ces explorateurs des marges, dont celles du texte littéraire réputé clos sur lui-même jusqu’aux années quatre-vingt, se sont ouverts à des biotopes en rapide mutation et plus ou moins imprégnés de l’activité humaine, qu’ils soient sauvages, ruraux ou urbains. Leur arpentage relève souvent de la rêverie et du débord, de l’errance en des friches et des zones qui ne sont des “non-lieux” que pour les cadastres administratifs. En tant qu’écrivains, ils sont mobiles également sur le plan des genres littéraires, oscillant entre romans et essais, autobiographies, journaux et autres carnets nomades.